A cause d’un assassinat : la critique du film (1975)

Thriller | 1h42min
Note de la rédaction :
8/10
8
A cause d'un assassinat, l'affiche

  • Réalisateur : Alan J. Pakula
  • Acteurs : Warren Beatty, Paula Prentiss, William Daniels, Hume Cronyn
  • Date de sortie: 16 Avr 1975
  • Nationalité : Américain
  • Titre original : The Parallax View
  • Année de production : 1974
  • Scénario : David Giler, Lorenzo Semple Jr. et Robert Towne (non crédité) d'après le roman de Loren Singer
  • Directeur de la photographie : Gordon Willis
  • Musique : Michael Small
  • Distributeur : CIC
  • Editeur vidéo : CIC Vidéo (VHS), Paramount Pictures (DVD)
  • Sortie vidéo (DVD) : 5 février 2004
  • Box-office France / Paris-périphérie : 108 617 entrées / 59 329 entrées
  • Festival : Prix de la critique au festival d'Avoriaz 1975
  • Crédits affiche : © 1974 Paramount Pictures / Affiche : Basha. Tous droits réservés.
Note des spectateurs :

Grand film paranoïaque, A cause d’un assassinat se joue des attentes du spectateur pour livrer une œuvre insaisissable et déstabilisante, symptomatique d’une période troublée de l’histoire des Etats-Unis. Passionnant.

Synopsis :  L’enquête d’un journaliste sur le meurtre d’un sénateur le conduit jusqu’a la Parallax Corporation, société qui recrute des tueurs.

Un thriller paranoïaque marquant

A cause d'un assassinat avec Warren Beatty

© 1974 Paramount Pictures – Jaquette VHS

Critique : Le réalisateur Alan J. Pakula vient tout juste de se faire remarquer avec le thriller Klute (1971) qui laissait déjà entrevoir un goût pour les ambiances sombres et les intrigues mystérieuses, lorsqu’il se saisit du script de David Giler, Lorenzo Semple Jr. et Robert Towne adapté d’un roman de Loren Singer. A cause d’un assassinat (1974) s’inscrit pleinement dans cette mouvance d’un certain cinéma américain porté sur la paranoïa.

Pour mémoire, le pays est alors bouleversé par plusieurs éléments, comme l’assassinat des membres de la famille Kennedy, celui de Martin Luther King, mais aussi par le fiasco de la guerre du Vietnam, les prémices du Watergate, auxquels il faut ajouter tous les mouvements pour les droits civiques et les contestations hippies. De quoi déstabiliser durablement une population qui était jusque-là certaine de la puissance de son modèle, et surtout de sa fiabilité. Cette ère du doute se traduit concrètement au cinéma par un nombre conséquent de films qui traitent de complots à grande échelle, dans lesquels les citoyens ne sont que des pions éliminables à loisir.

Un film-prototype qui se joue des attentes

A cause d’un assassinat peut être considéré a posteriori comme un pur prototype de ces principes. Tout d’abord, le film part du postulat qu’un complot est bien en place dans les plus hautes sphères. Effectivement, en s’inspirant de l’assassinat de Kennedy, le premier meurtre est filmé de façon à ne laisser aucun doute au spectateur : deux tueurs sont bien présents dans la salle pour occire le candidat démocrate. Mais durant le générique, une commission d’enquête déclare que la piste du tueur fou et isolé est l’unique explication envisageable.

Par la suite, le réalisateur fait une ellipse de plusieurs années et suit les pas d’un jeune journaliste local qui découvre que la plupart des témoins du meurtre sont morts dans des circonstances étonnantes. Dès lors, le long-métrage semble nous emmener sur la voie d’un thriller classique, avec recherche des coupables, le tout mené par un héros des temps modernes.

Pourtant, le public devra rapidement déchanter puisque le réalisateur déjoue totalement les attentes en n’expliquant jamais rien de la situation. Au lieu d’avoir recours à des facilités narratives, Pakula préfère laisser le spectateur dans le doute. S’il indique bien la présence d’une agence privée qui se chargerait d’exécutions sommaires, et ceci au cœur du modèle démocratique américain, nous n’en saurons guère plus. C’est sans doute cet aspect qui a désarçonné le public de l’époque, assez peu réceptif.

A cause d'un assassinat, en DVD (Paramount)

© 1974 Paramount Pictures – Jaquette DVD

Une atmosphère anxiogène qui fait douter de tout

Aujourd’hui, ce qui fait la force de ce thriller particulièrement retors est qu’il atteint une certaine forme d’abstraction allant au-delà du simple contexte politique. Ainsi, le réalisateur ne cesse d’écraser ses personnages dans le cadre, en les plongeant dans des décors futuristes gigantesques. A l’écran, les acteurs sont perdus dans des espaces géométriques étouffants ou plongés dans un magnifique clair-obscur que l’on doit une fois de plus à Gordon Willis (Le Parrain). Formellement splendide, A cause d’un assassinat suggère par sa forme même qu’un ennemi qui nous surpasse est tapi dans l’ombre. Dès lors, la moindre séquence devient anxiogène et développe la paranoïa du spectateur.

Une fin terriblement pessimiste et qui fait froid dans le dos

La fin extrêmement pessimiste va également à l’encontre de tous les films hollywoodiens de l’époque. Ainsi, le fameux héros intrépide qui cherche à faire éclater la vérité ne peut lutter seul contre une machine implacable. Dès lors, le long-métrage établit l’échec de l’individualisme et entérine donc la mort symbolique du grand héros américain.

Soutenu par une interprétation correcte de Warren Beatty, le film bénéficie également d’une excellente partition musicale de Michael Small qui contribue à cette ambiance terriblement anxiogène.

Sorti dans l’indifférence totale en France – comme la très grande majorité de la filmographie de Warren Beatty, excepté Bonnie and ClydeA cause d’un assassinat mérite pourtant largement le détour et peut séduire bien au-delà du cercle des amateurs de thrillers par sa dimension plus symbolique.

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Critique du film :  Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 16 avril 1975

A cause d'un assassinat, l'affiche

© 1974 Paramount Pictures / Affiche : Basha. Tous droits réservés.

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A cause d'un assassinat, l'affiche

Bande-annonce d'A cause d'un assassinat (VO)

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