La messe est finie : la critique du film et le test blu-ray (1987)

Comédie dramatique | 1h35min
Note de la rédaction :
8.5/10
8.5
La messe est finie, affiche du film de Nanni Moretti

  • Réalisateur : Nanni Moretti
  • Acteurs : Nanni Moretti, Roberto Vezzosi, Marco Messeri
  • Date de sortie: 14 Jan 1987
  • Nationalité : Italien
  • Titre original : La messa è finita
  • Scénariste(s) : Nanni Moretti, Sandro Petraglia
  • Compositeur : Nicola Piovani
  • Société de production : Faso Film
  • Distributeur : MK2 Diffusion, Carlotta (reprise)
  • Editeur vidéo : MK2, Carlotta (DVD, Blu-ray - 2020)
  • Date de sortie vidéo : 1er juillet 2020
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 204 933 entrées / 91 283 entrées
  • Classification : Tous publics
  • Festival : Grand Prix du Jury (Ours d’argent) au Festival de Berlin 1986.
  • Formats : 1.85 : 1 / Mono
  • Crédits : © Faso Film
Note des spectateurs :
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Après Bianca, Moretti s’attaque à nouveau à notre époque en plein délitement : La messe est finie est une œuvre de structure classique, mais qui distille une réflexion et une émotion remarquables.

Synopsis : Don Giulio quitte la petite île de Ponza où il officiait comme prêtre depuis dix ans. Le voilà nommé dans une paroisse de la banlieue de Rome, près de l’endroit où il a grandi. En arrivant, il découvre avec stupeur une église vidée de ses fidèles. C’est que le dernier prêtre en activité a fait scandale en quittant les ordres pour fonder sa propre famille. Pensant trouver du réconfort auprès de ses parents, de sa sœur et de ses amis de jeunesse, Don Giulio déchante rapidement. Infidélité amoureuse, crise de mysticisme aiguë, tentation du terrorisme politique, il ne comprend plus les gens qui l’entourent…

Critique de La messe est finie

© 1985 Faso Film

Un constat désabusé et émouvant

Critique : La messe est finie s’ouvre et se clôt sur la célébration par Don Giulio (Moretti) d’un mariage : deux moments heureux, mais entre les deux, le prêtre aura vécu une suite de désillusions qui amènent à voir les secondes noces davantage comme un fantasme dansant que comme la réalité. Poursuivant en cela Bianca, le film analyse les dysfonctionnements d’une société sans repères. Chaque personnage y incarne de manière presque théorique un aspect de ce monde qui échappe aux lois que Giulio voudrait lui voir respecter : c’est le terroriste qui seul a été fidèle aux idéaux du groupe, c’est le reclus qui doute du sens de la vie, mais aussi le père infidèle ou la sœur qui avorte. Chacun met à mal un idéal et pourtant on peut considérer aussi que chacun de ses amis est un aspect caricatural de lui-même : Giulio est tenté par la violence, il se demande si être prêtre dans ce monde a encore une utilité et, comme le troisième larron qui se convertit, il débute par l’enthousiasme et termine par un sentiment d’échec. Cinglant constat : même dans les couples qui semblent les plus unis, l’égoïsme règne. Les hommes ne pensent qu’à eux. Mais ils ne se contentent pas d’y penser, ils parlent sans cesse. L’époque est à l’autojustification, l’explication interminable. Presque à la même époque, Rohmer fustigeait ce travers dans le beau Pauline à la plage. Au passage, Moretti se moque de phénomènes émergents : l’enfant roi, qu’il stigmatisera avec humour dans Journal intime, et la violence gratuite, souriante, qui s’abat sur son personnage pour une place de parking.

Mais, par rapport à Bianca, le film change de ton : moins de burlesque, plus d’émotion. Là encore, La messe est finie annonce les métrages suivants : on pense évidemment à Mia madre, ou La chambre du fils par la gravité qui envahit peu à peu la narration.

La messe est finie, photo du film de Nanni Moretti

© 1985 Faso Film

Une mise en scène discrète et classique

Pour coller à ce changement de ton, la mise en scène de Moretti se dépouille encore : plus rien de démonstratif ou de dépenaillé ; la caméra, si elle est précise, voire impressionnante de précision (on pense à la séquence dans laquelle Giulio rejoint sa sœur sur son lieu de travail, filmée en un seul travelling ascendant), offre des cadrages et des mouvements très classiques, sobres et élégants. De même le montage donne-t-il au métrage quelque chose d’apaisé : s’il y a agitation, elle est due aux personnages et pas à la réalisation. Par ailleurs, ce style se prête bien à la mélancolie qui imprègne le film aussi bien que le protagoniste. On peut même parler de nostalgie, tant il est évident que Giulio regrette son enfance et la simplicité qui l’accompagnait : il veut retourner vivre chez ses parents, regarde avec attendrissement sa chambre, a gardé une balle ancienne.

Le monde vu par un enfant

C’est au fond la source de la morale qui irrigue le film : Giulio est encore un enfant. Il refuse d’entendre parler de sexualité, il veut que tout soit tranché en une vision manichéenne proprement irréaliste. Mieux encore, face aux problèmes, il fuit : il met la radio quand sa sœur lui lit une lettre ou va jouer au ballon quand un ami lui raconte ses problèmes. Cette politique de l’autruche, cette irresponsabilité sont celles de l’enfant, certes, mais aussi du prêtre tel que l’imagine Moretti. La messe est finie peut ainsi être vu comme le passage à l’âge adulte d’un personnage immature. S’il renonce à la fin, ce n’est plus une fuite, mais une acceptation. Un prêtre pas plus qu’un réalisateur ne peut changer le monde. Inutile de prétendre intervenir, comme le faisait beaucoup le Michele de Bianca, comme le fait moins Giulio : il faut essayer de trouver sa voie et se contenter de soutenir les autres, sans vouloir les changer. En ce sens, le générique qui voit le protagoniste nager longuement en direction d’une île sonne comme une profession de foi : Moretti nage seul et va plus loin que les autres.

Si l’on n’avait pas peur du cliché, on dirait que La messe est finie est le film de la maturité. Ou plutôt le début d’une maturité qui va s’affirmer de métrage en métrage et prendre diverses couleurs. Mais Moretti, s’il abandonne le burlesque pour n’y quasiment plus revenir (il y en aura encore épisodiquement, par exemple dans Palombella Rossa ou Journal intime), a trouvé son expression originale, cette voix singulière, celles de l’acteur comme du cinéaste, qui le place définitivement à part dans le cinéma. La messe est finie est un palier, mais un palier captivant, neuf, et bouleversant dans sa dernière partie.

François Bonini

Sorties de la semaine du 14 janvier 1987

Affiche française de La Messe est finie

© MK2 Diffusion

Le test Blu-ray

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Ce Blu-ray fait partie du coffret Viva Nanni qui regroupe Bianca et La messe est finie.

Compléments : 3,5 / 5

Thierry Jousse analyse le film à travers sa place dans l’œuvre, et quelques idées fortes (de la mise en scène discrète au goût de la chanson) ; c’est un peu court, mais très riche (12mn). Le second module date de 1994 : c’est l’émission Cinéma, de notre temps d’André Labarthe (59mn). Captée sur le tournage et le montage de Palombella Rossa, elle montre un Moretti très sérieux, préoccupé, hésitant dans l’entretien, mais facétieux à ses moments. À coup sûr un vrai document, loin des modules promotionnels.

L’image : 4 / 5

Les couleurs sont pimpantes, la définition remarquable pour un film de 1986. Par moments, en particulier sur les aplats de couleur, le fourmillement est un peu visible, mais cela témoigne surtout du respect de la copie ; seul le générique comporte de petites fluctuations de l’image.

Le son : 4 / 5

Oublions la VF, hors de propos : la piste originale, en DTS HD Mono est limpide et dynamique. Les dialogues comme les passages musicaux sonnent impeccablement.

François Bonini

Coffret Nanni Moretti (Viva Nanni !), Carlotta cover

Copyrights : Carlotta

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La messe est finie, affiche du film de Nanni Moretti

Bande annonce de La Messe est finie

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