Récit d’apprentissage où se mêlent réalisme social et onirisme, Hijo de Sicario est une œuvre ambitieuse sur le plan formel grâce à une ambiance éthérée séduisante. A découvrir !
Synopsis : Après l’assassinat d’un sicario dans une petite ville mexicaine, Sujo se retrouve orphelin et échappe de justesse à la mort grâce à sa tante qui l’élève à la campagne. À l’adolescence, la rébellion s’éveille en Sujo et il rejoint le cartel local. L’héritage de son père semble alors rattraper son destin.
Deux femmes aux commandes
Critique : Au début des années 2010, les aspirantes réalisatrices mexicaines Astrid Rondero et Fernanda Valadez se rencontrent et nouent une collaboration qui va s’étaler sur une quinzaine d’années. Travaillant toujours ensemble, elles s’attachent à produire les films de l’une ou de l’autre. Avec Hijo de Sicario (en réalité Sujo en VO), elles poussent pour la première fois leur symbiose jusqu’au bout en coréalisant le long métrage, se partageant à la fois la mise en scène, le travail avec les acteurs, pour la plupart non professionnels, la production et même le montage.

© 2024 EnAguas Cine, Corpulenta Producciones, Alpha Violet Production, Pimienta Films, Silent R Management / Photo : Damned Films. Tous droits réservés.
A partir d’un constat social accablant – la violence inhérente à la domination des narcotrafiquants dans certaines régions reculées du Mexique – elles ont tissé un scénario qui tient du pur récit d’apprentissage. Si leur script suit bel et bien une certaine linéarité, il est construit en plusieurs épisodes qui adoptent plusieurs points de vue différents. A chaque étape de la vie de Sujo, le jeune héros que l’on suit de ses quatre ans jusqu’à la fin de son adolescence, les réalisatrices adoptent le point de vue d’une personne qui lui est proche et changent également leur approche stylistique.
Hijo de Sicario, une œuvre étonnamment contemplative et poétique
Alors que l’histoire de Hijo de Sicario peut faire légitimement peur puisqu’elle aborde des thématiques difficiles qui pouvaient donner soit un film ultra-violent et glauque, soit un téléfilm à caractère social sans aucun intérêt formel, les deux réalisatrices ont surtout opté pour créer une véritable œuvre cinématographique. Ainsi, la réalisation en est extrêmement soignée, avec de multiples changements de focales, un montage audacieux qui mêle adroitement rêverie et réalisme et des mouvements de caméra ne cherchant jamais la facilité. Parfois proche des ambiances éthérées et surréelles du cinéma de Carlos Reygadas, Hijo de Sicario séduit donc immédiatement par une volonté de porter à l’écran des images savamment composées.
Astrid Rondero et Fernanda Valadez font également le choix d’écarter toute forme de violence de l’écran, préférant jouer sur la suggestion ou le hors champ. Par exemple, la future disparition du père – pas de spoiler ici car cela intervient dès le début du film – n’est pas montrée, mais déjà suggérée par l’attente interminable de son petit garçon de quatre ans dans une voiture surchauffée, et ceci dès la première séquence. Le long métrage est ainsi fondé sur plusieurs ellipses qui n’entravent aucunement la compréhension du récit.
Entre réalisme social et onirisme
Avec ses passages oniriques superbes, la première heure du film enthousiasme pleinement. On peut donc regretter que la deuxième partie qui se déroule en ville et qui souhaite libérer le jeune garçon des chaines du déterminisme social soit plus terre-à-terre et démonstrative. Heureusement, les réalisatrices parviennent encore à glisser çà et là quelques belles séquences oniriques, mais désormais plus clairsemées. En tout cas, leur but est bien de signer le portrait en creux d’un jeune garçon qui parviendra (ou pas ?) à échapper à son destin par l’entremise de trois femmes. Celles-ci apparaissent comme des guides qui peuvent amener à pacifier un pays qu’elles définissent comme étant « en flammes » lors du générique de fin.

© 2024 EnAguas Cine, Corpulenta Producciones, Alpha Violet Production, Pimienta Films, Silent R Management / Photo : Damned Films. Tous droits réservés.
Cet appel à rompre le cercle vicieux et implacable de la violence se révèle touchant grâce à des acteurs et actrices tous fort bien dirigés, ainsi qu’à la fluidité du récit qui forcent le respect.
Un drame salué partout dans le monde, mais passé inaperçu en salles chez nous
Présenté avec succès dans un grand nombre de festivals du monde entier, Hijo de Sicario a notamment décroché le Grand Prix du jury au Festival de Sundance 2024, avant de recevoir 13 nominations aux Ariel Awards (équivalent mexicain de nos César). Le métrage a obtenu trois statuettes dont celui du meilleur second rôle féminin pour Yadira Pérez, mais aussi les prestigieux prix du meilleur film et de la meilleure réalisation.
Toujours à l’affut de films ambitieux venus du monde entier, le distributeur français Damned Films a fait l’acquisition des droits pour diffuser le film sur notre territoire. Sorti dans seulement quelques salles à partir du 21 août 2024, Hijo de Sicario n’a attiré que 2 044 curieux lors de ses deux premières semaines à l’affiche. Au bout d’un mois, le métrage a terminé sa carrière avec 7 678 tueurs à gages à son bord. Par la suite, il est sorti au mois de décembre 2024 en DVD et peut également être découvert en VOD. On vous le recommande chaudement.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 21 août 2024
Acheter le film en DVD
Voir le film en VOD

© 2024 EnAguas Cine, Corpulenta Producciones, Alpha Violet Production, Pimienta Films, Silent R Management / Affiche : Damned Films. Tous droits réservés.
Biographies +
Fernanda Valadez, Astrid Rondero, Juan Jesús Varela, Yadira Pérez
Mots clés
Cinéma mexicain, Le Mexique au cinéma, Les drames de l’adolescence, Les délinquants au cinéma, Les relations prof-élève au cinéma, Les tueurs à gages au cinéma, Festival de Sundance 2024