La gorgone : la critique du film (1964)

Epouvante-horreur, Fantastique | 1h23min
Note de la rédaction :
6,5/10
6,5
La Gorgone, jaquette ESC

  • Réalisateur : Terence Fisher
  • Acteurs : Christopher Lee, Peter Cushing, Richard Pasco, Barbara Shelley
  • Date de sortie: 18 Oct 1964
  • Nationalité : Britannique
  • Titre original : The Gorgon
  • Scénariste : John Gilling d'après une idée de J. Llewellyn Devine
  • Directeur de la photographie : Michael Reed
  • Compositeur : James Bernard
  • Distributeur : Film inédit dans les salles en France. La date de sortie ci-dessus est celle en Angleterre.
  • Editeur vidéo : ESC Editions (Mediabook)
  • Sortie vidéo (Mediabook) : 22 octobre 2019
  • Festival : Film projeté lors du Festival Midi-Minuit Fantastique en avril 1967 à Paris.
  • Budget : 150 000 £
  • Format : 1. 78 / Son : Mono
  • Crédits visuels : © 1964 Renewed 1992 Columbia Pictures Industries Inc. / © 2019 Sony Pictures Home Entertainment - ESC Editions / Conception graphique : Dark Star. Tous droits réservés.
Note des spectateurs :
[Total : 1   Moyenne : 3/5]

Film maudit de la Hammer, La gorgone est pourtant une œuvre intéressante et ambitieuse qui déploie une belle histoire d’amour tragique. Toutefois, des scories viennent tempérer notre enthousiasme.

Synopsis : Le cadavre de la maîtresse d’un peintre est découvert pétrifié dans la forêt de Vandorf en Allemagne, cependant qu’on trouve le peintre lui-même pendu à un arbre de la forêt. Les autorités, pour étouffer l’affaire, s’empressent de conclure au meurtre de la jeune femme par le peintre, suivi du suicide du peintre. Selon une légende deux fois millénaire, Mégère, la survivante des trois sœurs Gorgone, monstres à corps de femme et à la tête couronnée de vipères, hanterait la région…

La Hammer cherche à renouveler son catalogue de monstres

Critique : En 1964, cela fait déjà plusieurs années que la firme britannique Hammer exploite le catalogue des monstres de la Universal en les remettant au goût du jour et en couleurs. Ils ont ainsi exhumé Dracula, Frankenstein, le loup-garou ou encore la momie à travers une série de films inégaux, dont certains sont devenus de vrais classiques au fil du temps. Toutefois, les producteurs et réalisateurs britanniques se sentent à bout d’inspiration et cherchent à proposer du neuf. Cette décision n’enchante guère le distributeur Columbia qui demande surtout des produits calibrés pour son réseau de salles américaines.

La gorgone, le Mediabook d'ESC Editions

© 1964 Renewed 1992 Columbia Pictures Industries Inc. / © 2019 Sony Pictures Home Entertainment – ESC Editions / Conception graphique : Dark Star. Tous droits réservés.

Toutefois, la Hammer décide de faire confiance à un sujet proposé par un inconnu (J. Llewellyn Devine) fondé sur la mythologie grecque des gorgones transposée dans l’Allemagne du début du 20ème siècle. Le développement du script est confié à John Gilling qui doit officiellement le réaliser. Toutefois, le studio préfère limiter les risques en confiant le tout à son trio vedette : Terence Fisher à la réalisation et Peter Cushing / Christopher Lee en haut de l’affiche.

Quand Terence Fisher se prend pour Jacques Tourneur

Pour une fois, Terence Fisher se plie à cette commande avec intérêt tant il souhaite réorienter son cinéma vers une horreur moins viscérale et plus psychologique. Il cherche ainsi à créer une ambiance anxiogène, mais davantage portée par l’ambiguïté des personnages que par l’horreur graphique. Ainsi, La gorgone ne possède quasiment aucune effusion de sang et l’ambiance se rapproche davantage de celle plus suggestive des films de Jacques Tourneur que des habituelles productions Hammer.

Le cinéaste soigne particulièrement sa mise en scène, parmi ses plus abouties, ainsi que les décors, les éclairages (magnifique travail de Michael Reed), tandis que la musique de James Bernard souligne l’ensemble avec magnificence. Malheureusement, à cause d’un budget très restreint de 150 000 £, tout n’est pas réussi dans La gorgone. Tout d’abord, il faut signaler des effets spéciaux un peu à la peine, notamment lors de la décapitation finale, vraiment peu convaincante. On peut également regretter l’emploi de postiches ridicules dont est affublé Christopher Lee, pourtant très bon dans un contre-emploi total.

Un scénario ambitieux, mais qui manque de rigueur

D’autres problèmes s’ajoutent à ces scories, notamment au niveau du scénario. Ainsi, les auteurs se sont perdus dans la mythologie et l’antagoniste du film est nommée Mégère en VO, alors qu’il s’agit d’une furie et non d’une gorgone. La faute a d’ailleurs été corrigée dans la version française où elle est appelée Méduse. Plus prosaïquement, on peut également signaler l’absence de réel suspense par rapport à l’incarnation humaine de la gorgone puisqu’il n’y a qu’un seul vrai personnage féminin dans le film. Pas difficile d’identifier qui est coupable dans ces conditions.

Toutefois, cela n’empêche nullement La gorgone d’être une œuvre intéressante puisqu’elle fournit l’occasion à Terence Fisher de sortir des sentiers battus et de proposer une poignante histoire d’amour qui se termine d’ailleurs très mal pour tous les protagonistes. Le réalisateur en profite pour évoquer la notion de sacrifice d’un être humain pour un autre. Il rejoint ainsi des thématiques qui ont déjà été développées dans les grandes tragédies antiques.

Un portrait sensible d’une femme à l’évidente dualité

On apprécie également le portrait de cette femme marquée par une dualité dont elle ignore tout. Jouée avec sensibilité par l’excellente Barbara Shelley, celle-ci est à coup sûr le personnage le plus intéressant du film, d’autant que ce thème de la femme double nous rappelle un autre excellent film Hammer, à savoir La femme reptile (1966), cette fois-ci tourné par John Gilling en personne.

Malheureusement pour Terence Fisher et le studio Hammer, cette tentative de renouveler le catalogue de la firme a connu un échec cinglant qui a d’ailleurs stoppé net sa sortie française.

Un film injustement passé inaperçu à l’époque, mais réévalué depuis

Le long-métrage n’a été exploité sur notre territoire que lors de festivals, le premier étant celui organisé en 1967 par la revue Midi-Minuit Fantastique. La gorgone a été projeté le 19 avril 1967 au cinéma Le Racine dans le Quartier Latin, puis a disparu des radars pendant de nombreuses années, alors même que sa réputation grandissait.

Sorti en Mediabook par ESC Editions en 2019 dans une superbe copie, le long-métrage peut enfin être réévalué à l’aune de ses nombreuses qualités, mais aussi des défauts signalés précédemment. Terence Fisher le considérait comme l’un de ses meilleurs films. Si nous ne souscrivons pas entièrement à ce point de vue, La gorgone fait tout de même partie des belles réussites artistiques de la Hammer.

Critique de Virgile Dumez

Les films de la Hammer sur CinéDweller

Acheter le Mediabook du film

La gorgone, le Mediabook ESC

© 1964 Renewed 1992 Columbia Pictures Industries Inc. / © 2019 Sony Pictures Home Entertainment – ESC Editions / Conception graphique : Dark Star. Tous droits réservés.

Trailers & Vidéos

trailers
x
La Gorgone, jaquette ESC

Bande-annonce de La gorgone (VO)

Epouvante-horreur, Fantastique

x