Belmondo ou le goût du risque : la critique du film (2017)

Documentaire | 0h52min
Note de la rédaction :
7/10
7
Belmondo où le goût du risque, affiche

  • Réalisateur : Jérôme Wybon
  • Acteurs : Jean-Paul Belmondo, Rémy Julienne
  • Date de sortie: 05 Déc 2017
  • Année de production : 2017
  • Nationalité : Français
  • Titre original : Belmondo ou Le goût du Risque
  • Titres alternatifs :
  • Scénariste : Jérôme Wybon
  • Sociétés de production : L'Atelier d'images
  • Editeur vidéo : L'Atelier d'Images
  • Date de sortie vidéo : 21 août 2018 (DVD, Blu-ray)
  • Budget : -
  • Classification : Tous publics
  • Formats : Couleur, Noir & Blanc
  • Illustrateur / Création graphique : © Melki Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © L'Atelier d'images. Tous droits réservés / All rights reserved
Note des spectateurs :

Un hommage respectueux au talent populaire de Belmondo, actioner avant l’heure, star cascadeur qui osa le divertissement et devint le numéro incontestable du box-office français. Belmondo ou le goût du risque est un beau projet, produit par les propres fans de la star.

Synopsis : 60 ans de carrière, trois générations de spectateurs, Jean-Paul Belmondo a tout joué, pris tous les risques. Sportif accompli en dehors des plateaux de cinéma, il va, à partir de Cartouche et de L’Homme de Rio, conjuguer ses deux passions à l’écran, grâce à sa rencontre avec les cascadeurs Gil Delamare, Claude Carliez et bien sûr Rémy Julienne. Du tournage de Peur sur la ville, du Guignolo ou du Marginal, ce film revient sur ses cascades les plus célèbres et dangereuses. Il montre aussi comment cette passion pour l’action a façonné son personnage à l’écran, laissant une trace indélébile dans le cœur des spectateurs. On découvre comment, sans se départir de son humour et apparente décontraction, Jean-Paul Belmondo a réalisé ces morceaux de bravoure à une époque où les effets spéciaux ne permettaient pas de tricher.

Belmondo ou le goût du risque, critique du documentaire

Illustration © Melki

Critique : Fin des années 70, Belmondo est un phénomène. Avec de Funès, dans un autre registre, il est l’acteur numéro 1 au box-office, n’en déplaise à Alain Delon, dont les choix sont plus risqués, violents ou sombres, et donc forcément moins bankables. Belmondo est devenu avec Peur sur la ville un roi de l’action dont le goût pour la cascade lui permet de briller au firmament. Exit les grands films d’auteur, les grandes rencontres de cinéma (Resnais sur Stavisky, est un échec à son échelle) : l’acteur devient Belmondo, Bébel, et gérera sa carrière avec grandeur pendant toutes les années 70 jusqu’en 1987 et le déclin provoqué par l’âge auprès d’une audience jeune tournée vers l’Amérique, la répétition d’un personnage qu’il a sûrement trop rabâché sur la fin, et surtout la crise du cinéma qui fragilise la production française.

Dans les années 70, l’acteur devient producteur, s’associe à son ancien attaché de presse, René Chateau pour former Cérito, une société de distribution spéciale Belmondo… Le monde est à ses pieds.

Mort de Jean-Paul Belmondo

Copyrights : A tous les artistes qui ont célébré l’art visuel de ce géant du cinéma. Merci. Tous droits réservés.

Recordman au box-office

Le documentaire Belmondo ou le goût du risque, de Jérôme Wybon, s’intéresse avec beaucoup de déférence à la face ultra populaire de la star aux 60 ans de carrière, investissant en particulier les décennies 70 et 80 pendant lesquelles Jean-Paul cassait la baraque à chacune de ses sorties (environ un film par an), réalisant une croissance au box-office fulgurante. Pourtant, à cette époque, les critiques s’acharnaient contre la plupart de ses films, qui n’étaient pas à la hauteur de l’acteur dramatique : l’ancien critique de Première et Studio Magazine, Jean-Pierre Lavoignat, se désole à l’écran que Belmondo n’ait pu tourner avec des réalisateurs comme Alain Corneau, alors qu’il multipliait des comédies policières d’action avec Georges Lautner.

L’interview de Melki 

Le briseur de records au box-office, qui a enchaîné 31 films millionnaires sur la France, consécutivement, entre 1964 et 1987, réalisait d’ailleurs entre 81 et 83 cinq millions d’entrées avec Le professionnel, L’as des as et Le marginal. Le point commun entre ces films ? Une vedette qui a quitté la jeunesse pour une quarantaine éclatante, où son goût du risque en tant qu’acteur qui fait ses propres cascades devient un magnifique argument de vente. C’était quelques années après Jean Marais et quelques années avant Tom Cruise.

Belmondo, promo VHS 1982

© Illustrateur affiche : Jean Masci – © 1982 René Chateau Vidéo – Design : LaVie

Belmondo ou le goût du risque enchaîne les archives magnifiques

Et des cascades, il en est beaucoup question dans ce documentaire qui regorge d’images d’archives, de reportages étrangers sur les tournages, d’interviews rares (Belmondo, oui, mais aussi Michel Audiard, et surtout tous les cascadeurs qui lui dictaient des conseils sur le plateau, sans jamais faire la cascade à sa place). L’on voit le « Guignolo » voler dans le ciel de Paris ou de Venise, suspendu dans le vide à la Défense, foncer dans des murs en bateau moteur, arpenter le toit d’un métro aérien jusque dans ses plongées dans les tunnels, dégringoler les escaliers à répétition pour satisfaire les délires ratés de Claude Zidi, qui tournait l’un de ses pires films avec L’animal dans lequel Belmondo incarnait un double rôle, notamment celui d’un comédien « folle », d’une façon que l’on ne tolérerait pas aujourd’hui… Le film était médiocre, mais ses cascades impressionnantes ; à chaque fois, l’acteur cascadeur en ressortait le corps contusionné et repoussait ses limites.

L’action dans le sang

Au gré de nombreuses interventions contemporaines, comme celle émouvante de Jean Rochefort, mort peu après le documentaire, ou Patrice Leconte, qui le dirigea avec Delon dans son dernier vrai film d’action avec cascades que l’acteur tint à réaliser, Une chance pour deux, Belmondo est loué, désigné avec bienveillance comme un clown dont il assumait la personnalité. Il aimait plaire, s’amuser, mais aussi charmer ces dames, aspect moins présent à l’écran, puisque le documentaire joue sur le versant d’actioner du comédien.

Affiche Peur sur la ville Belmondo affiche-poster rare

Pub : René Chateau Illustration : Ferracci
© 1975 Cérito-Film

Mort d’un monstre sacré du cinéma

L’existence de ce documentaire formidable pour les fans, qui va jusqu’à analyser le déclin de l’acteur à l’époque de Joyeuses Pâques ou du Solitaire, est un cadeau financé par les fans via une plateforme de financement participatif. Cet hommage se retrouve jusque dans la jaquette dont le visuel a été réalisé par l’artiste Laurent Melki, un fan, un vrai, qui a conçu les illustrations d’une dizaine de ressorties VHS des classiques de Belmondo, au début des années 90, pour Fil à Films, la société d’édition cofondée par Jean-François Davy. Dans le style de Bébel, spectaculaire, flamboyant, avec de la classe et de l’action pétaradante.

Une sortie vidéo nécessaire

Edité en DVD ou Blu-ray, le film bénéficie en HD d’une belle restauration pour les segments filmiques insérés, à des degrés variables, certes ; mais en tout cas, l’apport est évident.

L’interview du réalisateur permet d’approfondir la source des documents utilisés pour que le spectateur de 2018 puisse baigner dans un bain de jouvence où Jean-Paul Belmondo, affaibli depuis un AVC en 2001, semble à jamais figé dans cette image de Belmondo plastronnant, l’acteur qui aimait son public, et savait comment le lui montrer.

Le monument de notre cinéma national nous quitte à l’âge de 88 ans, le 6 septembre 2021. Ce documentaire est un film à voir pour se replonger dans les coulisses d’un cinéma qui nous manque tant.

Frédéric Mignard

Belmondo où le goût du risque, affiche

Illustration © Melki

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