La main gauche du Seigneur : la critique du film (1956)

Drame | 1h27min
Note de la rédaction :
6/10
6
La main gauche du Seigneur, l'affiche

  • Réalisateur : Edward Dmytryk
  • Acteurs : Gene Tierney, Lee J. Cobb, Humphrey Bogart, E.G. Marshall, Agnes Moorehead
  • Date de sortie: 11 Avr 1956
  • Nationalité : Américain
  • Titre original : The Left Hand of God
  • Année de production : 1955
  • Scénariste : Alfred Hayes, d'après le roman The Left Hand of God de William E. Barrett
  • Directeur de la photographie : Franz Planer
  • Compositeur : Victor Young
  • Distributeur : 20th Century Fox
  • Editeur vidéo : Rimini Editions (DVD et Blu-ray)
  • Sortie vidéo (blu-ray) : 28 octobre 2015
  • Budget : 1,7 M$
  • Box-office USA : 3 M$
  • Box-office France / Paris-périphérie : 969 447 entrées / 218 051 entrées
  • Format : 2.55 : 1 / Color by Deluxe / Son : 4-Track Stereo ou Mono
  • Crédits affiche : Boris Grinsson © ADAGP Paris, 2020. Tous droits réservés.
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Film classique, voire académique, La main gauche du Seigneur est toutefois regardable grâce à des images superbes et un duo d’acteurs en parfaite osmose.

Synopsis : 1947, dans une province reculée de Chine. James Carmody, aviateur américain, échappe au redoutable seigneur de la guerre Mieh Yang. Lorsque le père O’Shea est assassiné par les hommes du bandit, Carmody décide de se faire passer pour lui. Il se rend à la mission que le prêtre devait rejoindre. Il prendra fait et cause pour les villageois et les aidera à affronter Mieh Yang.

Un projet plusieurs fois remanié

Critique : Dès sa publication en 1951, le roman The Left Hand of God de l’écrivain catholique William E. Barrett (1900-1986) intéresse les grands studios et les droits tombent dans l’escarcelle de la 20th Century Fox qui compte en faire un grand film d’aventures populaire. Le réalisateur Howard Hawks se dit intéressé par un tel projet et confie l’adaptation à un certain Ernest Hemingway qui livre un script très littéraire constitué majoritairement de scènes dialoguées.

La main gauche du Seigneur, jaquette du blu-ray

© 1955, renewed © 1983 Twentieth Century Fox Film Corporation / © 2017 Twentieth Century Fox Home Entertainement LLC. Tous droits réservés.

Le studio n’est guère satisfait du résultat et demande des réécritures, ce qui entraîne le départ de Hawks. Finalement, le script est entièrement remanié par Alfred Hayes, écrivain et journaliste d’origine britannique. La Fox fait alors appel à un réalisateur maison qui saura sans doute traiter le sujet de manière moins personnelle. Il s’agit d’Edward Dmytryk qui retrouve d’ailleurs ici Humphrey Bogart, sa star d’Ouragan sur le Caine, tourné un an auparavant.

Dmytryk en phase de déclin artistique

Brillant réalisateur de films noirs (Adieu ma belle, Pris au piège et Feux croisés, par exemple), Edward Dmytryk a vu sa carrière entravée par la chasse aux sorcières. Après avoir fait un an de prison et s’être exilé un temps en Angleterre, le cinéaste est finalement revenu aux Etats-Unis au début des années 50. Sa faute est d’avoir finalement craqué et dénoncé ses anciens camarades du parti communiste afin de pouvoir tourner à nouveau. S’il a ensuite signé quelques très bons films comme Ouragan sur le Caine ou La lance brisée, tous deux en 1954, il entame un certain déclin artistique à partir de 1955. Désormais, le réalisateur devient un yes man assez impersonnel dans le ton, ainsi que dans le style qui se fait académique.

Le premier long-métrage qui souffre de ce défaut appelé à devenir récurrent est justement La main gauche du Seigneur (1955). Dès les premiers plans sur de magnifiques paysages relevés de superbes peintures sur verre (matte painting), le style de Dmytryk se fait classique, voire dangereusement académique dans son découpage paresseux. L’ensemble de l’équipe fournit un travail remarquable pour nous donner l’impression de nous trouver en Chine – alors que l’ensemble du long-métrage a été tourné en Californie. Et dans l’ensemble, cela fonctionne plutôt bien d’autant que le réalisateur utilise beaucoup de figurants d’origine asiatique pour peupler ses arrière-plans.

Un effet carte postale compensé par des acteurs inspirés

Si la reconstitution de la Chine des années 40 apparaît plutôt soignée, elle n’échappe pas toujours à l’effet carte postale. La musique censément folklorique de Victor Young est pour beaucoup dans ce sentiment de chromo touristique. Enfin, on regrettera la décision d’octroyer le rôle du chef de guerre chinois au très américain Lee J. Cobb. Même grimé, l’acteur ne parvient pas à effacer son accent typiquement ricain. Cela ruine la plupart des scènes où il apparaît. Heureusement, son temps de présence à l’écran n’est pas si important que cela.

Malgré tous les défauts mentionnés, La main gauche du Seigneur n’est pas pour autant un mauvais film, loin de là. Il propose notamment une réflexion intéressante sur la relativité de la foi, et surtout la capacité de chaque être à se sublimer dans une situation extraordinaire. Le personnage incarné avec beaucoup de nuances par un excellent Humphrey Bogart (il s’agit sans doute d’une de ses meilleures prestations à l’écran) est ainsi un usurpateur qui fera mieux que le véritable missionnaire mandaté initialement par l’évêque.

Une vision nuancée de la colonisation

Prêtre aux méthodes peu orthodoxes, le faux curé O’Shea – en réalité un pilote égaré – va parvenir à séduire les populations chinoises par son franc-parler, sa bonne connaissance des coutumes locales et ses rudiments de chinois. Là où les Américains sûrs de leur supériorité ont échoué, le faux père O’Shea fait l’unanimité auprès des populations locales. On n’ira pas jusqu’à dire que Dmytryk critique ici les méthodes coloniales, mais il insiste toutefois sur l’incongruité de la présence étrangère au cœur de la Chine.

Au sein d’une intrigue assez bien construite, les scénaristes ont glissé une romance impossible entre Bogart et l’infirmière incarnée par une Gene Tierney en retrait. Tous les deux malades (Bogart souffre d’un cancer qui l’emportera un an plus tard et Gene Tierney de problèmes psychiatriques lourds), les deux stars se sont beaucoup épaulées durant le tournage et leur complicité ressort bien à l’écran.

Un film dispensable, mais agréable à suivre

Au final, La main gauche du Seigneur échoue à être le grand film qu’il souhaiterait être, mais n’en demeure pas moins agréable à suivre grâce au professionnalisme de l’équipe et au talent de tous les interprètes. Le long-métrage n’a guère explosé le box-office mondial, sans perdre d’argent pour autant. En France, ils furent 969 447 spectateurs à venir découvrir les aventures chinoises de Bogart, soit un tassement des entrées pour un acteur qui dépassait régulièrement le million d’entrées sur notre territoire.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 11 avril 1956

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La main gauche du Seigneur, l'affiche

© 1955, renewed © 1983 Twentieth Century Fox Film Corporation / Affiche : Boris Grinsson © ADAGP Paris, 2020. Tous droits réservés.

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