Amour et mort dans le jardin des dieux : la critique du film et le test blu-ray (1972)

Drame, Thriller | 1h29min
Note de la rédaction :
7/10
7
Amour et mort dans le jardin des dieux, l'affiche italienne

Note des lecteurs

Parfait exemple d’une hybridation entre cinéma d’exploitation et d’auteur, Amour et mort dans le jardin des dieux est une œuvre ambitieuse qui se joue du genre auquel elle est rattachée pour mieux livrer une vision très sombre de l’existence humaine.

Synopsis : Se rendant dans la petite ville de Spoleto, près de Pérouse, pour des travaux d’études, un ornithologue allemand s’installe dans une propriété isolée au milieu d’un parc immense, abandonnée par les derniers occupants depuis plusieurs années. Au cours d’une de ses promenades, il découvre des bandes magnétiques dissimulées derrière des buissons et entreprend de les écouter. Il entre ainsi dans l’intimité d’Azzurra, jeune femme perturbée à la sexualité déviante, qui se confie à son psychiatre. Le scientifique ignore que la découverte de ces bandes le met en danger de mort.

Un échec public injuste

Critique : L’année 1972 est fondamentale pour les frères Scavolini, deux complices qui arpentent les terres d’un cinéma bis aux évidentes ambitions artistiques. Le plus célèbre des deux, Romano, est un directeur de la photographie respecté qui livre une réalisation de grande qualité intitulée Exorcisme tragique – les monstres se mettent à table, déjà édité par Le Chat qui fume. Dans le même temps, son frère Sauro, plutôt scénariste, écrit et réalise son premier long-métrage intitulé Amour et mort dans le jardin des dieux. Sortis seulement à un mois d’intervalle en Italie, les deux films, pourtant ambitieux, n’ont guère rencontré leur public. La situation est toutefois pire pour Amour et mort qui n’est quasiment pas sorti dans les salles transalpines et qui n’a pas eu le droit à une exploitation internationale.

Une cruelle injustice lorsque l’on découvre de nos jours cette petite production, certes fauchée, mais follement ambitieuse dans sa volonté de se détacher du tout-venant commercial de l’époque. Dès le début, Sauro Scavolini impose un rythme lent faisant immédiatement penser au cinéma contemplatif de Michelangelo Antonioni. Sa volonté de s’inscrire dans un cinéma d’auteur exigeant se retrouve au niveau du script qui ose bousculer la narration classique en proposant un enchâssement de récits particulièrement savoureux.

Parfait hybride entre cinéma d’auteur et d’exploitation

Le spectateur est ainsi invité à suivre la découverte par un vieux scientifique de bandes sonores enregistrées où une femme livre ses confidences intimes à son psy. Dès lors, le cinéaste nous embarque dans un flashback où l’on découvre la belle Erika Blanc en pleine confession avec son psy. Mais ce flashback est également suivi d’autres intrusions dans le passé de la jeune femme. Cette structure alambiquée a le mérite de susciter la curiosité du spectateur-auditeur, alors mis dans la même disposition d’esprit que le vieux scientifique.

Ce voyeurisme est également motivé par les désordres amoureux évoqués par la belle tentatrice. La demoiselle s’épanche effectivement sur le triangle amoureux qu’elle forme avec son mari et son propre frère.

A ce moment précis, le film bascule dans l’antre du cinéma d’exploitation, avec quelques scènes dénudées et surtout une ambiance perverse, typique du cinéma italien des années 70. Certains trouveront l’ensemble racoleur, alors que les autres salueront les audaces de ces auteurs transalpins travaillés par la notion du péché. Soutenu par une musique orchestrale lyrique de Giancarlo Chiaramello, le long-métrage se présente donc essentiellement comme un drame de l’inceste.

Un thriller désespéré

Toutefois, la dernière partie se transforme peu à peu en un thriller meurtrier, marqué par un massacre intervenant dans le dernier quart d’heure. Cet enchaînement d’événements dramatiques précipite des personnages déjà passablement meurtris dans une spirale de violence et de désespoir qui aboutit logiquement au superbe plan final.

Terriblement pessimiste, Amour et mort dans le jardin des dieux est donc une tentative ambitieuse d’évoquer le tragique de la condition humaine à travers un genre codifié. Si certains passages sont moins réussis que d’autres, on ne peut que saluer la beauté de la photographie de Romano Scavolini, l’implication de l’ensemble du casting, dont un troublant Peter Lee Lawrence, ainsi que le discours social sous-jacent. Ou quand le cinéma d’exploitation rencontre le cinéma d’auteur, pour notre plus grand plaisir de cinéphile.

 

Le test du blu-ray :

Amour et mort dans le jardin des dieux, jaquette blu-ray

© 1972 Rewind Films. 2019 Le Chat qui fume / Conception graphique : Frédéric Domont. Tous droits réservés.

 

Acheter le blu-ray sur le site de l’éditeur

Compléments & packaging : 4/5

Toujours aussi beau, l’objet proposé par l’éditeur Le Chat qui Fume est emballé dans un fourreau luxueux et se déploie en trois volets contenant un DVD et un blu-ray. Sur la galette elle-même, on retrouve deux suppléments inédits absolument formidables.

Tout d’abord, un entretien exclusif avec Erika Blanc (19min) où la dame âgée qu’elle est devenue nous émeut au plus profond. Elle revient sur ses débuts au cinéma, puis évoque le tournage du film avec les frères Scavolini qu’elle décrit comme des gentlemen. Elle insiste surtout sur sa complicité amicale avec l’acteur Peter Lee Lawrence. Elle est d’ailleurs très émue d’évoquer son partenaire, décédé en 1974 à l’âge de 30 ans des suites d’une maladie fulgurante. Enfin, elle délivre un message à ses fans français, s’excusant presque d’avoir vieilli et semble ainsi nous faire ses adieux. Nécessairement poignant.

Ensuite, l’actrice Orchidea de Santis revient durant 26min sur sa carrière des années 70-80 et évoque le tournage de ce long-métrage. Elle se souvient de ses scènes de nu, avec la complicité d’Erika Blanc qui l’a rassuré. Elle a également d’excellents souvenirs de Peter Lee Lawrence, ainsi que du directeur de la photographie Romano Scavolini. Elle insiste sur le sérieux extrême d’un tournage où toute l’équipe était persuadée de réaliser une belle œuvre. Pour finir, elle se souvient avec amertume de la sortie ratée du film et remercie les cinéphiles français de donner une seconde vie à ce qu’elle considère, à juste titre, comme un beau film.

Le reste des suppléments est constitué des bandes annonces des futurs titres de l’éditeur.

L’image du blu-ray : 4/5

Très jolie copie, superbement restaurée, pour une œuvre pourtant restée dans l’anonymat le plus complet depuis plusieurs décennies. Le piqué est parfaitement maîtrisé, la colorimétrie rend hommage au travail de Romano Scavolini, tandis que la compression s’avère solide. On notera juste quelques impuretés de ci de là. Le grain cinéma rend le visionnage agréable.

Le son du blu-ray : 3/5

L’unique piste en italien sous-titré est constituée d’un DTS HD Master Audio 2.0. Pas de piste française puisque le long-métrage est totalement inédit chez nous. La bande sonore est un peu abîmée, avec un léger souffle et quelques petites imperfections. Malgré tout, l’ensemble reste très agréable et ne constitue en rien un aspect rédhibitoire.

Critique du film et test blu-ray : Virgile Dumez

Bandeau le chat qui fume

Copyrights : 2019 Le Chat qui fume

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Amour et mort dans le jardin des dieux, l'affiche italienne

Bande-annonce d'Amour et mort dans le jardin des Dieux

Drame, Thriller

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