Comédie féministe, C’était mieux demain de Vinciane Millereau s’avère amusante grâce à des gags plutôt efficaces et un constat sociétal assez pertinent.
Synopsis : Dans une petite bourgade française, Hélène, Michel, et leurs deux enfants, coulent des jours heureux dans l’insouciance des années 1950. Soudainement propulsés en 2025, le couple découvre un monde moderne à l’opposé de celui qu’ils connaissent. Pour Hélène, qui a toujours vécu comme il se doit dans l’ombre de l’époux, c’est une révolution. Mais, pour Michel, qui voit ses privilèges d’Homme voler en éclat, c’est un cataclysme. Entre vent nouveau et parfum d’antan, ce voyage dans le temps ne sera pas de tout repos.
Retour vers le futur à la française
Critique : Alors qu’ils préparaient ensemble un projet de film de genre, le couple formé par Vinciane Millereau et Julien Lambroschini a vu l’arrêt inopiné du long métrage en pleine préproduction. Finalement, la société de production UGC est venue à leur secours en leur proposant d’écrire plutôt une comédie sur les rapports entre hommes et femmes, un thème décidément d’actualité ces dernières années à la suite du mouvement #MeToo.

© 2025 Les films du 24, TF1 Films Production, Umedia. Tous droits réservés.
Tandis que Vinciane Millereau ne voyait pas trop comment apporter du sang neuf à cette thématique, son conjoint Julien Lambroschini a suggéré d’utiliser le thème du voyage temporel pour mieux illustrer le fossé qui sépare les anciennes générations des nouvelles. Le choix de l’année 1958 n’est certainement pas un hasard puisqu’il s’agit du début de la Vème République marquée par l’avènement au pouvoir de De Gaulle dans une France empêtrée dans la guerre d’Algérie.
Près de 70 ans d’évolutions technologiques et sociétales
Il était donc particulièrement pertinent d’effectuer une comparaison entre les débuts de notre République et les multiples évolutions qui l’ont marquées durant maintenant près de sept décennies. Bien entendu, outre les progrès technologiques, l’évolution la plus sensible est celle de la place de la femme dans la société française à la suite de deux moments marquants. Tout d’abord, les mouvements féministes ont gagné une plus forte audience à la suite de mai 68, notamment à travers le MLF, puis à la fin des années 2010 avec le mouvement #MeToo qui a replacé les femmes au centre des débats publics.
C’était mieux demain nous propulse donc en plein cœur de cette année charnière de 1958 afin de faire la connaissance du couple formé par Didier Bourdon et Elsa Zylberstein. Lui incarne le mâle typique de l’époque, tendance beauf et réactionnaire. Au sein de sa banque, il représente le type qui se trompe systématiquement lorsqu’il s’agit d’investir dans des projets d’avenir, tandis qu’il vit comme un pacha chez lui, puisque sa femme au foyer se plie à ses quatre volontés. Ainsi, Vinciane Millereau met en scène le fameux patriarcat tant dénoncé par les jeunes générations.
Un postulat fantastique inexpliqué
C’est là qu’intervient l’élément fantastique puisque lors d’une dispute du couple autour de l’introduction d’un lave-linge dans le foyer, les deux protagonistes sont électrocutés et projetés comme par magie en 2025. Ici, les références évidentes des auteurs sont à la fois Retour vers le futur (Robert Zemeckis, 1985), Les Visiteurs (Jean-Marie Poiré, 1993), tous deux cités dans le film, mais aussi Un jour sans fin (Harold Ramis, 1993) pour l’absence totale d’explication liée au phénomène du voyage temporel. Effectivement, dans le cadre d’une comédie, le spectateur se passe très bien d’un commentaire pseudo-scientifique et les auteurs ont eu raison d’aborder leur long métrage comme un fable.
Lorsque les auteurs abordent notre époque contemporaine, ils multiplient les gags confrontant nos ancêtres des années 50 avec les nouveaux objets du quotidien. D’ailleurs, il s’agit du principal ressort comique d’un film qui amuse de bout en bout, mais tente aussi d’approfondir la psychologie de ses différents protagonistes. Dès lors, la femme au foyer va devenir une véritable working girl, tandis que le vieux réac doit s’occuper des tâches ménagères. Ce renversement des valeurs est bien évidemment amusant, mais la réalisatrice a l’intelligence de ne pas stigmatiser les hommes et de les montrer sous un jour nuancé. Même le gros beauf interprété par Didier Bourdon finira par plier et se rendre compte du caractère inacceptable de son comportement, notamment vis-à-vis de sa fille lesbienne.
C’était mieux demain s’amuse de l’inversion des valeurs
En fait, C’était mieux demain montre que les injonctions à la féminité ont trop longtemps pesé sur les épaules des femmes, mais que la masculinité n’a pas été toxique que pour ces dames. Effectivement, la fameuse phrase « tu seras un homme, mon fils » a entravé le développement naturel de bon nombre de jeunes garçons qui ne se reconnaissaient pas dans ces valeurs virilistes forcément restrictives et normalistes.

© 2025 Les films du 24, TF1 Films Production, Umedia. Tous droits réservés.
Amusante de bout en bout, la comédie revient donc avec une certaine intelligence sur près de soixante-dix ans de rapports entre hommes et femmes, mais aussi entre parents et enfants, tirant un bilan très positif de toutes les évolutions récentes, bien loin des récriminations passéistes des nombreux réactionnaires qui squattent les plateaux des chaines d’info en continu. Grâce à des décors et des images travaillés, C’était mieux demain bénéficie d’une jolie réalisation et peut compter sur un casting bien dirigé.
Box-office de C’était mieux demain
Sorti le 8 octobre 2025 par UGC, la comédie avait pour principal concurrent Tron : Arès (Joachim Rønning) ou encore Nouvelle vague (Richard Linklater). Proposé dans une combinaison de 585 salles, C’était mieux demain réunit 226 669 spectateurs en première semaine pour une deuxième place hebdomadaire. On notera que la comédie ne décolle pas vraiment à Paris, mais qu’elle a davantage séduit en province.
Toutefois, l’on retiendra surtout que le film ne perd que 14 % de ses entrées en deuxième tournée, avec encore 192 826 voyageurs temporels dans une combinaison à peu près équivalente. La preuve d’un bouche-à-oreille plutôt satisfaisant. Mieux, grâce aux vacances d’automne, la comédie fantastique progresse à nouveau et plait à 216 605 retardataires, franchissant ainsi le seuil des 600 000 clients en trois semaines. Cette fois, le métrage est projeté dans plus de 800 sites et UGC continue à augmenter sa présence, ce qui lui offre une chute minime de 37 % au bout d’un seul mois et encore 137 390 entrées pour une belle septième place hebdomadaire.
Ce n’est véritablement qu’à l’issue des vacances scolaires que C’était mieux demain marque le pas et commence à être progressivement retiré de l’affiche, avec cette fois 69 370 féministes pour une chute de près de 50 %. Mi-novembre, la carrière du film est désormais terminée avec seulement 10 533 résistants et C’était mieux demain termine sa course en dixième semaine avec 888 337 entrées, ce qui en fait un joli petit succès.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 8 octobre 2025
Acheter le film en blu-ray
Voir le film en VOD

© 2025 Les films du 24, TF1 Films Production, Umedia / Affiche : RYSK, photographie de Eddy Brière. Tous droits réservés.
Biographies +
Vinciane Millereau, Didier Bourdon, Aurore Clément, Elsa Zylberstein, Céline Fuhrer, Didier Flamand, Mathilde Le Borgne
Mots clés
Cinéma français, Comédies françaises des années 2020, Films sur le couple, Les voyages dans le temps, La revanche des femmes