Gemini Man : la critique du film (2019)

Action, Science Fiction | 1h57min
Note de la rédaction :
7/10
7
Affiche française de Gemini Man, avec Will Smith

  • Réalisateur : Ang Lee
  • Acteurs : Will Smith, Mary Elizabeth Winstead, Clive Owen
  • Date de sortie: 02 Oct 2019
  • Nationalité : Américain, Chinois
  • Scénaristes : Darren Lemke, Billy Ray, David Benioff
  • Distributeur : Paramount Pictures France
  • Editeur vidéo : Paramount Home Media Distribution
  • Box-office USA / Chinois :
  • Box-office France / Paris-périphérie :

Si le script de Gemini Man se rapproche un peu trop des blockbusters parfois nanardesques produits par Bruckheimer dans les années 90, Ang Lee préfère en profiter pour expérimenter comme un fou sa 3D, à 120 images par seconde. Et, de fait, administre une belle claque.

Synopsis : Henry Brogan, un tueur professionnel, est soudainement pris pour cible et poursuivi par un mystérieux et jeune agent qui peut prédire chacun de ses mouvements.

Critique : Le pitch de Gemini Man ressemble à celui d’un blockbuster d’action typique des années 90. Peut-être justement parce que son producteur, Jerry Bruckheimer (Top Gun), porte ce projet depuis 1997 via sa société Jerry Bruckheimer Films. Seulement, la technologie de l’époque ne permettait pas de concrétiser ce film dans lequel un assassin doit se débattre avec son double plus jeune d’une vingtaine d’année, envoyé pour le tuer.

D’annonces de casting en faux départs, le projet finit par être proposé à Ang Lee, qui voit là l’occasion de poursuivre ses expérimentations sur la mise en scène en 3D entreprise depuis plus d’une décennie.

Ang Lee et la technologie

Il faut dire que, plus encore peut-être que James Cameron, le réalisateur taïwanais cherche, depuis quelques films et avec acharnement, à briser la barrière physique de l’écran de cinéma pour immerger pleinement les spectateurs dans ses films.

Dès son très sous-estimé Hulk. Il faut voir comment, dans ce film qui ne bénéficiait pas de l’apport de la 3D, Lee se joue des surfaces planes et des transparences, dans ses transitions, et ses jeux entre l’arrière et l’avant-plan. Le célébré L’Odyssée de Pi, évidemment, et le malheureusement passé inaperçu Un jour dans la vie de Billy Lynn, démontrèrent tous deux un peu plus son enthousiasme vis-à-vis des technologies du cinéma les plus modernes.

Ce dernier n’était pas à proprement parler un film à grand spectacle, mais plutôt un drame sur des soldats américains de retour d’Irak forcés de parader dans un stade pour asseoir le culte du héros américain. Déjà tourné en 3D HFR (High Frame Rate) et en 4K, la technique était ici employée pour faire ressentir au spectateur la perte des repères d’un soldat traumatisé par une attaque en Irak. Des feux d’artifices dans le stade et le décor se transforme pour revivre l’attaque. La mise en scène jouait ainsi sur les transparences, les fondus de deux plans en un, avec un jeu savant sur les différents plans de l’image. Malheureusement, il était presque impossible de le voir dans les conditions prévues pour en profiter comme le cinéaste l’entendait.

Gemini Man, un spectacle incroyable

Gemini Man profite donc lui aussi de ces avancées techniques. Un tournage en 3D et en 4K, à 120 images par seconde. La seule manière pour le cinéaste de supprimer cet effet de stroboscopie que nous subissons toujours dans la plupart des films en relief, qui rend l’image floue et assez difficile à suivre et qui, surtout, empêche l’immersion. 

Ici, dès le premier plan sur la structure compliquée d’une gare en Belgique, le rendu est exceptionnel. On a vraiment l’impression que l’écran n’est plus qu’une fenêtre ouverte sur un monde dont on peut enfin éprouver la profondeur. Et dès lors, Ang Lee ne cessera de déployer un feu d’artifice de mise en scène virtuose.

Tout est décuplé. Le passage d’un train à grande vitesse (Ang Lee rejoue le premier choc du cinématographe), les amorces sur des fusils, un avion de nuit au milieu des nuages qui s’approche doucement de la caméra, une baston entre deux Will Smith dans les ténèbres des catacombes à peine éclairée d’une lampe torche… Tout est absolument lisible et limpide, provoquant le vertige grisant d’avoir l’impression de vivre chaque séquence.

Un décor de supérette, plan fixe sur deux acteurs sautant au ralenti tandis qu’une mitrailleuse de gros calibre déchiquette la moindre particule d’accessoires tout autour… C’est le type de spectacle incroyable que propose Gemini Man.

Tout cela serait déjà un alléchant programme sans cette séquence à moto qui redéfinit la course-poursuite au cinéma, appelée à devenir une référence. Pour la manière, certes, dont l’engin est utilisé, mais surtout, encore une fois, pour ce sentiment d’immersion incomparable et la mise en scène brutale et limpide d’Ang Lee.

Tempête de bandes annonces sur le web, la chaîne Youtube de CinéDweller

© Cinédweller/Frédéric Mignard

 

Le cinéaste mise tout sur le réalisme des décors et des textures. Il ne crée pas de mondes numériques fantaisistes,  mais il se sert de l’environnement pour réellement donner cette sensation de réalité à travers l’écran. Et, même s’il est parfois obligé de recréer certains objets en images de synthèse, cela fonctionne à chaque fois.

 

Will Smith puissance 2

Gemini Man est un spectacle hallucinant, mais il demande les meilleures conditions pour pouvoir pleinement se déployer. En France, de nombreux cinémas comptent le diffuser en 3D HFR à 60 images secondes, tandis que seul le Pathé Beaugrenelle pourra le projeter à 120 images seconde.

En dehors de cela, on imagine mal l’intérêt du film sans tout cet appareillage. Si la mise en scène d’Ang Lee pourra s’apprécier en 2D, hissant tout de même son film au-dessus du tout-venant du cinéma d’action hollywoodien, l’histoire qu’il met en scène a de quoi faire bailler.

Si l’on comprend que la lutte entre un Will Smith de 51 ans et une version plus jeune de 25 a de quoi se faire métaphore de questionnements existentiels sur une vie passée à faire ce que les autres ordonnent sans se poser des questions, tout cela apparaît trop théorique et superficiel pour réellement intéresser, son réalisateur y compris.

Mais face à ce Will Smith numériquement rajeuni, en fait une création 100% numérique avec l’aide de la performance capture pour donner vie au jeu, on ne peut s’empêcher de lire en creux une certaine critique des habitudes nouvelles des studios de cinéma.

En effet, à voir ce clone manipulé par un patron tout puissant, interprété par Clive Owen, qui ne voulait que continuer à profiter des compétences de son assassin préféré même après sa retraite, on peut parfaitement penser à la manière dont certains utilisent la performance capture pour faire renaître des acteurs morts depuis longtemps.

Un questionnement éthique sur la propriété du corps et de son image, donc, volontaire ou non, mais que suscite tout de même ce film, même s’il a l’air de ne pas tant en demander à son public. 

Comme pure expérience de mise en scène, en tout cas, Gemini Man remporte son pari haut la main, et démontre que, même pour les projets les plus insipides, s’adjoindre les services d’un cinéaste expérimenté en quête de nouveaux défis peut assurer un minimum de qualité à l’ensemble. On a dès lors hâte de découvrir le prochain projet immersif du réalisateur de Tigre et Dragon.

Critique : Franck Lalieux

Sorties du mercredi 2 octobre 2019

Affiche française de Gemini Man, avec Will Smith

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Affiche française de Gemini Man, avec Will Smith

Bande-annonce de Gemini Man

Action, Science Fiction

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