A coups de crosse : la critique du film (1984)

Policier, Thriller | 1h40min
Note de la rédaction :
7/10
7
A coups de crosse, l'affiche

  • Réalisateur : Vicente Aranda
  • Acteurs : Fanny Cottençon, Bruno Cremer, Francisco Algora, Berta Cabré
  • Date de sortie: 29 Août 1984
  • Nationalité : Espagnol, Français
  • Titre original : Fanny "Pelopaja"
  • Distributeur : Twentieth Century Fox France - Hachette-Fox Distribution
  • Éditeur vidéo (VHS) : Proserpine
  • Éditeur vidéo (DVD) : L.C.J. Editions
  • Sortie vidéo : Le 17 octobre 2005
  • Paris-périphérie : 30 386 entrées
  • Classification : Interdit aux moins de 12 ans
  • Illustrateur : Landi
Note des lecteurs

Entre film d’exploitation putassier et œuvre politique dénonçant le fascisme ordinaire qui a sévi en Espagne durant des décennies, A coups de crosse est un long-métrage extrême qui ne peut laisser indifférent.

Synopsis : L’inspecteur Andrés Gallego noue une relation passionnée avec Fanny, une prostituée délinquante qu’il a récemment arrêté à Barcelone. Il espère ainsi pouvoir approcher Manuel, l’amant de la jeune femme, et obtenir quelques informations concernant ses activités douteuses, notamment son stock important d’armes à feu. Après avoir finalement décidé d’abattre l’homme, Fanny retrouve Andrés quelques années plus tard avec la ferme intention de venger la mort de Manuel…

Un polar espagnol à l’odeur de soufre

Critique : Réalisateur espagnol autodidacte qui a débuté dans les années 60 durant l’ère franquiste, Vicente Aranda s’est distingué dès ses premiers pas derrière la caméra par des sujets sulfureux ayant souvent un rapport avec la sexualité, et notamment la violence des rapports amoureux. S’il s’est parfois tourné vers un cinéma d’exploitation commercial dans les années 70, c’est pour mieux échapper à la censure. Dès 1977, alors que celle-ci commence à se desserrer, il signe une œuvre audacieuse sur la transsexualité intitulée Changement de sexe.

Pas étonnant donc de le retrouver durant la période de la Movida aux commandes de films sexuellement très marqués, souvent interprétés par sa muse Victoria Abril avec qui il a tourné douze longs-métrages. Dans cette filmographie constituée pour la plupart de films inédits en France, A coups de crosse apparaît comme une exception liée à la coproduction française. Avec ses deux vedettes, le film a eu les honneurs d’une sortie en salles par chez nous, à une époque où le polar est particulièrement en vogue. Cet été-là, les Français pouvaient notamment suivre les aventures d’Annie Girardot dans Liste noire, mais aussi celles de Victor Lanoux dans La triche, et une semaine après sa sortie, débarquaient sur les écrans Tir à vue avec Sandrine Bonnaire et La garce, avec le duo Richard Berry – Isabelle Huppert.

Une description sans concession du fascisme ordinaire

Toutefois, la provenance espagnole d’A coups de crosse permet au métrage d’échapper à certains défauts des productions françaises de l’époque, tout en faisant du film un objet non identifié. Tout d’abord, la description des rapports entretenus entre les truands et la police, marqués par une violence extrême, prend une dimension hautement politique dès lors que le film se situe à la fin de la dictature franquiste où l’assassinat politique était devenu un sport national.

On comprend mieux l’attitude absolument monstrueuse du personnage incarné par Bruno Cremer, sorte de condensé de tous les travers du fascisme. Image grotesque d’une autorité toute puissante, le flic est odieux avec ses collègues, mais aussi et surtout sa propre famille. Tous les rapports qu’il entretient avec son entourage sont ainsi fondés sur l’humiliation systématique.

Son attitude vis-à-vis de la délinquante, interprétée de manière approximative par Fanny Cottençon, ne peut que choquer tant elle fait ressortir le pire du machisme. On notera d’ailleurs l’audace des dialogues, particulièrement crus et qui n’ont rien de compatible avec l’esprit féministe actuel. Ici, la femme n’est considérée que comme un objet dont l’homme peut et doit disposer à sa guise. Bien entendu, Aranda est très critique vis-à-vis de cette attitude, mais le film reste tout de même très ambigu sur cette question et on doit d’ailleurs saluer le courage de Fanny Cottençon dans un rôle difficile.

Fanny Cottençon courageuse dans un rôle difficile, mais pas vraiment bien dirigée

Tourné avec un beau sens du cadre et du rythme, A coup de crosse pâtit malheureusement de son origine multiculturelle. On sent que le réalisateur n’a pas vraiment su diriger son casting francophone et c’est essentiellement la pauvre Fanny Cottençon qui en fait les frais. Elle s’investit beaucoup, mais frise souvent le ridicule en dure à cuire vengeresse. Bruno Cremer, sans doute davantage rompu à ce type de rôle, s’en sort mieux. Le casting espagnol semble davantage tenu, mais pas toujours aidé par le doublage dans la version française.

Film de l’extrême qu’aucun réalisateur ne pourrait tourner de nos jours sans avoir toutes les ligues de vertu aux fesses, A coups de crosse est sans aucun doute un film inégal, parfois bis et putassier dans sa démarche, mais qui a le grand mérite de tout oser et d’imposer une vision finalement très sombre, désabusée et misanthrope de l’espèce humaine. On est ici bien loin des délires contemporains d’un Almodóvar, moins politique et engagé.

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Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 29 août 1984

A coups de crosse, l'affiche

© 1984 Lolafilms – Morgana Films – Lima P.C. – Carlton Film Export / Illustrateur : Landi. Tous droits réservés.

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