Kuso : la critique du film (2021)

Trash, Horreur, Gore, Film à Sketches, Expérimental, Animation | 1h34min
Note de la rédaction :
6/10
6
Kuso, l'affiche

  • Réalisateur : Flying Lotus
  • Acteurs : Hannibal Buress, George Clinton, David Firth
  • Date de sortie: 02 Mar 2021
  • Nationalité : Américain
  • Titre original : Kuso
  • Titres alternatifs : Кусо (Russie)
  • Année de production : 2017
  • Scénariste(s) : David Firth, Flying Lotus
  • Directeur de la photographie : Ben Goodman, Danny Hiele, Norm Li
  • Compositeur : Aphex Twin, Flying Lotus , Akira Yamaoka
  • Société(s) de production : Brainfeeder Films
  • Distributeur (1ère sortie) : Film inédit en salles en France. La date ci-dessus est celle de la sortie vidéo.
  • Distributeur (reprise) : -
  • Date de reprise : -
  • Éditeur(s) vidéo : Potemkine Films (combo DVD et blu-ray)
  • Date de sortie vidéo : 2 mars 2021 (combo DVD et blu-ray)
  • Box-office France / Paris-périphérie : -
  • Box-office nord-américain : -
  • Budget : 400 000 $
  • Rentabilité : -
  • Classification : Déconseillé aux moins de 16 ans par l'éditeur.
  • Formats : 2.4 : 1 / Couleurs
  • Festivals et récompenses : Splat! FilmFest 2017 : Prix du film le plus choquant et Prix des meilleurs effets spéciaux / Festival de Sundance 2017 / L'Etrange Festival 2017 / Festival du Film de Turin 2017
  • Illustrateur / Création graphique : -
  • Crédits : © 2021 Brainfeeder Films - Stray Dogs - Potemkine Films. Tous droits réservés.
Note des spectateurs :

Geste artistique punk ultime, Kuso entremêle plusieurs courts-métrages dont le point commun est un goût prononcé pour le trash, la scatologie et les univers barrés. A réserver aux amateurs d’un cinéma de l’extrême, sans aucun tabou.

Synopsis : Un tremblement de terre a anéanti Los Angeles, laissant les survivants tels des mutants.

Un projet développé durant plusieurs années

Critique : L’intégralité du projet Kuso (2017) peut être résumé par son titre provocateur, puisque le mot « Kuso » signifie « merde » en japonais. Véritable OFNI – Objet filmique non identifié – le métrage signé d’un énigmatique Steve est en réalité une réalisation de l’artiste de musique électronique Flying Lotus (de son vrai nom Steven Ellison). L’artiste qui s’est fait connaître au cours des années 2010 par une série d’albums généralement bien accueillis par la critique musicale, avait débuté des études de cinéma dans sa prime jeunesse avant de dévier vers la musique. C’est sur les conseils de son ami Quentin Dupieux (autre transfuge de la scène musicale électro vers le cinéma) que Flying Lotus décide en 2014 de s’accorder une pause musicale et débloquer 400 000 dollars pour pouvoir produire et réaliser en toute autonomie son premier long-métrage.

Kuso, jaquette blu-ray

© 2021 Brainfeeder Films – Stray Dogs – Potemkine Films. Tous droits réservés.

Au départ, il ne s’agissait que de s’initier aux techniques d’animation, notamment aux côtés de David Firth, animateur britannique à l’univers déjanté, connu également en musique électro sous le pseudonyme de Locust Toybox. Une fois formé, Flying Lotus entame la réalisation d’un court-métrage intitulé Royal. Totalement trash, cet essai concluant lui donne envie de poursuivre l’aventure et de tourner d’autres courts qui vont ensuite donner la matière première de Kuso (2017).

Plusieurs courts-métrages entremêlés

Effectivement, si Flying Lotus n’est pas le premier à tenter l’expérience, Kuso est un film comprenant quatre sketchs principaux, mais dont les scènes ne sont pas présentées en continu. Le spectateur doit donc passer constamment d’un sketch à l’autre, le tout entrecoupé de publicités graveleuses, d’extraits de journaux télé ou encore de dessins animés psychédéliques complètement surréalistes. Le fil conducteur indiqué ici en synopsis n’est d’ailleurs pas si clairement établi que cela durant le film. Le seul vrai point commun entre chaque segment est le caractère totalement fou, dérangé, malsain, parfois très drôle et surtout irrémédiablement trash de l’ensemble.

Bien entendu, on pourrait citer des influences à n’en plus finir puisque Flying Lotus semble adorer l’univers sombre de David Lynch (avec qui il a collaboré depuis sur un clip vidéo dingue intitulé Fire Is Coming), mais aussi les dérives porno gore de Frank Henenlotter, tout en rendant hommage aux films japonais extrêmes de Tsukamoto et aux œuvres dingues réunies sous le sigle Catégorie III. Dans sa volonté systématique de choquer, on peut voir aussi l’influence majeure de John Waters.

Du body horror porté sur la scatologie et les pratiques sexuelles alternatives

Dans un univers en totale déliquescence où les êtres humains sont systématiquement difformes ou affublés de pustules sur le visage, Flying Lotus étale à l’écran tout ce qui ne doit pas se montrer si l’on a un minimum de bon goût. Il développe notamment une obsession certaine pour la scatologie, les fluides corporels de toute nature et se livre donc à un exercice extrême de body horror qui dégouterait même David Cronenberg (on pense parfois à son Festin nu) ou le Jim Muro de Street Trash. Pour pouvoir apprécier le film – peut-on d’ailleurs vraiment aimer un tel spectacle ? – il faut donc accepter de se faire rudoyer, ou avoir un sacré sens de l’humour. On évoque ici l’inceste, le cannibalisme, le matricide, l’avortement, ainsi que toute forme de sexualité alternative, avec un sens aigu du malaise.

Le résultat, sorte de trip sous acide, ne peut aucunement laisser indifférent et s’avère donc profondément clivant. D’ailleurs, lors de sa projection au Festival de Sundance, une bonne partie de la salle de presse est sortie avant la fin, clamant qu’un tel outrage était un scandale. Très honnêtement, l’auteur de ces lignes a surtout vu dans ce délire psychédélique quelques très beaux passages sur le plan esthétique – la forêt magique est de toute beauté par exemple – et surtout un énorme doigt d’honneur tendu au bon goût. Comme une déclaration punk finalement très bien résumée par le titre : en gros, si vous n’aimez pas ça, allez vous faire voir ailleurs !

Une curiosité pour amateurs de films trash uniquement

Le long-métrage a finalement été rentabilisé par son achat par la plateforme américaine Shudder qui le diffuse en exclusivité aux États-Unis. En France, après un passage par L’Étrange Festival en 2017, c’est l’éditeur Potemkine Films qui a très courageusement sorti l’objet du délit en DVD et Blu-ray, dans une superbe copie, agrémentée d’un entretien avec le passionnant Maxime Lachaud, grand spécialiste des cinématographies alternatives. Ses éclairages sont précieux pour mieux appréhender ce long-métrage qui ne peut laisser de marbre, et que l’on ne peut conseiller pour autant à personne, à part les aventuriers d’un septième art sans filtre.

Critique de Virgile Dumez

Acheter le Blu-ray sur le site de l’éditeur

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Kuso, l'affiche originale

© 2017 Brainfeeder Films. Tous droits réservés.

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Kuso, l'affiche

Bande-annonce de Kuso (VO)

Trash, Horreur, Gore, Film à Sketches, Expérimental, Animation

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