Bacurau : la critique du film (2019)

Fantastique, épouvante, horreur | 2h12min
Note de la rédaction :
7/10
7
Bacurau, Prix du Jury à Cannes 2019 s'affiche

Avec Bacurau, Prix du Jury à Cannes, Kleber Mendoça Filho propose une nouvelle œuvre majestueuse et austère, une dystopie très riche, dans laquelle on peut lire une critique politique explicite.

Synopsis : Dans un futur proche…  Le village de Bacurau dans le sertão brésilien fait le deuil de sa matriarche Carmelita qui s’est éteinte à 94 ans. Quelques jours plus tard, les habitants remarquent que Bacurau a disparu de la carte.

Critique : Bacurau prolonge Aquarius, présenté il y a trois ans en compétition officielle, charge féroce contre l’impérialisme américain au Brésil et les ravages de la spéculation immobilière, à travers le portrait d’une femme opiniâtre et courageuse. Si Aquarius s’inscrivait surtout dans un cadre contemporain, le présent opus se déroule « dans un futur proche », avec des références évidentes à l’actualité brésilienne (ce qui est apparu encore plus évident aux auteurs au fil de la préparation et du tournage du film), mais aussi à tout un pan de l’histoire de ce pays. On songe ici à la période méconnue du « coronélisme », système politique des années 30 qui vit les pouvoirs locaux concentrés entre les mains de riches propriétaires terriens.

© 2019 VICTOR JUCÁ :/ © CINEMASCÓPIO

Kleber Mendoça Filho et son coréalisateur (qui a déjà collaboré avec lui en tant que chef décorateur) pointent du doigt la corruption des politiciens ainsi que l’alliance entre l’élite qui détient le pouvoir politique et des riches détenteurs des moyens de production, avec le soutien de grandes puissances politiques internationales. Le discours n’est pas nouveau. Mais si les auteurs enfoncent parfois des portes ouvertes ou n’évitent pas toujours l’excès (le mercenaire allemand incarné par Udo Kier), la fable est d’une grande force narrative et visuelle, avec un montage toujours aussi éblouissant, et une aptitude à mélanger les genres du film d’aventures, du thriller, de la science-fiction et de la dystopie, comme si John Carpenter (la scène de l’assaut) tendait la main à Francesco Rosi… Si l’humour (noir) n’est pas absent et amène quelques respirations dans une atmosphère étouffante (la séquence dans laquelle un vieux couple de naturistes élimine deux miliciens), le film est d’une austérité qui pourra rebuter les amateurs de cinéma consensuel, mais le style sec et sans concessions n’empêche pas le métrage d’être d’une redoutable efficacité dans les scènes d’action. « Pendant l’écriture du scénario, nous cherchions à imaginer le découpage des scènes, en essayant de voir les images et les coupes dans notre esprit. Lors du montage, nous avons mieux compris le temps des plans et comment ils servaient notre propos principal, qui était de créer un rythme de tension constante et sans interruption, comme dans une pente descendante », a précisé Juliano Dornelles. Les réalisateurs ont également utilisé deux caméras, parfois dans deux scènes différentes et dans plusieurs décors. Le résultat aurait pu être roublard et esthétisant : il est en réalité stupéfiant, la virtuosité technique n’occultant cependant pas la force de la métaphore morale et politique. Le casting choral qui permet de montrer les membres de communautés rivales est étonnant, et c’est avec jubilation que l’on retrouve la grande Sonia Braga dans le rôle de l’égérie de ces habitants résistant encore et toujours à l’envahisseur. Au final, le film de Kleber Mendoça Filho et Juliano Dornelles est hautement recommandable même s’il pourra rebuter par sa radicalité et sa vision terrifiante de l’humanité.

Critique de Gérard Crespo

Les sorties de la semaine du 25 septembre 2019 

Bacurau, Prix du Jury à Cannes 2019 s'affiche

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Bacurau, Prix du Jury à Cannes 2019 s'affiche

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