… doublée d’une réflexion pertinente sur l’interventionnisme américain
Dans le cadre de la guerre froide, les Etats-Unis ont ainsi soutenu les chefs islamistes afghans – dont un certain Ben Laden – au nom de la lutte contre les Soviétiques. Comme le montre de manière assez subtile le métrage de Nichols, les Américains ont donc armé les fanatiques avant de leur laisser le champ libre en refusant des crédits pour le développement de la région. Complexe pour qui n’est pas versé dans l’histoire de la guerre en Afghanistan, La guerre selon Charlie Wilson réserve cependant quelques passages vraiment drôles grâce à la complicité entre Tom Hanks et Philip Seymour Hoffman, tous deux épatants.
On regrettera donc que le film se termine à la fin des années 80 sans faire de rapprochement clair avec la période actuelle (on ne se risque pas à évoquer le « diable » Ben Laden), ainsi qu’une dernière séquence dispensable et irritante sous forme de standing ovation. Sans être une œuvre impérissable, cette comédie du pouvoir a le mérite de poser des questions fondamentales sur l’interventionnisme et ses répercutions, interrogations nécessaires invitant les spectateurs à réfléchir sur la complexité de notre monde. Et cela, c’est toujours une bonne nouvelle.
Critique de Virgile Dumez
Box-office de La guerre selon Charlie Wilson
Dans une Amérique post-11 Septembre obsédée par les conséquences de l’implication américaine en Afghanistan et en Irak, Hollywood dégaine entre 2005 et 2010 de nombreuses productions de géopolitiques comme Jarhead (2005), Lord of War (2005), Démineurs (2008), Green Zone (2010)… La Guerre selon Charlie Wilson revient indirectement sur l’Afghanistan via le biopic géopolitique et historique, mais aussi ses ressorts soviéto-afghans dans les années 80.
Malgré les stars (Tom Hanks qui revenait deux ans après le triomphe de Da Vinci Code ; Julia Roberts de retour trois ans après Closer entre adultes consentants ; Philip Seymour Hoffman qui sortait de Truman Capote et Mission : Impossible III), le sujet n’est pas des plus glamours et le public s’avèrera récalcitrant. La production de 70M$ ne rapportera que 66M$ au box-office américain et ne multipliera pas ses recettes par deux dans le monde où l’on s’intéresse peu à ce récit très américain, classique, voire académique.
Sorti le 16 janvier 2008, à peine deux mois après Lions et Agneaux de Robert Redford (318 000 entrées pour le trio Redford, Meryl Streep et Tom Cruise), La Guerre selon Charlie Wilson trouve à peine 562 000 spectateurs dans 300 cinémas. Si la première semaine (280 000 entrées) n’est pas mauvaise, le film Paramount Pictures déçoit avec une perte de 46 et 43 % lors de ses 2e et 3e semaines. En 4e semaine, perdant 150 écrans, le blockbuster adulte dégringole (-71%) et ne génère plus que 24 973 entrées. Le film est mort.
En province, le fiasco est total puisque le film de Mike Nichols trouve à peine deux fois plus de spectateurs qu’à Paris.
Après Closer, entre adultes consentants, Mike Nichols achève sa carrière avec un succès en demi-teinte. Le réalisateur de Qui a peur de Virginia Wolf ? en 1967 n’avait été vu que par 811 000 spectateurs en son temps et Ce plaisir qu’on dit charnel à peine 529 000 entrées. Le score n’est donc pas une catastrophe. Nichols a connu bien pire dans sa carrière : les flops d’A propos d’henry (398 000) ou Primary Colors (167 000) n’ont laissé aucun souvenir aux Français.
Box-office de Frédéric Mignard
