La légende de la montagne : la critique du film (1979)

Fantastique, Epouvante-horreur | 3h12min
Note de la rédaction :
8,5/10
8,5
La légende de la montagne, la jaquette blu-ray

  • Réalisateur : King Hu
  • Acteurs : Feng Hsu, Chun Shih, Sylvia Chang
  • Date de sortie: 04 Oct 1979
  • Nationalité : Taïwanais, Hongkongais, Sud-coréen
  • Titre original : Shan zhong zhuan qi
  • Titres alternatifs : Legend of the Mountain (titre international)
  • Année de production : 1978-1979
  • Scénariste(s) : Ling Chung, King Hu
  • Directeur de la photographie : Henry Chan
  • Compositeur : Ta Chiang Wu
  • Société(s) de production : Feng Nian
  • Distributeur (1ère sortie) : Film resté inédit en France. La date ci-dessus est celle de la sortie à Hong Kong.
  • Distributeur (reprise) : -
  • Date de reprise : -
  • Éditeur(s) vidéo : Carlotta Films (DVD et Blu-ray)
  • Date de sortie vidéo : 9 mai 2018
  • Box-office France / Paris-périphérie : -
  • Budget : -
  • Rentabilité : -
  • Classification : -
  • Formats : 2.35 : 1 / Couleurs / Son : Mono
  • Festivals et récompenses : 9 nominations aux Golden Horse Film Festival and Awards (Taïwan) de 1979 dont 5 récompenses obtenues : Meilleur réalisateur, Meilleure directeur de la photographie, Meilleure direction artistique, Meilleure musique et Meilleur son.
  • Illustrateur / Création graphique : Dark Star
  • Crédits : © 1978 First Organisation LTD / First Distributors (HK) Limited. Tous droits réservés. Restauration © 2016 Taiwan Film Institute. Tous droits réservés.
Note des spectateurs :
[Total : 1   Moyenne : 4/5]

D’une incroyable beauté plastique, La légende de la montagne est un film de fantômes intéressant de bout en bout malgré une durée conséquente. A redécouvrir dans des conditions optimales pour profiter de ses plans visionnaires.

Synopsis : He Yun-Tsing est missionné par le monastère Haiying pour recopier un canon bouddhiste qui permettrait de libérer les âmes des défunts. Pour mener à bien cette tâche, les moines lui suggèrent de se retirer dans un endroit isolé au cœur de la montagne. Yun-Tsing est alors accueilli à bras ouverts par les quelques habitants de la contrée. Mais le mystérieux canon bouddhiste devient rapidement la cible de toutes les convoitises…

Un tournage dantesque en Corée du Sud

Critique : Après le désastre commercial de sa fresque monumentale A Touch of Zen (1971), le cinéaste visionnaire King Hu a accepté de tourner deux films plus accessibles au grand public : L’auberge du printemps (1973) et Pirates et guerriers (1975). Toutefois, si les deux longs-métrages ne sont pas à proprement parler des échecs, ils ne permettent pas de restaurer le prestige d’un artiste jugé trop exigeant.

Afin de pouvoir continuer à tourner, King Hu tente la grande aventure de l’indépendance en trouvant des financements un peu partout. Il est notamment alerté de la possibilité de recevoir des financements conséquents de la part de la Corée du Sud, à la condition qu’il engage un certain quota d’artistes locaux et surtout qu’il y tourne au moins deux longs-métrages. Dès lors, King Hu se lance dans un vaste tournage coréen de près de dix mois afin de réaliser coup sur coup Raining in the Mountain (1979) dont il a écrit le scénario et La légende de la montagne (1979), rédigé par sa compagne Ling Chung.

La légende de la montagne, photo 3

© 1978 First Organisation LTD / First Distributors (HK) Limited. Tous droits réservés. Restauration © 2016 Taiwan Film Institute. Tous droits réservés.

Des fantômes, des démons et Bouddha

La scénariste s’est ici inspirée d’une vieille légende datant de la dynastie Song, ce qui ramène King Hu à une époque encore plus ancienne que d’habitude puisque située entre les dixième et douzième siècles. Le cinéaste se penche ici sur un genre qu’il a rarement abordé, à savoir le fantastique pur. Il s’agit effectivement d’une traditionnelle histoire de fantômes chinois, entièrement fondée sur les traditions bouddhistes. Signalons toutefois que King Hu n’était pas bouddhiste lui-même. Il aborde pourtant ces thématiques religieuses avec beaucoup de soin et une grande attention à la véracité des rituels.

Si le spectateur occidental peut parfois être déstabilisé par certains codes qu’il ne maîtrise pas, le film reste toutefois d’une assez grande clarté grâce à un script finalement assez mince et qui a le grand mérite de ne pas multiplier les personnages périphériques. Ainsi, le jeune étudiant incarné avec beaucoup d’aplomb par Chun Shih se trouve chargé de copier un canon bouddhiste dans un lieu reculé du monde au cœur de la montagne. S’il est déjà sujet à des hallucinations dès son voyage aller, il va ensuite être accueilli à bras ouvert par des habitants soit chaleureux, soit étranges. Le spectateur comprendra assez vite que tout ce beau monde a un rapport étroit avec l’autre monde, celui des démons, des fantômes et des revenants.

La légende de la montagne, photo 2

© 1978 First Organisation LTD / First Distributors (HK) Limited. Tous droits réservés. Restauration © 2016 Taiwan Film Institute. Tous droits réservés.

Entrez en communion avec la nature et le cosmos grâce au Terrence Malick asiatique

Si l’intrigue est assez classique – même si on ne voit pas totalement venir le twist final – elle demeure sans cesse intéressante grâce au charme dégagé par l’ensemble des acteurs et surtout par la maestria visuelle d’un cinéaste en pleine possession de ses moyens. Alors que n’importe quel tâcheron raconterait cette histoire en une heure et demie, King Hu s’autorise une durée totalement dingue de 3h12min qui passe pourtant très bien. Cette lenteur de rythme lui permet d’approfondir les relations entre les personnages et surtout de donner une ampleur folle aux aventures de cet étudiant fauché.

Dans un style proche de celui d’un Terrence Malick, King Hu se permet d’interrompre la narration par de longs plans sur une nature sublimée par l’œil de l’esthète. Point d’ennui durant ces moments d’évasion, mais plutôt une respiration bienvenue nous faisant ressentir toute la beauté d’un environnement qui nous dépasse. King Hu, en seulement quelques plans, parvient à nous faire voir le cosmos et notre place infime, mais nécessaire, au cœur d’une nature luxuriante.

De la poésie, mais aussi quelques dérapages bis

La légende de la montagne n’atteint peut-être pas son plein potentiel poétique à cause de quelques petits dérapages bis liés notamment à quelques excès comiques douteux. Ainsi, l’humour amené par certains personnages grotesques n’est clairement pas le point fort du film. On peut également rester un peu plus réservés sur certaines luttes entre démons, parfois kitsch et qui tiennent plus de la tradition locale qu’autre chose. Toutefois, ce sont des scories pardonnables à l’intérieur d’un film-somme qui échoue parfois à trouver une unité de ton.

Face à cette longueur excessive, les producteurs de l’époque ont finalement commandé une version plus courte d’une durée de deux heures. On imagine le résultat nettement plus bancal puisque le long-métrage tire justement sa majesté de ses moments en creux. Le montage de 3h12min est réapparu après la mort de King Hu et a fait l’objet d’une magnifique restauration en 4K. C’est cette version qui a été diffusée en France lors du Festival Lumière de Lyon en octobre 2018. La même année, l’éditeur Carlotta a édité La légende de la montagne en DVD et blu-ray dans une copie superbe assortie de précieux suppléments.

L’occasion de découvrir pour la première fois dans des conditions optimales une œuvre splendide qui confirme le statut de King Hu en tant que grand maître du cinéma mondial.

Critique de Virgile Dumez

Acheter le film en blu-ray sur le site de l’éditeur

La légende de la montagne, la jaquette blu-ray

© 1978 First Organisation Ltd – First Distributors Limited (HK) / Conception graphique : Dark Star. Tous droits réservés.

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