Slasher inconséquent, La nuit des clowns est un ratage à tous les niveaux. Pas effrayant, pas drôle et jamais fun, le résultat est simplement ennuyeux et absurde par les incohérences de son script. A éviter.
Synopsis : Quand Quinn emménage avec son père dans la petite ville de Kettle Spring, elle fait rapidement la connaissance de Frendo le Clown, la mascotte locale. Cette dernière est célébrée chaque été, lors d’une grande fête en son honneur. Mais la fête va rapidement tourner au cauchemar quand des adolescents commencent à disparaître, rendant bien réelles les légendes qui circulent autour de Frendo.
15 ans après Tucker & Dale
Critique : Acheté par la petite structure indépendante Temple Hill Entertainment avant même sa publication, le roman Un clown dans un champ de maïs (Clown In A Cornfield), écrit par Adam Cesare en 2020 a servi de base au scénario confié aux bons soins de Carter Blanchard et surtout d’Eli Craig. Ce dernier est bien connu des amateurs de cinéma horrifique pour avoir signé un premier film remarqué dans les festivals du monde entier : Tucker & Dale fightent le mal (2010). Malgré des critiques positives, la carrière du film en salles s’est révélée peu satisfaisante et le réalisateur a eu bien du mal à retrouver du travail. Passé par la télévision, puis Netflix (pour le film Little Evil), Eli Craig revient donc au grand écran après 15 ans d’absence grâce à cette Nuit des clowns (2025).

© 2025 RLJE Films, Shudder, SND. Tous droits réservés.
Conçu comme un hommage sincère aux slashers des années 80, La nuit des clowns est pourtant très loin d’égaler le premier film fort sympathique de son cinéaste. En fait, Eli Craig n’arrive jamais à trouver le ton juste au sein de ce second essai cinéma. Pas assez effrayant ou gore pour plaire aux fans de cinéma horrifique hardcore – on est très loin des délires visuels de la saga Terrifier pour rester dans le domaine des clowns tueurs – et pas assez parodique pour être vraiment drôle, Eli Craig semble échouer dans toutes ses tentatives pour rendre cette histoire absurde plaisante.
Une avalanche de poncifs
Il faut dire que le postulat est tout de même bien peu crédible. On ne déflorera rien en disant que plusieurs tueurs sont ici à l’œuvre puisque le titre français est un spoiler à lui tout seul (voir le pluriel de clown, contrairement au titre original au singulier). Mais justement, ce retournement de situation vient ruiner toute forme de crédibilité à cette histoire de fossé générationnel. Certes, il faut lire l’ensemble comme une métaphore, mais un minimum de crédibilité aurait été nécessaire pour faire passer le message.
En fait, La nuit des clowns souffre d’une lourdeur d’écriture parfaitement impardonnable de la part d’un cinéaste qui s’est amusé à détourner les clichés du genre dans son premier essai. A l’inverse, il embrasse ici tous les poncifs et les enfile comme des perles sans jamais les remettre en cause. On a donc le droit à une énième histoire de déménagement d’un père et de sa fille adolescente – et donc rebelle – dans un bourg paumé à la suite du décès de la mère. Bien entendu, la greffe avec la population locale ne va pas prendre, d’autant que les coutumes y semblent un peu particulières.
Les Américains n’en finissent plus de régler leurs comptes
Pendant une bonne heure, on a donc le droit à la sempiternelle opposition entre les adultes (forcément des vieux cons) et les jeunes du coin (irritants, mais tellement cool). Une fois que les clowns se déchainent, le film prend enfin son envol et propose plusieurs meurtres assez gratinés, mais systématiquement filmés dans l’ombre afin d’éviter de trop verser dans le gore. Incapable de créer la moindre ambiance horrifique, le cinéaste déroule une intrigue de plus en plus absurde dont on se contrefiche franchement jusqu’à ce que le discours politique apparaisse au grand jour.

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Effectivement, La nuit des clowns se veut une opposition entre deux Amériques, celle de Trump incarnée par les clowns tueurs (et donc ceux qui se cachent derrière leurs masques) et celle plus woke incarnée par une jeunesse consciente des problèmes environnementaux, sexuellement fluide et tolérante. Mais au lieu de nous étourdir par un discours grinçant comme celui du brillant The Hunt (Craig Zobel, 2020), le film d’Eli Craig se révèle d’une lourdeur pachydermique dans l’exposé de ses idées. Tout y est explicite à travers des dialogues qui semblent écrits tels des tracts destinés aux étudiants des facs américaines. Le tout manque donc cruellement de la moindre subtilité.
Les démons du maïs navet
De manière ironique, un dialogue entre jeunes évoque l’impression d’être dans un mauvais slasher des années 80, mais cette ironie sous-jacente se retourne contre le film lui-même puisque ces « mauvais » slashers avaient pour eux le charme de leur époque, contrairement à La nuit des clowns qui ne dispose d’aucune qualité requise pour marquer durablement les esprits. En fait, le métrage avait toute sa place sur une plateforme où il serait resté dans l’anonymat le plus total.
Tourné pour un petit million de dollars dans des champs canadiens qui peuvent évoquer ceux des Etats-Unis, le navet ne peut même pas compter sur ses interprètes, la plupart venus de la télévision et qui en ont gardé tous les tics (jeu surfait, roulements d’yeux excessifs et têtes penchées pour surligner chaque émotion). La palme revenant au père et à sa fille (Aaron Abrams et Katie Douglas, vraiment mauvais).
Une mauvaise pioche
Sorti aux States depuis le mois de mai dernier, le métrage n’a pas enthousiasmé les critiques et n’a guère enflammé les réseaux sociaux. Il n’a récolté en fin de carrière que sept millions de billets verts, ce qui demeure toutefois bénéficiaire au vu du faible budget d’origine, d’autant qu’il était exploité conjointement sur la plateforme Shudder. En tout cas, après un été horrifique particulièrement marquant grâce à des pépites comme Substitution – Bring Her Back, Evanouis et Together, La nuit des clowns nous replonge le nez (rouge) dans une médiocrité crasse qui fait peine à voir.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 20 août 2025

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Biographies +
Eli Craig, Kevin Durand, Katie Douglas, Aaron Abrams, Carson MacCormac
Mots clés
Cinéma américain, Les films d’horreur de 2025, Slasher, Les clowns au cinéma

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