La tunique : la critique du film (1953)

Drame, Péplum, Historique | 2h15min
Note de la rédaction :
6,5/10
6,5
La tunique, l'affiche

  • Réalisateur : Henry Koster
  • Acteurs : Richard Burton, Victor Mature, Jean Simmons, Dean Jagger, Richard Boone, Michael Rennie, Jay Robinson
  • Date de sortie: 04 Déc 1953
  • Nationalité : Américain
  • Titre original : The Robe
  • Scénaristes : Philip Dunne, Gina Kaus adapté du roman éponyme de Lloyd C. Douglas
  • Directeur de la photographie : Leon Shamroy
  • Compositeur : Alfred Newman
  • Distributeur : 20th Century Fox
  • Editeur vidéo (DVD) : 20th Century Fox
  • Sortie vidéo (DVD) : 6 février 2002
  • Budget : 5 M$
  • Box-office USA : 36 M$ (toutes exploitations)
  • Box-office France / Paris-périphérie : 3 819 355 entrées / 801 882 entrées
  • Récompenses : Obtention de 3 Oscars 1954 : Meilleurs décors, de la Meilleure direction artistique, des Meilleurs costumes
  • Crédits affiche : © 1953 Renewed 1981 Twentieth Century Fox Film Corporation / Illustrateur : Roger Soubie. Tous droits réservés.
Note des spectateurs :

Film académique, La tunique bénéficie d’un réel savoir-faire technique et d’images saisissantes sublimées par un CinemaScope naissant.

Synopsis : Bénéficiant des faveurs de l’empereur Tibère, dont il aime la pupille Diana, le tribun Marcellus est en revanche vu d’un mauvais œil par le prince régent Caligula. Estimant avoir été offensé lors d’une vente d’esclaves, ce dernier l’envoie en Palestine. Marcellus y assiste à la crucifixion du Christ et, en jouant aux dés, gagne sa tunique. Revenu à Capri, il s’initie au christianisme grâce à Justus et Miriam. Or entre-temps, Tibère est mort et Caligula, devenu empereur, se met à persécuter les chrétiens…

Un spectacle chrétien pour contrecarrer l’essor inexorable de la télévision

Critique : Publié en 1942, le roman La tunique (The Robe en version originale) est un formidable best-seller aux Etats-Unis. Œuvre de l’ancien pasteur Lloyd C. Douglas, La tunique est l’occasion pour l’auteur de revenir sur l’épisode de la Passion du Christ en inventant des personnages fictifs qui viennent se greffer à l’intrigue principale issue des écrits bibliques. Pas étonnant qu’Hollywood se penche donc sur ce bouquin à une époque où le péplum devient un genre populaire dans les salles du monde entier.

La tunique, jaquette du DVD

© 1953 Renewed 1981 Twentieth Century Fox Film Corporation / © 2013 Twentieth Century Fox Home Entertainment. Tous droits réservés.

Un autre élément est également à prendre en considération pour bien saisir le contexte de création du film. Aux Etats-Unis, la télévision commence à concurrencer sérieusement le cinéma et les exploitants constatent une chute drastique des entrées. Les grands studios trouvent donc la parade en offrant au spectateur des spectacles grandioses qui nécessitent à la fois la couleur et le grand écran.

Le premier film en CinemaScope… ou pas

Lorsque la production de La tunique débute, le long-métrage est pourtant conçu comme d’habitude, avant que les producteurs décident de tester un nouveau procédé appelé CinemaScope. En réalité, La tunique n’est pas vraiment le tout premier film tourné à l’aide de ce procédé qui élargit l’écran, mais il sera celui qui sortira le premier dans les salles. Il est donc resté dans les mémoires comme le premier métrage en CinemaScope de l’histoire du cinéma. Le but est commercial (attirer le chaland par un procédé révolutionnaire), tout en proposant au spectateur une expérience plus immersive. D’ailleurs, le CinemaScope est sans aucun doute l’un des procédés qui a eu la plus grande longévité, s’imposant même comme un standard incontournable, pendant que de nombreuses autres tentatives sont tombées dans l’oubli.

Pour mettre toutes ses chances de son côté, Darryl F. Zanuck, le puissant patron de la Fox, a engagé le cinéaste Henry Koster, un yes man appliqué mais sans génie, ainsi que la fine fleur des acteurs de l’époque. Il a notamment sélectionné le tout jeune Richard Burton pour interpréter le rôle principal. Face à lui, on retrouve la jolie Jean Simmons, ainsi que la star du péplum Victor Mature. Un casting de haut vol qui permettait d’attirer les spectateurs dans les salles.

Un film académique mais visuellement superbe

Considéré à juste titre comme un film académique, La tunique ne brille effectivement pas par l’originalité de sa réalisation. Toutefois, il faut reconnaître un certain talent pictural à Henry Koster et à ses nombreux collaborateurs. Ainsi, les cadrages sont savamment étudiés et servent à merveille des décors absolument grandioses fondés sur de superbes matte paintings. Si Henry Koster n’est pas toujours à l’aise, notamment lors des quelques scènes d’action, emballées sans génie aucun, il s’avère plutôt inspiré lors des séquences bibliques. Ainsi, tout l’épisode de la Passion est particulièrement réussi. Henry Koster parvient à retranscrire la souffrance du Christ sans jamais le montrer à l’écran, tandis que les éléments finissent par se déchaîner sur la Palestine. Porté par la magnifique musique emphatique d’Alfred Newman, le passage est définitivement une très belle évocation de cet épisode biblique.

Une vision fantasmée des premières communautés chrétiennes

Par la suite, le cinéaste parvient également à évoquer la naissance des premières communautés chrétiennes avec un certain sens de la mesure. Attention toutefois, il ne s’agit aucunement d’une vision fidèle sur le plan historique, mais bien d’une fantaisie basée sur les écrits bibliques. Ainsi, les auteurs ont succombé à l’appel du mythe lorsqu’ils évoquent la présence de chrétiens dans les catacombes romaines sous l’autorité de l’empereur Caligula. Cela est tout bonnement impossible puisque ces communautés ne sont pas encore implantées à Rome à cette époque et que les persécutions sont alors très localisées et tournées essentiellement contre les juifs et non les chrétiens. D’ailleurs, les Romains ne faisaient pas encore la distinction entre ces deux religions. Tout ce qui est donc décrit dans le roman de Lloyd C. Douglas et dans le film relève du fantasme le plus pur, issu d’une tradition romantique qui émerge au 19ème siècle.

Ceci étant dit, cela n’empêche nullement d’apprécier le long-métrage pour ce qu’il est vraiment, à savoir une évocation romantique d’une époque, à travers la naissance fantasmée d’une religion et non comme un film historique au sens strict du terme. Le but des auteurs était bien entendu de transmettre un message chrétien au grand public, tout en lui offrant des passages relevant du merveilleux.

Une sortie mondiale en grande pompe

Que l’on adhère ou non à la thématique religieuse, force est d’admettre que le film tient plutôt bien la route, grâce notamment à des acteurs inspirés, mais surtout à des images splendides. On notera d’ailleurs que La tunique a obtenu trois Oscars techniques en 1954 : ceux des meilleurs décors, de la meilleure direction artistique et des meilleurs costumes, ce qui est amplement mérité.

Sorti en grande pompe au cours de l’année 1953 aux Etats-Unis, le film a explosé le box-office local pour se hisser à la deuxième place annuelle – juste derrière le Peter Pan de Disney. En France, La tunique a attiré 3 819 355 chrétiens dans les salles. Certes, le film est un succès, mais bien moindre qu’aux Etats-Unis, ce qui s’explique sans doute par une thématique religieuse moins porteuse dans l’Hexagone.

Enfin, signalons que le studio 20th Century Fox était tellement confiant dans le succès potentiel de son film qu’il a initié immédiatement le tournage de sa suite intitulée Les gladiateurs (Daves, 1954) où Victor Mature et Jay Robinson reprennent leurs rôles de Demetrius et Caligula.

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Critique du film :  Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 4 décembre 1953

La tunique, l'affiche

© 1953 Renewed 1981 Twentieth Century Fox Film Corporation / Illustrateur : Roger Soubie. Tous droits réservés.

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