2010. Après La rafle, l’adaptation du best-seller de Tatianna de Rosnay Elle s’appelait Sarah est le deuxième film autour du Vel d’Hiv à sortir en salle. Un beau travail sur les thèmes de la mémoire et de la responsabilité personnelle et collective qui est devenu avec le temps un classique.
Synopsis : Julia Jarmond, journaliste américaine installée en France depuis 20 ans, enquête sur l’épisode douloureux du Vel d’Hiv.
En remontant les faits, son chemin croise celui de Sarah, une petite fille qui avait 10 ans en juillet 1942.
Ce qui n’était que le sujet d’un article devient alors, pour Julia, un enjeu personnel, dévoilant un mystère familial.
Comment deux destins, à 60 ans de distance, vont ils se mêler pour révéler un secret qui bouleversera à jamais la vie de Julia et de ses proches ?
La vérité issue du passé a parfois un prix dans le présent…
Critique : Adaptation du roman éponyme de l’écrivain franco-britannique Tatianna de Rosnay, reconnue dans le monde entier (le livre s’est écoulé à plus de 2.600.000 exemplaires dans le monde, dont un million aux USA), Elle s’appelait Sarah est le deuxième gros film français à s’intéresser de près à la tragédie du Vel d’Hiv en 2010, après le fracassant La rafle en mars dernier. Entièrement tourné sur le travail de mémoire et l’importance de la responsabilité, le drame sort les cadavres du placard – au propre comme au figuré -, mettant en scène en alternance notre époque contemporaine, marquée par un fléchissement du savoir historique chez les jeunes, et le récit au singulier d’une jeune fille juive, Sarah, brisée par le drame du Vel d’Hiv et la déportation de ses parents.
La journaliste américaine installée à Paris jouée avec brio par Kristin Scott Thomas (nommée aux César en 2011) remonte le temps, traverse les époques, traque les fantômes jusque dans sa belle famille. Au détour de quelques voyages spatio-temporels, elle reconstitue une période douloureuse de notre “patrimoine” historique, se détournant souvent du collectif pour se focaliser sur la seule figure de Sarah, cette mystérieuse jeune-fille, incarnée par la toute jeune Mélusine Mayance, dont elle retrouve peu à peu la trace et l’histoire post Histoire. Sarah, l’enfant devenue femme, symbolise dès lors tout le poids de la mémoire. Poids insurmontable pour une seule et même personne que la journaliste va partager, au péril de son couple.
Gilles Paquet-Brenner, réalisateur malheureux du thriller vénéneux UV passe à la vitesse supérieure et s’oriente vers un cinéma à la portée émotionnelle populaire. Oubliant les mauvaises comédies de ses débuts, il donne un sens à sa réalisation, que d’aucuns qualifieraient de clinquante, d’autres de classieuse. Il fait montre d’une véritable ambition d’auteur, sachant aussi bien mettre en scène la tragédie humaine à grande échelle (la séquence du Vel d’Hiv est spectaculaire et bouleversante) que les moments intimistes, où les larmes semblent figées sur le visage des protagonistes. Avec ce sujet mélodramatique, il réussit son pari de l’empathie sans trop glisser sur la boursoufflure. L’évocation de la disparition de l’enfant (la mort du petit frère de Sarah, abandonné et mort de faim dans un placard peu après l’envoi de sa famille au vélodrome), est traité avec pudeur, ne dévoilant pas la petite dépouille, là où le livre décrivait son corps mort jusque dans sa position et sa couleur.
Cette histoire de roman, devenu beau film qui a divisé la critique française à sa sortie, a finalement su marquer les esprits avec le temps, devenant un considérable succès d’art et essai aux Etats-Unis avec plus de 7 millions de dollars de recettes. Une adaptation en bande dessinée a même été publiée chez Marabout, dans la collection Marabulles en 2018.
Rare occurrence de film français qui a mieux marché aux États-Unis que dans son propre pays. Elle s’appelait Sarah n’a réalisé que 800 000 entrées en France, soit des recettes totales de 6 418 284 $ inférieures au budget de plus de 10 millions d’euros. Mais, un marché va tout particulièrement faire de ce mélodrame une très bonne affaire.

© Rageman / Julien Bonnet. © 2010 Hugo Productions, Studio 37, TF1 Droits Audiovisuels, France 2 Cinéma. Tous droits réservés / All rights reserved
Gilles Paquet-Brenner, Kristin Scott Thomas, Mélusine Mayance, Maxim Driesen, Frédéric Pierrot, Michel Duchaussoy, Niels Arestrup, Aidan Quinn, Dominique Frot, Gisèle Casadesus, Joanna Merlin