Biopic académique, Bob Marley One Love préfère lisser les aspérités d’un personnage ambigu pour honorer sa légende. Il en ressort un film sans grand intérêt et d’une superficialité proche du néant artistique. Inutile.
Synopsis : Bob Marley One Love célèbre la vie et la musique d’une icône qui a inspiré des générations à travers son message d’amour et d’unité.
Pour la première fois sur grand écran, découvrez l’histoire puissante de Bob Marley, sa résilience face à l’adversité, le chemin qui l’a amené à sa musique révolutionnaire.
Et pour un biopic de plus…
Critique : A l’heure où toutes les grandes figures de la pop culture ont le droit à leur biopic, la famille de Bob Marley a lancé sa propre version officielle de l’histoire de leur proche. Le projet a été développé rapidement à partir de 2021 par la firme Paramount Pictures pour un budget raisonnable de 70 millions de dollars. Pour s’assurer de la bonne tenue de l’ensemble, ils confient la réalisation au cinéaste afro-américain Reinaldo Marcus Green dont le biopic La méthode Williams (2021) a permis à Will Smith de décrocher l’Oscar du meilleur acteur.

© 2024 Paramount Pictures / Photographie : Pics. Tous droits réservés.
Dès le départ, Bob Marley One Love (2024) était donc conçu comme un biopic académique destiné à faire tomber les statuettes et à contenter les attentes de la famille de l’artiste. Autant dire que la marge de manœuvre des scénaristes et du réalisateur était considérablement réduite. Pas question de prendre des risques, et encore moins d’écorner l’image proprette attachée au créateur du reggae avec son groupe des Wailers.
Bob Marley One Love, une fiche Wikipédia sur grand écran
Afin de limiter leur sujet, les auteurs ont décidé de débuter leur film en 1977 et de le prolonger jusqu’au décès du chanteur en 1981 à la suite d’un cancer à l’âge de 36 ans. Pourtant, conscients de ne pas parvenir à embrasser la complexité d’un tel personnage, les scénaristes ont cru bon ajouter des flashbacks censés nous révéler des pans de l’histoire personnelle du chanteur. Cela ne fait qu’alourdir le propos qui finit par totalement se diluer dans une espèce de fiche Wikipédia du pauvre.
Au lieu de se concentrer sur un aspect de la vie de l’artiste, les scénaristes ont tenté d’évoquer les troubles en Jamaïque (expédiés en deux scènes), la tentative d’assassinat en plein concert (une scène), les déboires personnels du chanteur et ses infidélités notoires (à peine suggérées), ainsi que la création de l’album culte Exodus (quelques séquences peu crédibles où l’inspiration semble tomber du ciel). En réalité, Bob Marley One Love, en voulant embrasser l’intégralité du personnage, ne fait que l’effleurer, d’autant que le film est étonnamment court vu la complexité de sa vie.
Bob Marley devient une personnalité lisse, bien loin de la réalité
Devenu un personnage lisse et sans aspérités, Bob Marley n’est aucunement bien représenté dans cette hagiographie qui est battue à plate couture par l’excellent documentaire Marley (Kevin MacDonald, 2012) qui prenait son temps (près de deux heures trente) pour fouiller la personnalité protéiforme d’un artiste qui a milité pour la paix et les droits humains, tout en se comportant parfois mal dans sa vie privée. Bien entendu, rien de tout cela n’est signalé dans le biopic officiel de 2024 qui réussit l’exploit d’ennuyer alors que la vie du chanteur s’avère trépidante et pleine de rebondissements et de contradictions.
Dans ce grand bain lyophilisé, les acteurs font ce qu’ils peuvent pour donner vie à des personnages mal écrits. La première victime est l’acteur Kingsley Ben-Adir qui tente d’incarner le chanteur par le mimétisme des mouvements, mais qui ne trouve jamais le ton juste pour « être » Bob Marley. Malgré le talent réel de Lashana Lynch, elle n’arrive pas non plus à donner de l’épaisseur à son personnage de femme trompée à l’excès.

© 2024 Paramount Pictures / Photographie : Pics. Tous droits réservés.
En fait dans cette infernale machine à ripoliner, rien ne surnage vraiment si ce n’est la présence de nombreux morceaux culte du chanteur, présents grâce à la bénédiction de sa famille. Le résultat est aussi lénifiant qu’ennuyeux, tel un programme Netflix qui aurait atterri par mégarde sur grand écran.
La France, troisième marché mondial du film
Malgré ses qualités très discutables, le biopic a rencontré un franc succès dans le monde entier, glanant notamment 96,9 millions de billets verts sur le sol nord-américain. Pas de quoi rembourser la mise de départ si l’on tient compte des frais publicitaires, mais l’international a offert un écho favorable au long métrage. Ainsi, le Royaume-Uni lui a ouvert grand ses portes avec 21,5 millions de dollars de recettes supplémentaires. Troisième marché mondial, la France lui apporte la jolie somme de 16,9 millions de dollars, très nettement devant les autres pays, moins enthousiastes.
Box-office français de Bob Marley One Love
Pour la France, Bob Marley One Love a cartonné dès le mercredi de son investiture positionnée le 14 février 2024. Lancé en grandes pompes par Paramount dans 590 salles, le film décroche la première place du classement hebdomadaire avec 772 865 rastas, soit une part de marché équivalente à 20%. Pourtant le film avait face à lui quelques mastodontes comme le Marvel Madame Web (S.J. Clarkson) et les comédies poids lourds Maison de retraite 2 (Claude Zidi Jr.) et Chien et chat (Reem Kherici).
Certes, les deux derniers ne visaient pas le même public, mais le Marvel constituait à priori une concurrence sérieuse. Pourtant, Bob Marley en est sorti grand vainqueur, ce qui a été confirmé la semaine suivante avec une chute de 41 % des entrées et 451 140 nouveaux mélomanes pour un total de 1,2 million de spectateurs en seulement quinze jours.
Fort de ce succès, Paramount va placer son poulain dans un nombre accru de cinémas, allant jusqu’à un pic de 999 copies en quatrième semaine. En fait, le long métrage commence à décrocher en cinquième semaine avec une chute conséquente de 54 % de ses entrées. Bob Marley One Love terminera sa carrière de deux mois avec 1 902 472 spectateurs à son bord, ce qui est un excellent résultat, surtout au vu de la qualité réelle du produit fini.
Critique de Virgile Dumez
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