In Bed with Madonna : la critique du film (1991)

Documentaire, Film musical | 1h55min
Note de la rédaction :
9/10
9
Affiche d'In bed with Madonna, France mai 1991

  • Réalisateur : Alek Keshishian
  • Acteurs : Madonna
  • Date de sortie: 15 Mai 1991
  • Nationalité : Américain
  • Titre original : Madonna : Truth or Dare
  • Costume : Jean-Paul Gaultier
  • Distributeur : AAA
  • Editeur vidéo : Fox Vidéo (VHS), MGM (DVD, 2003), BQHL Editions
  • Date de sortie vidéo : 20 octobre 1991 (VHS), 2 août 2003 (DVD, MGM), 21 juillet 2016 (DVD, BQHL Editions)
  • Box-office USA : 15 012 935$ (88e annuel) / 29 millions de dollars (inflation, 2021)
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 186 969 entrées / 63 092
  • Budget : 4.5M$
  • Copyrights photo (banner, poster) : Copyrights : Steven Meisel. All Rights Reserved
Note des spectateurs :

In Bed with Madonna est un modèle de documentaire musical qui permet une introspection complexe dans l’univers déluré de la Madonna, star du début des années 90. La chanteuse s’y révèle bien meilleure comédienne que dans les fictions où elle s’égara par la suite.

Synopsis : En 1990, pendant le « Blond Ambition Tour », Alek Keshishian suit Madonna du début de la tournée à Tokyo jusqu’au dernier concert à Nice en passant par les Etats-Unis. Le réalisateur filme tout. Toute la vie de l’artiste que ce soit sur scène, en répétition et en coulisses. Madonna se livre comme elle est, à la fois chanteuse et danseuse, femmes d’affaires, figure de mère, enfant inconsolable, mais aussi bourreau de travail et icône glamour… Un documentaire incontournable pour cerner la personnalité de la plus grande star de la musique.

Critique : 1991. Madonna est alors la plus grande star de la planète. Michael Jackson a entamé une retraite temporaire après l’album Bad (1987). George Michael est sur le déclin. Whitney n’en est pas encore à la résurrection de Bodyguard. Mariah Carey ne fait qu’apparaître… Pour mesurer son aura auprès du public, la madone, de son côté, sort sans crier gare un documentaire provocant autour de sa tournée mondiale, le Blond Ambition (1990). Initialement, le film était voulu comme un concert filmé au Japon pour la chaîne HBO, mais se réorientera de façon inattendue sous une forme plus monumentale.

In Bed with Madonna, le buzz de la 44e édition du festival de Cannes

Mélange de scènes de concert brillamment mises en scène (notamment à Paris Bercy) et d’instantanés de coulisses (la caméra d’Alek Keshishian a filmé la méga-star en permanence pendant de longs mois, y compris dans son intimité, malade ou lors de crises familiales), Au lit avec Madonna  déboule à Cannes hors compétition en mai 1991 et la venue de la provocatrice permet à la Croisette de battre des records d’affluence. Dino De Laurentiis est présent sur le tapis en guise de producteur. Il retravaillera avec elle sur le thriller érotique Body of evidence, en 1993.

Le plus gros succès du documentaire jusqu’aux années 2000

Le buzz est systémique In Bed with Madonna devient un succès sans précédent aux États-Unis dans son genre du cinéma du réel. Il faudra attendre les pamphlets politiques de Michael Moore et la vague des documentaires animaliers, dix ans plus tard, pour que son exploit tombe aux oubliettes.

Mais que peut-on retenir aujourd’hui de son exercice de mise à nue sobrement intitulé aux USA Truth or dare, c’est-à-dire « action ou vérité » (pour les actes osés et les révélations intimes auxquels elle se livre avec les danseurs de sa tournée lors d’apartés cocasses) ?

Un jalon dans la création du mythe Madonna

Alors que Madonna est devenue dans les années 2000 et 2010 une institution mondiale immuable, murée dans un personnage de mère pas forcément sexy pour les nouvelles générations et investie dans l’humanitaire idéologique propre à sa maturité d’artiste et de femme, In Bed se pose comme un jalon essentiel dans la construction d’un mythe de femme surpuissante, maîtresse de son destin qui s’amuse à jouer des codes des hommes yuppies des années 80.

Elle apparaît alors comme une jeune trentenaire affranchie des obligations familiales, maternant sa troupe de danseurs homosexuels, à l’époque du sida foudroyant. Mi-ado attardée qui s’enfonce inlassablement tête baissée dans une routine de tournée festive, blaguant à deux balles, jurant comme une charretière dans un plaisir perceptible, mais aussi quasi dépressif, entre éclat et provocation, elle est fidèle à son esprit rebelle mythique.

Madonna au lit, au sens propre, ou sur scène, joue avec le réel, la caméra invisible, et la perception de son image par le spectateur. Au firmament de sa célébrité, elle n’a pas encore subi le courroux médiatique conservateur des médias contre ses dérives exhibitionnistes (le livre érotique Sex et l’album Erotica), la traversée du désert relative des années 90, la maternité et la Kabbale qui la frapperont de deux rayons de soleil salvateurs (manifestés artistiquement par Ray of light, l’opus de la rédemption par la maturité en 1998).

Le futur est femme

Dans In Bed, la chanteuse d’Express yourself rayonne. Elle joue d’audace et de lumière, avec une délectation communicative. Elle pratique une fellation sur une bouteille en verre, compose un poème sur les pets, insulte Kevin Costner, feint de se masturber sur une scène canadienne devant la police venue la menacer d’arrestation, déclare sa flamme à Antonio Banderas au bras de son épouse. Elle joue avec le monde, et se joue du monde. Des sentiments des uns, de la naïveté des autres. De leur fragilité, au risque de se montrer cruelle…

In Bed with Madonna dresse le portrait sans fard d’un monstre de surpuissance, en pleine possession de ses moyens, ambitieuse artistiquement et commercialement. Il fallait bien un documentaire au format cinéma pour immortaliser cette page de l’histoire pop, de par sa caméra cannibale. Une gloire fascinante, en avance sur les télé-réalités des années 2000 et les gloires de réseaux sociaux des 2010 qu’elle inspirera sûrement de par ce procédé du privé filmé 24h/24h, avec la légitimité d’une démarche artistique qui manquera aux célébrités 2.0 et aux influenceurs contemporains.

Femme, sainte ou putain, le droit au blasphème s’invite

Véritable valse des pantins orchestrée par une artiste qui met en scène son monde sans jamais être derrière la caméra, Au lit avec Madonna est révélateur de ses manipulations. Quand elle s’amuse, la bête de scène travaille aussi et n’a pas d’autre ambition que d’asseoir définitivement son caractère de méga-star éternelle. Le souci d’authenticité se conjugue à l’orchestration patente de mensonges, si bien qu’au final la Ciccone s’y révèle bien meilleure actrice que dans n’importe laquelle de ses tentatives de comédienne sur grand écran.

Jouant à Madonna – la femme, l’enfant, la star, l’artiste, la sainte et la putain – elle incarne à la perfection un mythe avec une singularité de caractère fascinante, quitte à blasphémer, ce qui n’est pas dans la culture américaine. Cela explique pour beaucoup sa royauté dans le domaine de la pop que beaucoup ont essayé de dénigrer sans jamais parvenir à l’égratigner.

Frédéric Mignard

Les sorties de la semaine du mercredi 15 mai 1991

In Bed With Madonna,; affiche française

© Boy Toy, inc. & Dino de Laurentiis Communications. Tous droits réservés

Le saviez-vous?

  • Gilles Jacob a sélectionné In bed with Madonna pour participer à la 44e édition du festival de Cannes. Le film était présenté Hors compétition, avec Thelma & Louise de Ridley Scott, Jacquot de Nantes d’Agnès Varda et Rhapsody in August d’Akira Kurosawa. Le président du Jury était un certain Roman Polanski.
  • Le palmarès des critiques à Cannes : le film divisa. Henry Chapier pour FR3 et Anne de Gasperi du Quotidien de Paris détestèrent. Le film fut en revanche largement défendu par Le Figaro, Première (qui en fit sa couverture), Alain Berverini de TF1, Jean Chatel de La 5, ou Nicole Cornuz Langlois de A2 (France 2, aujourd’hui). Pour Monique Pantel, à France Soir, ce fut un coup de foudre. Idem pour Studio Magazine.
  • In Bed with Madonna est sorti le même jour que La double vie de Véronique, Hors la vie, Jacquot de Nantes, Le porteur de Serviettes et Rhapsodie en août.
  • Pour son premier jour, le documentaire d’Alec Keshishian, profitant d’un battage médiatique incessant et faisant de l’ombre à la sélection cannoise, écrase la concurrence, avec  3 409 spectateurs dans 8 salles quand Kurosawa, dans 10 salles, devait se contenter de 1 492 amateurs, et La double vie de Véronique de 1 753 curieux dans 10 salles.
    In Bed With Madonna : box-office parisien première semaine

    © Le Film Français

  • En première semaine, Truth or Dare obtient la meilleure moyenne par écran de la semaine :  22 531 spectateurs et entre en 7e place. Le numéro 1 de la semaine, La liste noire avec Robert de Niro réalisait 51 000 spectateurs avec 27 salles
  • In Bed With Madonna fit un triomphe sur les Champs Elysées, au Pathé Marignan pour sa première semaine, avec pas moins de  5 482 spectateurs, mais aussi au Forum Horizon (5 186) et au Paramount Opéra (3 914). Il était également présent au Pathé Wepler (1 673), au Pathé Montparnasse (3 476) et au Pathé Hautefeuille (1 321). Deux cinémas le programmait en périphérie.
  • Casse-tête pour son distributeur, à une époque où la VF était le canon dans les cinémas de France, ce film à voir en version originale fut également disponible en version française.
  • En province, dans les 14 villes principales du marché, le film entre en 7e position, avec 15 550 entrées. Marseille, Nice et Lyon lui font un triomphe.
Madonna, jaquette VHS vidéocassette, French artwork

© Boy Toy, inc. & Dino de Laurentiis Communications. Tous droits réservés

  • En seconde semaine, In Bed with Madonna glisse en 10e place, avec 15 660 spectateurs. Le film est passé à 16 cinémas sur Paris-Périphérie, fort de son excellente première semaine.
  • En 3e semaine, le documentaire musical est distribué dans 11 salles à P.P., et attire encore 8 419 spectateurs.
  • En 4e semaine, il se stabilise à 7 785 fans de la madone, notamment grâce au succès conséquent du Marignan sur les Champs Elysées.
  • Au vu de l’actualité chargée, Au lit avec Madonna perd le gros de ses salles en  5e semaine, et réalise 3 841 spectateurs. Le succès au Marignan ne se dément pas.
  • Dans 2 cinémas en 6e semaine, il réalise encore 2 161 entrées, triplant ainsi ses chiffres de première semaine, puisque le documentaire se hisse au-dessus des 60 000 spectateurs:
  • Le Pathé Marignan le gardera à l’affiche une 7e semaine, avec 1 363 entrées pour sa dernière semaine d’exploitation parisienne. It’s good to be a star.
  • Fait très rare en 1992, la cassette vidéo éditée par Fox Vidéo proposa la version originale et la version française. A l’époque, les VHS privilégiait exclusivement les VF.
  • En 2020, In Bed With Madonna ne dispose encore d’aucune édition blu-ray en France, mais, pour ses 25 ans, a été célébré au MoMa de New-York, pour une projection spéciale où la star fit une apparition surprise.

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Affiche d'In bed with Madonna, France mai 1991

Bande-annonce de In bed with Madonna

Documentaire, Film musical

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