Frankie : la critique du film (2019)

Drame | 1h38min
Note de la rédaction :
5/10
5
Frankie affiche teaser internationale

Note des lecteurs

Frankie est un mini-film choral axé autour d’Isabelle Huppert qui se laisse voir. On apprécie son ton mélancolique d’une tonalité tchékhovienne mais on déplore sa banalité télévisuelle.

Synopsis : Frankie, célèbre actrice française, se sait gravement malade. Elle décide de passer ses dernières vacances entourée de ses proches, à Sintra au Portugal.

Isabelle huppert dans Frankie

Crédit Photo: © 2018 Guy Ferrandis / SBS Productions

 

Critique : Frankie est le neuvième long métrage de l’Américain Ira Sachs, primé à Sundance pour Forty Shades of Blue, à Berlin pour Keep the Lights et à Deauville pour Brooklyn Village.

Un mini-film choral d’une tonalité tchékhovienne

Le drame personnel d’une amie lui a inspiré le scénario de Frankie coécrit avec son fidèle collaborateur, le Brésilien Mauricio Zacharias. De l’entrée de champ d’Isabelle Huppert plongeant dans la piscine d’un grand hôtel familial au final réunissant dans le même cadre tous les protagonistes marchant au sommet du village, le métrage est un mini-film choral qui débute comme une comédie de cinéma indépendant US avant d’emprunter un ton plus mélancolique d’une tonalité tchékhovienne.

Les personnages qui gravitent (ou non) derrière Frankie ne sont identifiables que progressivement, ce qui a déjà le mérite de capter l’attention pour établir le lien qui les unit, mais suscite aussi un sentiment d’agacement pour ce qui apparaît comme une coquetterie d’écriture : « En tant que cinéaste, on passe son temps à mesurer la somme d’informations nécessaires pour créer un rapport de confiance avec le spectateur tout en sachant laisser suffisamment d’interrogations au fur et à mesure pour créer le suspense », se justifie le cinéaste.

Divine Huppert

Au crédit du film, on portera le jeu toujours impérial de la divine Huppert. Il faut la voir se promener avec son fils (Jérémie Rénier), lui donner soudain son bracelet en or pour, dit-elle, lui éviter les droits de succession, avant de lui faire comprendre qu’elle le déshérite pour ce qui concerne la propriété immobilière. Son économie d’effets dans l’expression, la gestuelle et la diction rend admirablement l’ambiguïté d’un personnage à la fois doux et déterminé, cynique et bienveillant, et l’on se doute que malgré le thème de la maladie, l’actrice ne verse pas dans la sensiblerie ou la tentation mélodramatique. Rien que pour elle, le film mérite le déplacement.

Par ailleurs, Ira Sachs est habile dans son utilisation de Sintra, évitant les clichés de carte postale pour jouer sur le contraste entre les luminosités de la ville et le trouble intérieur des protagonistes. Son chef opérateur, le Portugais Rui Poças, lui apporte ici un soutien précieux.

Isabelle Huppert dans le film d'Ira Sachs, Frankie

Crédit Photo: © 2018 Guy Ferrandis / SBS Productions

Frankie, œuvre inachevée qui enfile les lieux communs

On reste pourtant de marbre face à ce petit théâtre des tourments affectifs, jouant sur l’unité de temps, et l’on peine à s’attacher à ces hommes et femmes disparates assemblés dans un casting international où les acteurs semblent se demander ce qu’ils font là : le mari compréhensif (Brendan Gleeson), l’ex-mari décalé (Pascal Greggory) ou un guide local sont dépeints sans éclat.

De plus, la narration et les dialogues enfilent les lieux communs, le film recyclant pas mal de situations de cinéma : la bonne copine (Marisa Tomei) semble échappée d’une production de Noah Baumbach (le netflixien cannois The Meyerowitz Stories), son ami chef opérateur (Greg Kinnear) évadé d’une œuvre de Hong Sang-soo, et deux ados échangeant des paroles et un baiser au bord de la mer ravivent le souvenir de Pauline à la plage d’Eric Rohmer, les comparaisons ne tournant pas à l’avantage d’Ira Sachs.

Frankie laisse donc un sentiment d’inachevé et malgré son charme réel ne dépasse le niveau d’un honnête téléfilm.

Critique : Gérard Crespo

Notes : Deux fois prix d’interprétation à Cannes, Isabelle Huppert est de retour sur la Croisette. On la retrouvera dans un drame intimiste par le réalisateur de Brooklyn Village, Ira Sachs. Le film sera à l’affiche des écrans français le 28 août. A cette occasion, Huppert retrouve le distributeur de Elle, de Paul Verhoeven, SBS Distribution.

Frankie affiche teaser internationale

Crédit Photo: © 2018 Guy Ferrandis / SBS Productions

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