Arthur Rambo entend dénoncer les dérives des réseaux sociaux et de la violence en ligne, mais s’enlise dans sa volonté de ne juger personne. Malgré des acteurs talentueux et une première heure réussie, on reste un peu sur notre faim.
Synopsis : Qui est Karim D. ? Ce jeune écrivain engagé au succès annoncé ou son alias Arthur Rambo qui poste des messages haineux que l’on exhume un jour des réseaux sociaux…
Une histoire librement inspirée de l’affaire Mehdi Meklat
Critique : Pour son nouveau long-métrage intitulé Arthur Rambo, le cinéaste Laurent Cantet revient à un fait divers réel, comme il l’avait fait avec l’affaire Jean-Claude Romand dans L’emploi du temps (2001). Effectivement, il s’inspire ici librement de l’affaire Mehdi Meklat, jeune écrivain venu de la banlieue qui connaissait une popularité grandissante dans les années 2010, avant que la publication de nombreux tweets sous le pseudonyme de Marcelin Deschamps bouleverse sa destinée en 2017. Il faut dire que les tweets en question étaient racistes, homophobes, antisémites et misogynes. Pris dans une véritable tourmente médiatique, le jeune homme a été contraint de partir vivre un temps au Japon pour s’affranchir des conséquences de tweets qu’il a justifiés comme étant de l’humour au quinzième degré.

© 2021 Les Films de Pierre – France 2 Cinéma – Memento Films Production / Photographie : Céline Nieszawer. Tous droits réservés.
C’est donc cette histoire qu’adapte ici Laurent Cantet en prenant soin de modifier les noms et certains éléments. Le réalisateur parvient parfaitement à poser les bases de l’affaire en décrivant ici la lente descente aux enfers d’un jeune loup aux dents longues qui souhaite s’affranchir de son milieu par son talent d’écriture. Devenu le chouchou des médias et du Tout-Paris, le personnage incarné avec justesse par Rabah Nait Oufella semble être sur un petit nuage quand nous le découvrons. Arborant un sourire constant, signe de sa satisfaction personnelle, le personnage peut irriter par sa naïveté et sa tendance à croire les flatteurs qui ne manquent jamais d’accourir lorsque le succès et l’argent sont de la partie.
De l’éradication sociale par les réseaux sociaux
Assez rapidement, le réalisateur incruste sur les images des tweets rageurs signés d’un certain Arthur Rambo. Signalons d’ailleurs que les phrases en question ont été inventées pour les besoins du long-métrage en s’inspirant de la sémantique de Marcelin Deschamps – Mehdi Meklat. Dès lors, celui qui était encensé cinq minutes avant devient persona non grata, perdant tous ses contrats, mais aussi ses amis qui ne comprennent pas ce qui se passe, ainsi que sa famille, par le biais de son petit frère – excellent Bilel Chegrani.

© 2021 Les Films de Pierre – France 2 Cinéma – Memento Films Production / Photographie : Céline Nieszawer. Tous droits réservés.
Sans se faire juge du personnage principal, Laurent Cantet montre surtout les dangers des réseaux sociaux et d’internet où l’oubli n’est guère possible. Il s’attache également à décrire l’acharnement de certains dans l’éradication sociale d’un individu, à la manière d’une chasse aux sorcières. Toutefois, il ne délivre pas un blanc-seing à son personnage qui a cru naïvement pouvoir publier des messages de haine sous couvert d’anonymat. En quelque sorte, on peut dire qu’il est ici victime d’un effet boomerang. On peut également trouver peu claire l’attitude fuyante du jeune homme, incapable de se justifier de manière crédible auprès de ses proches.
Un film qui tourne malheureusement un peu trop en rond
Malheureusement, si le long-métrage intéresse durant sa première heure, on a rapidement le sentiment que Laurent Cantet ne sait pas bien où aller. Comme il ne souhaite pas juger le personnage et qu’il se refuse à percer son mystère, il se contraint à tourner en rond jusqu’à une fin aussi fuyante que son protagoniste. En sortant d’Arthur Rambo, le spectateur a donc l’impression d’avoir assisté à une description attentive, mais superficielle, d’un phénomène sociétal qui méritait plus d’engagement ou de prise de risques. L’attitude mesurée et prudente du cinéaste se retourne donc ici contre lui, faisant d’Arthur Rambo une œuvre qui manque de point de vue et laisse donc sur sa faim, et ceci malgré une interprétation très satisfaisante et impliquée de l’ensemble du casting.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 2 février 2022

© 2021 Les Films de Pierre – France 2 Cinéma – Memento Films Production / Affiche : Céline Nieszawer (photographe) – Kévin Rau (affichiste) pour Troïka. Tous droits réservés.
Biographies +
Laurent Cantet, Antoine Reinartz, Florence Janas, Zineb Triki, Rabah Nait Oufella, Sofian Khammes, Bilel Chegrani, Anne Alvaro