En première ligne de Petra Volpe est un drame psychologique en milieu hospitalier, nerveux, serré et oppressant.
Synopsis : Floria est une infirmière dévouée qui fait face au rythme implacable d’un service hospitalier en sous-effectif. En dépit du manque de moyens, elle tente d’apporter humanité et chaleur à chacun de ses patients. Mais au fil des heures, les demandes se font de plus en plus pressantes, et malgré son professionnalisme, la situation commence dangereusement à lui échapper…
L’hôpital au cinéma
Critique : Adroitement posé dans les salles françaises à la rentrée sociale, alors que souffle déjà un vent d’insurrection à l’égard du budget rigoureux du premier ministre du moment, En première ligne vient généraliser le malaise hospitalier à l’échelle cinématographique et européenne. Le film suisse allemand se situe pourtant dans un pays qui ne manque ni de budget ni de capital, et dont la réussite du système de santé est souvent érigée en modèle. Mais voilà, la population vieillit et les soignants manquent cruellement.
C’est donc sur ce constat simple mais accablant que le film de Petra Volpe s’est entièrement bâti.
La réalisatrice a décidé d’illustrer une situation explosive en accompagnant une soignante, lors d’un tour de garde nerveux, hyper actif et éreintant.

© 2024. Zodiac Pictures Ltd
Dans une constellation de besoins, de détresses et de souffrances qu’est l’hôpital, le sous-effectif du plateau (elles ne sont que deux) positionne le personnage de Floria dans un maelström d’émotions vivaces auxquelles elle doit répondre avec les bons mots et l’humanité inhérente à sa fonction. Et quand elle est attaquée, c’est de retenue et de réserve qu’elle doit faire montre, même dans les situations les plus injustes.
En l’absence de la hiérarchie, médecins invisibles car occupés sur des opérations, la pression monte auprès de la soignante qui doit désormais répondre aux reproches et à la colère des familles et de certains patients qui se sentent délaissés dans leurs inquiétudes et leurs questionnements.
En première ligne, thriller oppressant, sans crime ni résolution
Cette pression qui monte, la cinéaste l’instille adroitement par son dispositif narratif et la proximité d’avec la protagoniste centrale qu’elle suit inlassablement, d’une tâche à l’autre, sans lui permettre une minute de repos. Petra Volpe ne cesse de prolonger les plans comme pour nous imbiber de la tension permanente qui pèse sur les épaules de l’héroïne (n’ayons pas peur du mot), comme si (et ce n’est pas le cas) nous assistions à un vertigineux plan séquence dont l’aboutissement ne peut être, psychologiquement, que le craquage, un burn-out irréversible, et donc, cinématographiquement, la tragédie.
Pour le choix de l’actrice, Leonie Benesch était une évidence pour la réalisatrice. La vedette de La salle des profs (Ilker Çatak, 2024) endosse une nouvelle fois le service public pour la bonne cause, avec une ferveur qui efface la comédienne dans l’approche ultra réaliste. Son abnégation de jeu frôle la perfection.
In fine, En première ligne, drame social et psychologique remarquable, s’apprécie aussi comme un thriller anxiogène et oppressant, d’autant plus glaçant qu’il ne présente ni crime ni résolution.
Les sorties de la semaine du 27 août 2025

Affiche : Benjamin Seznec pour Troïka. © 2024. Zodiac Pictures Ltd