Le camion de la mort : la critique du film (1992)

Science-fiction, Action | 1h31min
Note de la rédaction :
5/10
5
Le camion de la mort (Battletruck), l'affiche du film

  • Réalisateur : Harley Cokliss
  • Acteurs : John Ratzenberger, Annie McEnroe, Michael Beck, James Wainwright
  • Date de sortie: 09 Fév 1983
  • Année de production : 1982
  • Nationalité : Néo-zélandais
  • Titre original : Battletruck
  • Titres alternatifs : Warlords of the Twenty-First Century (Nouvelle Zélande, Royaume-Uni, Canada), Der Kampfkoloß (Allemagne), Battle Truck (Australie), Guerreros del siglo veintiuno (Mexique), O Carro de Combate (Portugal), Carro armato (Italie), Destructor (Espagne), Blindado Mortal (Brésil),
  • Scénaristes : Irving Austin, John Beech, Harley Cokeliss
  • D'après une histoire de : Michael Abrams
  • Directeur de la photographie : Chris Menges
  • Monteur : Michael Horton
  • Compositeur : Kevin Peek
  • Producteurs : Lloyd Phillips, Robert Whitehouse
  • Sociétés de production : Golden Harvest, Battletruck Films, WingNut Films
  • Distributeur : Parafrance
  • Distributeur reprise :
  • Editeur vidéo : Videoffice distribué paer GCR (VHS)
  • Date de sortie vidéo : 1984 (VHS), 1987
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 575 618 / 92 426 entrées
  • Box-office USA / Monde
  • Budget : 1 000 000$
  • Rentabilité : -
  • Classification : Tous publics
  • Formats : 1.66 : 1 / Couleurs / Mono
  • Festivals et récompenses : Sélection officielle Festival Avoriaz 1983, Sitges - Catalonian International Film Festival (prix de la meilleure actrice pour Annie McEnroe)
  • Illustrateur / Création graphique : © Philippe Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © Battletruck Films Limited 1981 - Tous droits réservés / All rights reserved
Note des spectateurs :

Le camion de la mort est un post-nuke néo-zélandais de facture médiocre, mais loin de la nullité des productions ritales de son époque. Evidemment, Mad Max, pierre angulaire du genre, demeure à des univers de ses nuages de fumée. 

Synopsis : Après l’ère du pétrole, les nations ont fait faillite, les gouvernements sont tombés, un nouvel âge sans loi s’est établi. Fuyant les villes, les populations ont créé dans les campagnes des communautés qui vivent en circuit fermé, retranchées derrière les fortifications qu’elles ont érigées pour se protéger des pillards. Mais leurs palissades sont inefficaces face à la puissance du camion blindé de Straker, l’homme qui s’est taillé un empire basé sur la violence et la cruauté. Face à Straker va bientôt se dresser un mystérieux personnage en armure. Il s’appelle Hunter, c’est un ex-commando qui vit retiré du monde et se déplace à moto…

Le camion de la mort défonça le palmarès d’Avoriaz et le box-office

Critique : C’est George Miller lui-même, en 1983, qui a présidé le jury ayant remis son prix spécial, à l’ersatz de son Mad Max, Le camion de la mort. L’ironie veut que le film de Harley Cokeliss se partageait ce prix spécial avec un autre post-nuke, français cette fois-ci, Le dernier combat du débutant Luc Besson. De quoi donner des ailes au poids lourd customisé, annonciateur d’un futur Terminus avec Johnny Hallyday en 1987, et qui allait connaître un vrai succès français, avec pas moins de 575 618 entrées lors d’une longue carrière poursuivie longtemps longtemps après sa sortie hivernale dans les cinémas des stations balnéaires de France durant l’été 83.

A une époque où la science-fiction et la dystopie post-nucléaire alimentaient les cinémas de quartier et autres salles de province, cartonnant en VHS, l’influence de Mad Max était manifeste. Le phénomène de société australien longtemps classé X, est de tous les plans du Camion de la mort, qui ne lui arrive pas à la cheville. Ici, le désert aride est une image de la Nouvelle-Zélande qui a servi de lieu de tournage.

Avec des grands noms comme Jean-Jacques Annaud ou Alan J. Pakula pour décerner ce prix du Jury, on restera un peu dubitatif face à cette décision. Le camion est très loin d’être aussi mauvais que les séries Z italiennes qui pullulaient sur le même sujet (2020 Texas Gladiators, Les prédateurs du futur, Le gladiateur du futur...). Mad Max de George Miller n’avait pas inventé un genre, mais en tout cas avait sublimé une production communément appelée le post-nuke déjà vivace au milieu des années 70 (La course à la mort de l’an 2000, Apocalypse 2024, Les survivants de la fin du monde, Les gladiateurs de l’an 3000…). Clairement Le camion de la mort, dans son script dépourvu de toute audace, n’apportait rien à des thématiques éculées. La série B manquait surtout de psychologie faute de personnages charismatiques qui puissent susciter l’envie de suivre leur leadership et   combats.

Retour vers les futurs de Claude Gaillard

Pour financer ce projet, le réalisateur Harley Cokeliss, réalisateur de deuxième équipe sur L’empire contre-attaque, trouve en Roger Corman un mécène au premier abord généreux, puisqu’il financera la moitié de sa course à la mort ou du moins dans les intentions, puisque le nabab de la série B américaine diminuera largement sa participation au projet où la quête de l’eau est ici remplacée par celle de l’essence, dans un monde fortement radioactif. Forcément, l’absence de budget donne naissance à des décors chétifs et il faut bien la maestria d’un George Miller pour pouvoir exploser les contingences par un sixième sens cinématographique.

Post-nuke fauché, Michael Beck en tête d’affiche, sortie de route assurée ?

Dans Le camion de la mort, la géopolitique de l’époque se mêle aux fantasmes d’un monde post-nucléaire, où, à l’instar des Walking Dead des décennies plus tard, sévit une humanité contrainte à la barbarie (le gang qui sévit à bord du dit “camion de la mort”) ou au communautarisme zadiste et précaire. Au cœur d’un script linéaire sans surprise, des trahisons, des méchants v(i)oleurs (attention, on ne touche pas à l’héroïne pourtant poursuivie tout au long du film, celle-ci étant la fille de la tête du gang), des assassins assoiffés de diesel alimentent mal le scénario.

Au milieu de ce monde en proie au chaos, un rebelle solitaire vient sauver sa communauté tout en restant en retrait de celle-ci. Ici point de Mel Gibson en Max dingue, mais Michael Beck. L’acteur faussement à la mode depuis le succès des Guerriers de la nuit (1979) pâtissait d’une image bien écornée par les mégaflops successifs de Xanadu, comédie musicale kitsch avec Olivia Newton-John, et Megaforce qui partageait le goût des motos enfourchées pour des cascades rocailleuses. Battletruck peine à trouver une alchimie dans le choix de ses acteurs, probablement mal dirigés, en tout cas peu enthousiasmant à l’écran.

Une disparition curieuse des radars pour une œuvre condamnée à YouTube !

Jamais transgressif, pas assez barré pour les amateurs de séries B cultes, Le camion de la mort vaut toutefois pour son final explosif qu’il a fallu filmer à plusieurs caméras pour ne rien rater de sa chute percutante pas très éco friendly. On sauvera de l’anémie la bande originale du guitariste Kevin Peek, membre du groupe de rock progressif Sky, qui renvoie à l’univers défoncé de Tangerine Dream. C’est peu pour raviver l’attention pendant le film, mais au moins, la sortie de route des avatars italiens est évitée.

Pourquoi diable Le camion de la mort est-il devenu une chimère qui alimente les fantasmes des nostalgiques des années 80 ? Devenue rare dans le monde en raison de problème de droits bloqués, la série B roule malheureusement en copies pirates qui se revendent une fortune un peu partout dans le monde et se streament sur la plateforme YouTube où elle apparaît, disparaît et réapparaît en fonction des actions des ayants droit. Une aberration alors que le directeur de la photo Chris Menges réalisait de vrais efforts visuels malgré le budget d’un million de dollars.

Reste désormais, dans la mémoire collective des bissophiles, le souvenir de la magnifique affiche de Philippe Lemoine que l’on a jadis tant vue et appréciée. Elle incarnait toute la classe de son époque.

Sorties de la semaine du 9 février 1983

Frédéric Mignard

Le camion de la mort (Battletruck), l'affiche du film

Maquette : Philippe

Bande-originale du film par Kevin Peek

Box-office :

Sorti en France le 9 février 1983, Le camion de la mort a misé sur sa proximité avec Mad Max, son visuel superbe et son prix prestigieux à Avoriaz pour s’imposer dans les salles. Alors que Francis Perrin et Fanny Cottençon s’amusaient dans Tout le monde peut se tromper dans 29 salles parisiennes (7 053 entrées pour son premier jour), Le camion de la mort délivrait du chiffre pour son lancement : 7 793 curieux dans 16 cinémas. En fin de sa première semaine, il s’est assuré 47 772 pompistes sur sa lancée, soit une 7e position en “francilie”.

Distribué par Parafrance, Battletruck s’assurait de fait une place de premier choix dans les cinéma du groupe Paramount : le City/Bastille/Marivaux/Montparnasse/Galaxie/Odéon/Montmartre et surtout le Paramount Opéra où il alignait 6 605 spectateurs. Le fourgon en folie sillonnait également les rangs de l’UGC Gare de Lyon et le Convention St-Charles pour l’intra-muros.

Avec 22 744 entrées en 2e semaine, le film essuie un gadin mémorable et devient semi-remorque. Il passe à 14 032 entrées en 3e semaine dans 10 salles.

Désormais dans 5 salles en 4e semaine, dont le City, l’Opéra et le Montparnasse en intra-muros, le véhicule customisé ne culbute plus que 3 689 spectateurs sur sa lancée. Finalement, il se prend le mur en 5e semaine ; la production néo-zélandaise est alors proposée aux Gaîté Boulevard et à l’Artel Marne pour 4 189 spectateurs. Au final, sur Paris-Périphérie, Le camion de la mort est à sec à 92 426 entrées.

En province, le succès sera bien plus élevé, avec une vraie belle tournée des villes et des villages, et même des plages durant l’été. Le film a su attirer partout où il faisait étape, et ce tout au long des mois de février, mars et avril 83.

La sortie VHS ne sera pas la plus explosive de son époque, avec une édition tardive en 1984 chez Videoffice (distribution GCR). L’éditeur rempilera en 1987, avec un visuel modifié. A noter qu’en 1984, un vidéo-club devait débourser plus de 850 francs, soit plus 132 euros, pour faire l’acquisition du produit. C’était bien avant la commercialisation au public des produits culturels sur le support VHS.

Frédéric Mignard 

Le Camion de la mort, VHS CGR Videoffice

© 1984 Videoffice

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Le camion de la mort (Battletruck), l'affiche du film

Bande-annonce du Camion de la mort

Science-fiction, Action

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