La Belle et la Bête (1978) : la critique du film et le test blu-ray (1978)

Fantastique | 1h23 min
Note de la rédaction :
8/10
8
La Belle et la Bête version 1978 de Herz, jaquette blu-ray ESC

  • Réalisateur : Juraj Herz
  • Acteurs : Vlastimil Harapes, Zdena Studenkova
  • Date de sortie: 21 Mai 2019
  • Nationalité : Tchèque
  • Titre original : Panna A netvor
  • Année de production : 1968
  • Éditeur vidéo : ESC Editions (DVD et blu-ray)
  • Date de sortie vidéo : 27 mai 2019
Note des lecteurs

Multipliant les influences, Herz transforme un conte connu en une œuvre hybride et inventive, d’une puissante originalité.

Synopsis : Un marchand veuf vit avec ses trois filles. Julie, la cadette lui demande de lui ramener une rose. Sur le chemin du village, il s’endort sur son cheval en traversant une forêt enchantée. Il se réveille devant un château et cueille une rose dans le parc de la “Bête”, monstre mi-homme mi-bête, acte qui équivaut à un arrêt de mort. Julie va se sacrifier à la place de son père et se rend dans la féérique demeure de la Bête. Elle va découvrir derrière sa laideur un être vulnérable qui souffre…

Un goût prononcé pour l’étrange et le gothique

Critique : Peu connu en France, sinon pour le trouble Incinérateur de cadavres (1969), Juraj Herz (1934-2018) a eu une longue carrière en butte à la censure, avant de trouver plus de liberté que ce soit en Allemagne ou dans deux adaptations de Maigret avec Bruno Cremer. Selon Christophe Gans, sa période la plus fructueuse est justement celle où il a dû affronter des comités prompts à couper ou refuser tout ce qui leur déplaisait. Cela fait-il de La Belle et la Bête un chef-d’œuvre méconnu ? Sans doute pas, mais cette version éclipse les versions récentes dont elle s’écarte par un goût prononcé de l’étrange, voire du gothique, qui contamine le métrage au point d’évoquer les productions de la Hammer ou même Nosferatu, tant par le voyage du père que par les postures de la Bête. On n’évoquera ici ni d’autres sources relevées par Gans ni ses interprétations, preuve évidente de la richesse d’une œuvre soignée et à tout le moins fascinante.

Zdena Studenkova dans La Belle et la Bête

Crédits ESC Editions

Une atmosphère glauque pour une réflexion sur la part animale de l’homme

Dès le départ, entre les préparatifs d’un double mariage et un voyage dangereux dans une forêt brumeuse, le film installe une atmosphère glauque, les séquences nocturnes rejaillissant sur la fête, elle-même montrée comme un mélange de brutalité, de paillardise (côté paysan) et de légèreté insouciante (côté propriétaire) ; les filles à marier se révèlent vite avides et superficielles, alors que la troisième, qui déclare ne pas vouloir d’époux, incarne la sagesse et la fermeté : c’est elle qui se sacrifie pour son père, rejoignant le domaine de la Bête sans savoir quel danger elle court. On ne voit d’ailleurs longtemps de celle-ci qu’une main griffue, posée sur une épaule ou déchirant une poitrine. C’est que, contrairement à la version de Cocteau, le monstre n’est pas un prince prisonnier d’un corps difforme mais à l’esprit élégant : ici, son corps d’oiseau de proie vêtu de lambeaux reflète un état animal qui le pousse à se repaître de sang. La scène de la biche qu’il poursuit, éprouvante aujourd’hui, symbolise sa cruauté qu’une voix intérieure encourage. Car la bête n’est pas une, deux personnalités se disputent en lui, ce qui nous vaut des dialogues pas toujours très fins. Au fond, l’histoire vue par Herz questionne l’animalité en l’homme, cette part inavouable et toujours à combattre.*

Une trouvaille cinématographique

C’est évidemment l’arrivée de la Belle qui fonde la victoire de l’humain, et donne un sens à la lutte. La beauté de certaines séquences témoigne de la double découverte : que Julie referme le portail dans la neige, qu’elle essuie des tableaux couverts de poussière ou qu’elle soit emprisonnée dans un lit qui se referme sur elle, toujours la réalisation trouve l’axe et le détail qui transforment une idée de scénario en une trouvaille cinématographique. Le film regorge de pareils moments, mais il se surpasse dans le décor d’un domaine envahi par des arbustes morts et qui, selon l’angle choisi tient de la ruine ou du château, un lieu à la géographie curieuse mais qui reflète la dualité à l’œuvre chez la Bête.

Une féerie morbide pour adultes

On pourra trouver certains passages verbeux, mais la beauté de l’ensemble, sa charge émotionnelle, son accompagnement majestueux à l’orgue, font de cette version un film passionnant, peuplé de réminiscences, foisonnant, et dont l’ambiguïté ajoute au charme indéniable. Structuré par de puissants motifs (le portrait, les miroirs), cette féerie morbide, certainement pas destinée aux enfants, captive d’un bout à l’autre : ses fulgurances étonnent encore aujourd’hui.

 Le test blu-ray

Suppléments : 3/5

Un seul bonus, un entretien avec Christophe Gans (29mn), qui ne se contente pas de clamer son amour du film, mais remonte aux origines, évoque celui de Cocteau et le sien. Il explore la part sombre des contes, ce qui lui permet une analyse profonde du métrage, avec des idées particulièrement fécondes sur la couleur, l’inconscient ou l’atmosphère, ou encore des références pointues. Passionnant.

Image : 2.5

La copie est très inégale, mais on ne peut s’empêcher de remarquer toutes sortes de parasites (griffures, points blancs) qui apparaissent et disparaissent selon les séquences. La définition n’est jamais excellente, même si le travail sur les couleurs se voit encore. Certains passages sombres pâtissent de l’âge du film, mais la qualité de celui-ci méritait bien une édition, aussi imparfaite fût-elle.

Son : 3

Là encore, on est loin du parfait, mais les dialogues sont clairs et la musique sans dissonances. Quelques légers chuintements dans la VO ; la VF est assez maladroite, elle conserve toutefois une certaine fraîcheur.

Critique et test blu-ray : François Bonini

La Belle et la Bête version 1978 de Herz, jaquette blu-ray ESC

Crédits ESC Editions

 

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