Burning Days (Cannes 2022) : la critique du film (2023)

Drame, Thriller | 2h09min
Note de la rédaction :
8/10
8
Burning Days, affiche

  • Réalisateur : Emin Alper
  • Acteurs : Selahattin Pasali, Ekin Koç, Erol Babaoglu, Emin Alper
  • Date de sortie: 26 Avr 2023
  • Année de production : 2022
  • Nationalité : Turc, Français, Allemand, Néerlandais, Grec, Croate
  • Autres acteurs : Erdem Şenocak, Nizam Namidar, Sinan Demirer, Selin Yeninci
  • Scénariste : Emin Alper
  • Directeur de la photographie : Christos Karamanis (alias Hristos Karamanis)
  • Compositeur : Stefan Will
  • Monteurs : Eytan Ipeker, Özcan Vardar
  • Producteurs : Nadir Operli, Kerem Çatay
  • Sociétés de production Ay Yapim, Liman Film, 14 Film, Circe Films, Gloria Films, Horsefly Films, Match Factory Productions, Zola Yapim
  • Distributeur : Memento Distribution
  • Date de sortie vidéo : 3 octobre 2023
  • Editeur vidéo : Memento Distribution (DVD et blu-ray, 2023)
  • Format : 2:39 / Couleur / 5.1
  • Budget : -
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 136 358 entrées / 56 720 entrées
  • Box-office nord-américain/monde : -
  • Classification : Tous publics
  • Cannes 2022 : Sélection Un Certain Regard
  • Autres festivals et récompenses : Jerusalem Film Festival (2022), Munich Film Festival (2022), Pula Film Festival, Croatie (2022), Sydney Film Festival (2022)
  • Illustrateur/Création graphique : © Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © Ay Yapin, Liman Film, Gloria Films. Tous droits réservés / All rights reserved
Note des spectateurs :

Derrière ses allures de thriller, Burning Days est avant tout un brûlot politique et sociétal qui flingue les comportements réactionnaires d’une partie du peuple turc sous l’ère Erdogan. La nuance n’est pas absente de ce constat glaçant.

Synopsis : Emre, un jeune procureur déterminé et inflexible, vient d’être nommé dans une petite ville reculée de Turquie. A peine arrivé, il se heurte aux notables locaux bien décidés à défendre leurs privilèges par tous les moyens, même les plus extrêmes.

Le retour du réalisateur de Derrière la colline

Critique : Enseignant et intellectuel turc, Emin Alper est parallèlement un cinéaste engagé qui n’a de cesse de décrire les mœurs de la Turquie ancestrale et les dérives autoritaires du pouvoir populiste mené par Erdogan. Originaire d’Anatolie Centrale, une région reculée qui compte parmi les plus traditionnalistes et les plus réactionnaires du pays, Emin Alper entend filmer ses concitoyens dans des œuvres puissantes comme le magnifique Derrière la colline (2012) ou encore Abluka – Suspicions (2015).

Avec Burning Days (2022), il revient à nouveau poser ses caméras dans sa région natale pour y développer un thriller aux thématiques multiples qui s’entrecroisent pour livrer un portrait glaçant de la société turque de l’ère Erdogan. Si l’attaque politique n’est jamais explicite, elle innerve bien l’ensemble d’un film qui se situe dans une bourgade imaginaire du nom de Yaniklar, sorte de Turquie en réduction.

Une ambiance tendue en permanence

En apparence, l’enquête qui amène le jeune procureur Emre (très bon Selahattin Pasali) porte sur la recrudescence de dolines dans une région reculée d’Anatolie. On pense alors à une œuvre qui s’inquiète légitimement de la surexploitation de l’eau en Turquie. Toutefois, le problème environnemental passe rapidement au second plan dans une intrigue qui s’attache surtout à décrire une société turque entièrement gangrenée par la corruption.

Ainsi, sous couvert de convivialité, les notables locaux tentent de soudoyer le jeune homme par des stratagèmes habiles. Malheureusement pour eux, le procureur apparaît rapidement comme intraitable, ce qui donne lieu à des séquences extrêmement tendues entre les convives. Que ce soit lors des réunions de travail ou lors de diners moins officiels, les tensions ne cessent d’éclater derrière les sourires de plus en plus crispés de la classe politique locale. Effectivement, le procureur entend mettre de l’ordre dans les affaires peu reluisantes de cette élite corrompue.

De l’art de suggérer l’homophobie de la population turque

En quelques scènes seulement, Emin Alper parvient à créer une atmosphère anxiogène très tendue, virant à la paranoïa la plus pure. Dès lors, le petit village en apparence tranquille devient un enfer sur terre, quand les ragots commencent à pulluler et que les réputations valsent en fonction des mensonges diffusés par les potentats locaux.

Burning Days, photo d'exploitation

© 2022 14 Films – Ay Yapim / Crédit photo : © Memento Distribution. Tous droits réservés.

A cette dimension politique, Emin Alper ajoute une intrigue homoérotique clairement suggérée entre le procureur et un journaliste local qui fait partie de l’opposition (bonne prestation de la vedette Ekin Koç qui risque gros en incarnant un homosexuel). Bien sûr, tout est ici affaire de suggestion puisque le pouvoir mis en place par Erdogan est de plus en plus farouchement homophobe depuis maintenant une bonne décennie. Pour preuve, la Turquie a réclamé aux producteurs le remboursement des aides d’Etat attribuées au long métrage sous prétexte que ce contenu homoérotique n’était pas présent dans le scénario fourni aux censeurs.

Des personnages tous ambigus

Et de fait, l’homophobie est bien l’un des thèmes centraux du long métrage, puisque le jeune procureur va avoir de moins en moins d’autorité sur les populations locales dès que des rumeurs circulent sur sa prétendue homosexualité. La qualité majeure de Burning Days vient de l’indécision permanente dans laquelle le cinéaste place le spectateur. Ainsi, dans l’affaire du viol présumé d’une gitane, le spectateur ne saura jamais si le procureur a bien participé activement au délit sous l’influence d’une drogue. De même, on ne sait jamais s’il désire véritablement avoir une relation charnelle avec le journaliste ou si cela demeure uniquement une attirance trouble. Enfin, le reporter instrumentalise-t-il sa relation avec le procureur pour faire avancer ses idées ou est-il sincère ?

Dans Burning Days, les personnages ne sont donc jamais unidimensionnels et ils possèdent tous leur part d’ombre – et donc d’humanité. Toutefois, la critique la plus virulente du cinéaste s’adresse directement au peuple turc dans son ensemble. Ainsi, Emin Alper démontre que les Turcs se plaignent sans cesse de la corruption des élites, mais qu’ils continuent de voter pour les pires populistes qui ne résoudront jamais leurs problèmes. Ce danger bien présent en Turquie peut d’ailleurs être élargi à de nombreux pays actuels, dont la France menacée à son tour par ce phénomène global.

Burning Days, un film impressionnant et efficace

Réalisé avec talent, dynamisé par un montage ingénieux qui crée sans cesse le doute et boosté par une bande son inquiétante signée du compositeur allemand Stefan Will (collaborateur attitré du réalisateur Christian Petzold), Burning Days est donc un thriller politique virulent qui ne peut laisser indifférent et aboutit à un climax métaphorique parfaitement pensé pour signifier le fossé entre deux modes de vie opposés.

Initialement proposé dans la section Un Certain Regard au Festival de Cannes 2022, Burning Days a tout de même été soutenu par l’intelligentsia turque qui lui a octroyé de nombreuses récompenses à Ankara et Antalya. Sorti le 26 avril 2023, Burning Days a bénéficié de 120 copies sur tout le territoire, alors que sortait la même semaine des films comme Mad Dog, Hokusai ou encore Beau is Afraid qui pouvaient parler aux mêmes spectateurs. Toutefois, le thriller turc ne semble pas avoir trop souffert de la concurrence en établissant son premier jour à 10 071 spectateurs pour une moyenne très encourageante de 84 par site.

Un beau succès du cinéma turc en France

A l’issue de sa première semaine, le film émarge à 45 633 entrées, ce qui en fait un très beau succès pour le cinéma turc, rarement arrivé à de telles hauteurs. Cela se confirme avec une belle deuxième semaine et 32 190 retardataires. Dès la troisième septaine, Burning Days franchit le cap des 100 000 spectateurs, doublant déjà les chiffres de son entame. Sa stabilité remarquable est bien le signe d’une satisfaction du public cinéphile qui en redemande. Le succès ne se dément pas et le métrage tient l’affiche durant 14 semaines avec un score final à 136 358 entrées.

De quoi susciter la mise sur le marché d’un blu-ray afin de profiter de l’engouement mérité autour de cette œuvre forte et intelligente.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 26 avril 2023

Burning Days, affiche

Copyrights : Memento Distribution

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