Au nom de la terre : la critique du film (2019)

Drame, Drame paysan | 1h43min
Note de la rédaction :
6.5/10
6.5
Au nom de la terre, d'Edouard Bergeon avec Guillaume Canet

A travers Au nom de la terre, saga familiale tragique, le réalisateur illustre sans fard la sombre réalité du monde agricole d’aujourd’hui.

 

Synopsis : Pierre a 25 ans quand il rentre du Wyoming pour retrouver Claire sa fiancée et reprendre la ferme familiale. Vingt ans plus tard, l’exploitation s’est agrandie, la famille aussi. C’est le temps des jours heureux, du moins au début… Les dettes s’accumulent et Pierre s’épuise au travail. Malgré l’amour de sa femme et ses enfants, il sombre peu à peu… Construit comme une saga familiale, et d’après la propre histoire du réalisateur, le film porte un regard humain sur l’évolution du monde agricole de ces quarante dernières années.

Critique : En 2017, Hubert Charuel, avec Petit paysan, polar agricole plutôt bien ficelé, nous avait déjà sensibilisés aux obstacles rencontrés par les agriculteurs pris au piège d’une administration impitoyable. Alors qu’il signe en 2010 un premier documentaire Le fils de la terre décrivant le quotidien laborieux d’un producteur de lait, Edouard Bergeon revient avec un sens dramatique plus aigu sur le malaise paysan grâce à ce récit déchirant qui retrace le destin de Christian Bergeon, son père, devenu Pierre Jarjeau (Guillaume Canet) pour les besoins du film.

Aux sombres héros de la terre

Un homme arpente lourdement les sillons d’un champ, enfonçant ses bottes dans un sol riche et généreux. Une image qui symbolise tout le paradoxe de la relation de ce paysan avec une terre qui nourrit tout un pays, qui devrait le faire vivre et va finir par le dévorer.

Quand Pierre revient dans sa Mayenne natale, dans les années 70, la France est encore un pays essentiellement rural. Son père lui vend son domaine. La signature chez le notaire est une simple formalité, une transmission naturelle de biens mais aussi de savoirs. Il suffit de travailler pour s’en sortir, affirme le père. Quelques années plus tard, Pierre est marié et a deux enfants. Comme l’a prédit le père, il faut travailler dur mais le bonheur est là. En plus de son emploi en ville, la mère tient la comptabilité de l’exploitation. Le fils aide dès qu’il a du temps libre, l’ouvrier agricole (Samir Guesmi, tout de modestie et de tendresse) ne ménage pas ses heures. La fillette aime se promener sur la charrette lors des moissons. L’été, on construit une piscine en botte de paille. On ne loupe pas une étape du tour de France et on se retrouve pour commenter les matchs de foot. Des joies simples basées sur l’entraide et le goût du labeur que la mondialisation et avec elle, les normes européennes draconiennes vont bientôt compromettre.

Guillaume Canet en paysan désespéré dans Au nom de la terre

© Nord Ouest Films

La mort d’un monde rural en souffrance

Déjà sérieusement endetté, Pierre ne peut faire autrement que de solliciter un nouveau prêt auprès de sa banque. Malgré les critiques acerbes de Jacques, son père, (Rufus épatant de justesse en patriarche arc-bouté sur ses certitudes d’un autre temps), il reprend espoir. Mais l’incendie de son bâtiment et l’absence de solidarité de ses collègues auront raison de lui. La mise en scène parfaitement sobre raconte avec pudeur cette inexorable dégringolade que des plans larges de paysages de toute beauté rendent encore plus poignante.

Le réalisateur choisit de placer la famille au cœur de son œuvre. Il scrute avec précision l’évolution des relations familiales au fur et à mesure de la dégradation financière et morale du chef de famille et porte ainsi un regard humain sur la perversité d’un système qui transforme ces pères nourriciers en esclaves. Cependant, pour une meilleure compréhension, il aurait été judicieux de s’arrêter quelques temps sur le déroulement successif des écueils, responsables de la chute de dix mille exploitations par an.

Au nom de la terre resplendit du travail de ses acteurs

Le film doit beaucoup à l’interprétation impeccable de ses comédiens. Un projet d’une telle envergure exigeait à coup sûr la présence d’un comédien à la renommée proportionnellement égale pour tenir le rôle principal. Guillaume Canet, affublé d’une calvitie et d’une moustache qui le rendent quasiment méconnaissable, s’acquitte consciencieusement du job même s’il ne convainc pas sur toute la longueur. C’est plutôt du côté des rôles dit secondaires que les regards se tournent. Veerle Baetens cristallise toute l’émotion dans son rôle de femme digne et courageuse tandis que le jeune Anthony Bajon, décidément irrésistible (il récoltera d’ailleurs le Valois de l’acteur au Festival d’Angoulême) continue de dévoiler toute l’ampleur de son talent.

Si Au nom de la terre  peut sans conteste se ranger dans la catégorie des films engagés, il est avant tout un hommage aux six cents agriculteurs qui se suicident chaque année.

Critique : Claudine Levanneur 

Les sorties de la semaine du 25 septembre 2019 

Au nom de la terre, d'Edouard Bergeon avec Guillaume Canet

Design : Le Cercle Noir pour Fidelio – Copyright 2019 NOF

Trailers & Vidéos

trailers
x
Au nom de la terre, d'Edouard Bergeon avec Guillaume Canet

Bande-annonce d'Au nom de la terre

Drame, Drame paysan

x