Faux témoin : la critique du film (1987)

Thriller | 1h52min
Note de la rédaction :
7/10
7
Faux témoin, l'affiche

  • Réalisateur : Curtis Hanson
  • Acteurs : Isabelle Huppert, Brad Greenquist, Steve Guttenberg, Elizabeth McGovern
  • Date de sortie: 06 Mai 1987
  • Nationalité : Américain
  • Titre original : The Bedroom Window
  • Scénario : Curtis Hanson d'après le roman d'Anne Holden
  • Directeur de la photographie : Gilbert Taylor
  • Distributeur : 20th Century Fox
  • Editeur vidéo : CBS Fox (VHS) / StudioCanal (DVD)
  • Sortie vidéo (DVD) : 7 juillet 2003
  • Box-office France / Paris-périphérie : 71 221 entrées / 34 932 entrées
  • Box-office USA : 12,6 M$
  • Crédits affiche : © 1987 StudioCanal Image. Tous droits réservés.
Note des spectateurs :

Pastiche habile des films d’Hitchcock, Faux témoin est un thriller malin et efficacement réalisé. La contribution d’Isabelle Huppert s’avère tout à fait satisfaisante.

Synopsis : Terry, un jeune homme beau et élégant, entretient une liaison avec Sylvia, la femme de son patron. Un soir, alors qu’elle se trouve chez son amant, Sylvia assiste à un meurtre depuis la fenêtre de l’immeuble. Elle est la seule à avoir vu le visage du coupable. Mais elle ne peut se résoudre à témoigner car elle mettrait son couple et sa réputation en danger. Terry donne une description à sa place et devient bientôt le suspect numéro 1. Il décide alors de mener l’enquête de son côté…

Un pur pastiche du cinéma d’Hitchcock

Critique : Librement adapté d’un roman d’Anne Holden, Faux témoin est le véritable bébé du cinéaste Curtis Hanson qui y voit enfin l’occasion de sortir de l’ornière de la série B, voire Z, dans laquelle il stagne depuis une grosse décennie. L’artisan rédige lui-même l’adaptation du roman qu’il envisage comme un pur pastiche d’Alfred Hitchcock. Grand admirateur du travail du maître du suspense, Hanson cherche à en retrouver la divine formule en signant une histoire originale, mais qui permettrait de citer en permanence les grands classiques du maître britannique. Après tout, Brian De Palma ne fait rien d’autre depuis plusieurs années et Curtis Hanson se dit qu’il est possible pour lui d’apporter sa pierre à l’édifice.

Là où De Palma est parvenu à développer une thématique personnelle liée notamment à la défiance nécessaire envers toute image filmée, Curtis Hanson se borne à reproduire des situations déjà vues ailleurs pour en livrer une version actualisée et donc modernisée. Rien de bien nouveau donc dans cette histoire de témoin d’une agression qui finira par se retrouver accusé à la place du meurtrier. On a déjà vu des centaines de fois, notamment chez Hitchcock, ces histoires de faux coupable accusé à tort. Toutefois, le long-métrage a l’intelligence de renouveler la situation en plaçant au centre du jeu une histoire d’adultère qui complique passablement la donne.

Faux témoin : Isabelle Huppert, bandeau

© 1987 StudioCanal Image. Tous droits réservés.

Une intrigue habilement troussée et bien servie par les acteurs

Adroitement tricotée, l’intrigue prend son temps pour entrelacer sa toile autour du personnage central, le naïf de service incarné avec un beau premier degré par Steve Guttenberg. Victime de son amour pour la belle Isabelle Huppert, le jeune homme se retrouve embarqué dans une aventure qui le dépasse et servira de révélateur de ses faiblesses, mais aussi de ses forces. Unique tentative de l’actrice française de percer à Hollywood, Faux témoin n’a finalement pas été le tremplin escompté pour Isabelle Huppert. Pourtant, elle n’a pas à rougir de sa prestation et son rôle de femme fatale ne dépareille absolument pas dans sa magnifique et exemplaire filmographie.

Elle est ici en concurrence avec Elizabeth McGovern qui compose la première victime, sauvée in extremis des griffes du tueur. Celle-ci est bien plus lisse – ce que nécessite le rôle – et surtout bien moins crédible lorsqu’elle doit aguicher les hommes dans un bar. Son look à l’ancienne, pour ne pas dire un peu vieillot, lui donne un sacré désavantage face à notre Isabelle nationale.

Une réalisation classieuse  qui aurait mérité plus d’égards de la part du public

En ce qui concerne la réalisation, Curtis Hanson fait preuve d’une belle maîtrise, avec une caméra très fluide qui sait se faire intrusive lors des nombreuses séquences d’intérieur. L’efficacité est également de mise lors des scènes finales, plus trépidantes. Enfin, une certaine sensualité se dégage des quelques moments plus intimistes entre les personnages. Le tout est aidé par une jolie photographie de Gilbert Taylor (Répulsion, La guerre des étoiles, La malédiction, tout de même) et une bande-son typique des années 80 où se succèdent des titres FM bien pêchus (de Robert Palmer, Ava Cherry ou encore Stevie Ray Vaughan).

Agréable de bout en bout, Faux témoin n’a pourtant pas rencontré le succès initialement envisagé. En France, le long-métrage est même passé totalement inaperçu, au point de se faire doubler la semaine de sa sortie sur Paris par une reprise d’Opération tonnerre, un James Bond vieux de vingt ans. C’est dire l’ampleur du désastre commercial.

Voir le film en VOD

Critique du film :  Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 6 mai 1987

Faux témoin, l'affiche

© 1987 StudioCanal Image. Tous droits réservés.

Box-office de Faux témoin :

Sorti dans 21 salles, le mercredi 6 mai 1987, Faux témoin était la plus grosse sortie d’une semaine considérée comme à haut risque. Les distributeurs n’osaient alors pas, en période de Cannes et de remontée des températures, sortir de films valeureux. Aussi, cette semaine là, il fallait compter à Paris, sur la reprise d’Opération Tonnerre, dans 18 salles, pour servir de concurrent direct au thriller de Curtis Hanson.

Les autres nouveautés faisaient de la figuration, comme Police des mœurs, polar érotique à la SAS, ou le Ken Loach, Fatherland, qui était sorti dans un seul cinéma, le cinéaste britannique n’étant pas à la mode dans les années 80, c’est un euphémisme.

Pour son premier jour, Faux témoin, malgré la présence d’Isabelle Huppert – qui elle-même était un peu dans le creux de la vague -, se contentait de 2 794 entrées, soit moins que les 2 960 spectateurs d’Opération tonnerre.  Le James Bond avec Sean Connery préparait les fans à l’attente de la sortie du 007 Tuer n’est pas jouer, positionné pour septembre. Police des mœurs échouait pour sa part en troisième avec 1 889 spectateurs.

A l’échelle d’une semaine catastrophique où l’attention des spectateurs était rivée sur les nouveautés cannoises (Chronique d’une mort annoncée, Un homme amoureux) et durant laquelle le numéro 1, sur Paris et sa périphérie, ne dépassait pas les 46 913 spectateurs, Faux témoin est une victime collatérale d’un contexte calamiteux et d’une crise globale du cinéma (le box-office chutait de 34% par rapport à la semaine correspondante de 1986).

Box-office semaine du 6 mai 1987

Opération Tonnerre faisait légèrement mieux, se hissant à la 8e place, avec 21 358 spectateurs. Police des mœurs émoustillait vaguement 13 083 spectateurs dans ses 13 cinémas. En gros, c’étaient les continuations de L’été en pente douce, Les enfants du silence, Angel Heart, Le Grand chemin et Platoon qui faisaient battre le cœur des spectateurs.

En première semaine, Faux témoin bénéficiait des salles suivantes sur l’intra-muros : l’UGC Normandie, l’UGC Boulevard/Montparnasse/Odéon/Convention/Lyon Bastille/Gobelins, le Rex, le Forum Cinémas, les 3 Secrétan, Le Galaxie, le Mistral et les Images.

Désormais dans 17 cinémas en deuxième semaine, Faux témoin glissait à la 14e place du box-office parisien, avec 10 781 amateurs de thrillers hitchcockiens. Il se faisait doubler par des Police des mœurs, plutôt stable.

En 3e semaine, la Twentieth Century Fox n’a pu placer son polar que dans 5 cinémas intra-muros, malgré le peu de nouveautés à bousculer le classement. Il réalise alors 4 412 spectateurs en 3e semaine. Lors de la 4e semaine, le film ne figure plus en banlieue quand deux pauvres copies sont restées à l’UGC Normandie et au Forum Cinémas (futur Orient-Express), soit 1 801 spectateurs et un total Paris-Périphérie, de 34 932. Ce fut évidemment sa dernière semaine d’exploitation sur la capitale. Au final, sur l’ensemble de la France, l’hommage à Hitchcock dépassera à peine les 70 000 spectateurs.

Pour ce qui est de l’échantillon des 15 salles de province les plus importante du circuit national, Faux témoin pâtissait réellement d’un manque de notoriété. Sur l’ensemble des 14 villes, le film ouvrait à la 17e place, avec 7 440 entrées, réalisant moins que la continuation du Flic était presque parfait de Disney. En 2e semaine, Faux témoin glissait à la 21e place, avec 3 670 spectateurs dans 8 villes. Amen.

Frédéric Mignard

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