Le Daim : la critique du film (2019)

Comédie | 1h17min
Note de la rédaction :
7/10
7

Note des lecteurs

Le plus jubilatoire des films de Quentin Dupieux, qui propose le portrait déjanté d’un être en marge. Jean Dujardin confirme qu’il est aussi un acteur qui prend des risques. Sélection officielle Cannes 2019.

Synopsis : Georges, 44 ans, et son blouson, 100% daim, ont un projet.

Critique : Le Daim s’inscrit pleinement dans la démarche du cinéma de Quentin Dupieux : après les aventures du pneu tueur et psychopathe de Rubber, la quête d’un caméraman chargé de trouver le meilleur gémissement de l’histoire du cinéma dans Réalité, et la garde à vue surréaliste de Au poste !, le cinéaste cultive toujours le sens de l’étrangeté et du décalage : il décrit ici le parcours d’un personnage solitaire entiché d’un blouson en daim, ce qui lui permet de traiter avec une ironie noire les thèmes du fétichisme et du glissement progressif vers la folie. Car Georges est un véritable fêlé, qui n’hésite pas à dépenser sept cents euros pour acheter un vêtement d’occasion ringard et démodé, puis à s’isoler un mois sans un sou en poche dans l’hôtel d’un bled, avant d’utiliser une caméra numérique pour filmer un projet obsessionnel et insensé.

On peut voir dans ce scénario à la fois loufoque et sombre une métaphore de nos sociétés consuméristes qui entraînent des addictions irrationnelles. Et certains ne manqueront pas d’y déceler une critique de la démocratisation du numérique, le moindre quidam muni d’un smartphone perfectionné pouvant désormais s’autoproclamer réalisateur de films. Mais l’essentiel est ailleurs, dans le mélange décapant de comédie, de polar et de film d’horreur voire de western (le superbe final). La mixture concoctée par le réalisateur provoque la jubilation de par un synopsis elliptique et épuré qui occulte le passé du protagoniste et refuse de donner des explications psychologiques ou rationnelles au comportement borderline de Georges, ce qui n’était pas le cas de la version initiale du métrage : « On voyait le quotidien de ce mec, sa femme, ses enfants… Et puis on le voyait quitter tout ça. Mais au montage, c’était ennuyeux, ça ne marchait pas. C’était comme donner des clefs inutiles au spectateur. J’ai supprimé tout ce passage pour qu’on se concentre uniquement sur Georges et son blouson. Je me suis vite rendu compte qu’en racontant l’obsession pure, en ne lui donnant aucune explication, aucune raison, ça devenait un miroir pour le spectateur », a déclaré Quentin Dupieux. En même temps, Le Daim se réfère à tout un pan du cinéma de l’absurde, dans la digne continuité des brûlots de Luis Buñuel ou de Buffet froid de Bertrand Blier.

Moins potache que ses précédents films, et davantage ambigu et déroutant, Le Daim est sans doute l’œuvre la plus aboutie de son auteur. Jean Dujardin tout en restant lui-même s’est particulièrement adapté au dispositif, incarnant avec finesse, sans effets « Actors Studio », cet être à l’apparence normalisée qui dissimule les pires pulsions. Sa composition est un peu dans la continuité de son rôle de loser grandiose dans I Feel Good de Benoît Delépine et Gustave Kervern. On peut certes regretter que les autres acteurs soient quelque peu en retrait, à commencer par sa partenaire Adèle Haenel, mais aussi les seconds rôles tels les délicieux Albert Delpy ou Marie Bunel. Mais il s’agit d’un choix d’écriture cohérent avec le projet de se focaliser sur un individu au bout du rouleau qui perd très vite le sens des réalités.

Critique de Gérard Crespo

Les sorties de la semaine du 19 juin 2019

Crédits : Atelier de Production – Distribution : Diaphana Distribution

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