Je suis heureux que ma mère soit vivante : la critique du film (2009)

Drame, Drame Psychologique | 1h30min
Note de la rédaction :
8/10
8
Cover VOD de Je suis heureux que ma mère soit vivante

  • Réalisateur : Nathan Miller Claude Miller
  • Acteurs : Vincent Rottiers, Sophie Cattani, Christine Citti
  • Date de sortie: 30 Sep 2009
  • Nationalité : Français
  • Scénaristes : Alain Le Henry, Claude Miller, Nathan Miller
  • Compositeur : Vincent Segal
  • Sociétés de production : F comme Films, Orly Films, Page 114
  • Distributeur : Metropolitan FilmExport
  • Editeur vidéo : Metropolitan FilmExport
  • Date de sortie vidéo : 16 mars 2010
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 56 847 entrées
  • Budget :
  • Classification : Tous publics avec avertissement : "La scène de tentative de meurtre de la mère biologique par son fils, pour son réalisme et son effet de choc, justifie un avertissement : « Ce film comporte une scène susceptible de heurter un public sensible ».
Note des spectateurs :
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Claude Miller s’associe à son fils Nathan pour mettre en scène efficacement un fait divers sordide du début des années 90. Il en résulte une manifestation sanglante du complexe d’Œdipe transcendée par l’interprétation de ses comédiens, en particulier Vincent Rottiers, tout simplement magistral.

Synopsis : Notre identité est un vêtement dont notre enfance a dessiné les coutures. La présence de ceux qui nous ont élevés, nos parents, a été fondatrice de ce que nous sommes. Mais que se passe-t-il quand il s’agit d’absence ? C’est une des questions posées par notre histoire.
Entre 7 et 20 ans, Thomas a recherché Julie, sa mère biologique. A l’insu de ses parents adoptifs, il va retrouver cette femme qui l’a abandonné à 4 ans et commencer auprès d’elle une « double vie ». Mais « qui a deux maisons perd la raison… » dit le proverbe.

Une tragédie familiale basée sur un fait divers réel

Critique : A l’origine du projet, l’on retrouve Jacques Audiard. Le cinéaste d’Un prophète, alors en début de carrière, découvre un fait divers sordide ayant eu lieu en 1992 et en parle au producteur Jean-Louis Livi. Celui-ci, emballé, investit dans un scénario voué à l’oubli ; Audiard abandonne l’idée de réaliser, mais Livi, lui, décide de mener le projet à bien. Il convainc ainsi les Miller, père et fils, de s’associer pour réécrire et réaliser conjointement l’adaptation cinématographique d’une tragédie familiale basée sur un complexe d’Œdipe qui ne veut pas se dissiper.

En effet, dans Je suis heureux que ma mère soit vivante, Thomas, un jeune homme abandonné avec son jeune frère par sa mère, alors qu’il avait cinq ans, grandit dans la révolte et l’obsession de celle-ci, au sein d’une famille d’adoption. Il essaye de régler ses comptes avec le passé en retrouvant sa mère biologique lorsqu’il devient adulte. Thomas, inlassablement amoureux de sa génitrice depuis son plus jeune âge, n’est pas parvenu à se débarrasser de cette fascination enfantine pour le sourire, le sein et la peau d’une mère qu’il met irrationnellement sur un piédestal. Son souvenir le hante et tel un gamin, il refuse de s’investir sentimentalement auprès d’une autre femme, puisqu’intérieurement, comme tous les petits garçons, c’est sa maman qu’il souhaiterait chérir à jamais…

Vincent Rottiers dansJe suis heureux que ma mère soit vivante

© photo : Frédérique Barraja

Les tempêtes intérieures de Vincent Rottiers, magistral

L’obsession et la rage se côtoient au cœur de ce personnage paumé qui ne trouvera paradoxalement que de la déception chez celle qu’il considère comme la plus belle des mamans. Alors que les flashback qui construisent le récit, mélangent les scènes de sa jeune enfance et de son adolescence aux moments présents de sa vie d’adulte, la tension, plus que palpable, monte d’un cran, voire deux. Thomas, instable, incapable de contrôler sa révolte, va jusqu’à involontairement conduire son père adoptif dans une maison de repos. Sur le borderline, son rapprochement vers sa vraie mère, une femme simple et immature, qui, quinze ans après, vit toujours dans le même état de pauvreté intellectuelle, le conduit vers davantage de tempêtes intérieures.
Portrait radical d’une société de misère, en proie aux cassures et déséquilibres mentaux, Je suis heureux que ma mère soit vivante sonde l’enfance et le déterminisme psychologique qui résulte de situations intolérables pour les mineurs. La séparation au moment le plus formateur dans la construction du garçon, devient ici générateur de crise jusqu’à l’acte désespéré de violence qui plane sur le métrage – le drame sanglant qui réparera le passé, tout en permettant à Thomas de fuir le présent.

Destruction psychologique

En faisant preuve de perspicacité sociale et psychologique envers tous les protagonistes de leur fait divers, les deux réalisateurs mettent en place une machine à broyer l’humain qui fait froid dans le dos. Le réalisme naturaliste (la vie des classes populaires, les dérives de la jeunesse égarée, les fêlures irréparables) percute dès les premières scènes et interpelle crument dans la dernière partie. Choisissant l’option délicate d’un scénario entièrement construit sur la chronologie chamboulée, comme pour démontrer que tous les événements de l’enfance affectent la vie d’adulte, Claude et Nathan Miller sont aidés dans leur démarche par un casting de comédiens tous humbles et formidables, en particulier le jeune Vincent Rottiers. Toujours saisissant de rage et de spontanéité (on se souvient de lui et de sa violence refoulée dans le désormais film polémique Les diables), l’acteur aurait dû exploser à l’issue de la sortie du film. Il en avait l’âge, le charisme et la force de jeu, mais le sujet glauque rebuta les spectateurs. On en est bien triste.

Les sorties du 30 septembre 2009

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Frédéric Mignard

Je suis heureux que ma mère soit vivante, affiche du film

© lagency / Marc Paufichet / © photo : Frédérique Barraja

Box-office :

Avec son sujet radical, Je suis heureux que ma mère soit vivante a littéralement éconduit les spectateurs. Trop austère, trop violent, le film des Miller a subi un lourd échec, avec 25 967 spectateurs dans 108 cinémas. La chute en deuxième semaine de 49% la mené une ultime fois au-dessus des 13 206 curieux. Le drame naturaliste gît dans son propre sang en 3e semaine, avec 4 969 spectateurs dans 63 salles. C’est la bérézina. Au final, Claude Miller et son fils auront troublé 56 847 spectateurs. Le film est quelque peu oublié aujourd’hui, en raison de cette notoriété qui n’a jamais su naître.

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