Stuff (The Stuff) : la critique du film + le test blu-ray (1986)

Science-fiction, Horreur, Comédie fantastique | 1h27min, 1h59min (USA)
Note de la rédaction :
5.5/10
5.5
Jaquette vhs de Stuff

  • Réalisateur : Larry Cohen
  • Acteurs : Michael Moriarty, Rutanya Alda, Paul Sorvino, Danny Aiello, Andrea Marcovicci
  • Date de sortie: 14 Juin 1985
  • Année de production : 1985
  • Nationalité : Américain
  • Titre original : The Stuff
  • Titres alternatifs : Stuff (Titre VHS, France), The Stuff (Yogourt Attack, Titre DVD, France), Stuff - Ein tödlicher Leckerbissen (Allemagne), Stuff - Il gelato che uccide (Italie), Parásitos asesinos (Mexique), In-natural (Espagne), A Coisa (Brésil), Substance (Québec), Substancja (Pologne), Kampen mot dødsmikroben (Norvège), Substância Maldita (Pologne)
  • Casting : Michael Moriarty, Andrea Marcovicci, Garrett Morris, Paul Sorvino, Scott Bloom, Danny Aiello, Patrick O'Neal, James Dixon, Alexander Scourby, Russell Nype, Gene O'Neill, Catherine Schultz, James Dukas, Peter Hock, Colette Blonigan, Robert Frank Telfer, Brian Bloom, Harry Bellaver, Beth Tegarden, Ann Dane, Rutanya Alda, David Snell, Edward Power, Nick Taylor, Daniel Antonovich, Heidi Miller, Marilyn Staley, Adrianne Sachs, John Newton, Harvey Waldman, Nicolas De Toth, Bobbie Burns, Gretchen Ullman, Jery Hewitt, Lisa Crosby, Christine Angelica, Brooke Adams, Laurene Landon, Tammy Grimes, Abe Vigoda, Clara Peller, Eric Bogosian, Patrick Dempsey, John Loughlin, Brad Rijn, Mira Sorvino, Drew Stanley
  • Scénariste : Larry Cohen
  • Monteur : Armond Lebowitz
  • Directeur de la photographie : Paul Glickman
  • Compositeur : Anthony Guefen
  • Décorateur : Marleen Marta, George Stoll
  • Responsable des effets spéciaux : Bret Culpepper
  • Chef costumier : Timothy D'Arcy
  • Assistant réalisateur : Mark Croll, Jenny Fitzgibbons
  • Script : Elana Golden
  • Producteurs : Paul Kurta
  • Producteurs exécutif : Larry Cohen
  • Producteur associé : Barry Shils
  • Sociétés de production : Larco Productions
  • Distributeur : New World Pictures (USA), inédit au cinéma en France
  • Editeurs vidéo : CBS Fox (VHS, 1986), Mad Movies (DVD, 2003), Opening (DVD, 2009), Rimini Editiond (combo DVD + Blu-ray, 2026)
  • Date de sortie vidéo : 24 octobre 2003 (DVD), 7 juillet 2009 (DVD, Collection Opening Les Grands Classiques de l'horreur), 7 août 2026 (DVD+Blu-ray)
  • Classification : Rated R (USA), inédit en salle en France
  • Budget : 1 700 000$
  • Box-office américain : Inconnu
  • Formats : 1.85 : 1 / Couleur (35mm) / Mono
  • Crédits illustration : Kaemzo Artwork (blu-ray, France, 2026)
  • Crédits : © 1986 New World Pictures. All Rights Reserved.
  • Phrase d'accroche : Vous en mangerez avec plaisir jusqu à en mourir (VHS)
Note des spectateurs :

Entre L’invasion des profanateurs de sépulture, Le Blob et Contaminion, The Stuff est l’un films les plus irrésistibles de la carrière de bric et de broc de Larry Cohen. Une satire irrésistible de la pop culture des années 80, portée par des effets spéciaux irrésistibles.

Synopsis : Un dessert phénoménal déferle dans les rayons des supermarchés américains. Le succès de supermarché s’avère bien plus dangereux que quelques calories en trop, le dessert étant… vivant, agressif, et tueur.

Critique : 2021, deux ans après la mort de Larry Cohen, Denver Film découvre quelque chose d’impensable : 30 minutes supplémentaires du film The Stuff, l’increvable classique des années 80 que l’on pensait connaître par cœur. Le cinéaste en avait fait le deuil à contre-cœur pour répondre favorablement à la demande de New World Pictures qui voulait une action resserrée, avec moins de dialogues, de temps morts, et une musique plus légère.

Larry Cohen dans le creux de la vague

De quoi relancer l’intérêt autour de ce film de 1985 qui arrive dans la carrière de Larry Cohen à un moment compliqué. Après les flops de L’Impasse sanglante (Perfect Strangers) et Special Effects qu’il a enchaînés en 1984, le réalisateur du Monstre est vivant et de Meurtres sous contrôle reprend de l’ambition. S’il souhaite un gros budget pour son retour à la comédie horrifique, quatre ans après le garou-movie Full Moon High et quatre ans avant Ma belle-mère est une sorcière, l’ancienne société de Roger Corman – il l’a revendue en 1983 – n’y investit pas les montants voulus, puisque le projet qui devait coûter 10 millions de dollars n’en dépassera pas les 2 millions.

The Stuff en Blu-ray chez Arrow Video

Edition Ultra HD collector 2 disques chez Arrow Video / Exclusive commissioned artwork by Chris Barnes. © Arrow Video. All Rights Reserved

Peu importe, Larry Cohen va faire de cette production économe un B-movie généreux, parmi les plus enthousiasmants de sa belle filmographie : son hommage au Blob et à L’Invasion des profanateurs de sépultures, et donc à la science-fiction qui avait bercé son enfance, devient sans grand mal l’une de ses productions les plus ambitieuses. Multiplicité des décors, effets spéciaux en slow motion, maquillage grand-guignolesque, multitude de personnages… Larry Cohen s’amuse énormément à l’écran pour livrer, avec Le Monstre est vivant et La Vengeance des monstres (It’s Alive 3), sa critique la plus féroce de la société de consommation via l’attaque d’une crème de dessert voluptueuse qui ne fait pas qu’envahir les réfrigérateurs de l’Amérique des années 80.

Un casting de seconds couteaux irrésistibles

Cohen engage Paul Sorvino – le père de Mina qui viendra faire un caméo gamine sur le tournage –, tout droit sorti de Cruising et Reds, et son poto Michael Moriarty qu’il avait dirigé en 1982 dans Épouvante sur New York (Q) et qu’il retrouvera en 1987 dans It’s Alive 3, au cœur d’un casting pour le moins attrayant : le gamin Scott Bloom vu dans Madame est servie (1987-1988), Danny Aiello qui tournait la même année un clip avec Madonna (Papa Don’t Preach) et La Rose pourpre du Caire de Woody Allen, Patrick O’Neal (La Lettre du Kremlin de John Huston, 1970 ; Nos plus belles années de Sidney Pollack, 1973 ; Les Femmes de Stepford de Bryan Forbes, 1975), le vétéran Alexander Scourby dans ce qui sera son ultime film avant sa mort en février 1985, et même Patrick Dempsey pour une apparition non créditée. Forcément culte.

À la production et au générique technique, Larry Cohen retrouve des habitués, comme le jeune Paul Kurta qui a commencé comme producteur sur ses films Épouvante sur New York (1982), Perfect Strangers (1984) et Special Effects (1984), mais aussi le directeur de la photo de Perfect Strangers et Special Effects, Paul Glickman, et Armond Lebowitz qui montera sept de ses longs-métrages de cinéma entre 1980 et 1990. Une équipe ad hoc pour un cinéaste opiniâtre qui sait exactement ce qu’il veut, y compris dans les situations où le budget ne laisse pourtant pas beaucoup de marge à son équipe.

Promo The Stuff, sortie blu-ray France 2026

© Rimini Editions. All Rights Reserved

Une satire roublarde de l’industrie agroalimentaire

En mettant en scène à grande échelle l’attaque d’un yaourt tueur, Cohen s’amuse. Et comme toujours avec l’auteur, le résultat est souvent bordélique, foisonnant, à l’image du sardonique Larry Cohen qui voulait une satire adulte plus qu’un film d’horreur pour le public jeune des années 80. Pourtant, le film s’y apparente souvent, avec des effets spéciaux qui piochent dans le gore et le grotesque (merci pour la contribution du maquilleur Ed French qui livre des prothèses extraordinaires) et même des séquences entières qui flirtent avec le cinéma Amblin (le jeune adolescent qui décèle la monstruosité derrière le yaourt à la mode, que sa famille, contaminée, essaie de lui faire manger de force)… Mais on comprend que Larry Cohen le roublard n’a pas vraiment l’intention d’axer le film sur le garçonnet, préférant filmer les adultes qui tirent les ficelles, ceux de la pub, de l’agroalimentaire ou de l’armée raciste qu’il peut déboulonner de l’intérieur.

The Stuff, satire de l’Amérique des années 80, dénonce la malbouffe avant même son explosion des années 90, le cinéaste visant dans des interviews, tous ces géants voués à rendre accro la population, comme l’industrie du tabac ou l’industrie pharmaceutique.

Un échec en salle aux USA, injustement sorti directement en VHS en France

Curieusement, la version de 1h51 min, éditée en Blu-ray chez Arrow Video en 2025 à l’occasion de la réédition en Ultra HD 4K du film, s’avère bien plus équilibrée que la version de 1h28 min que l’on avait découverte en France en VHS en 1990, puis en DVD en 2003 via Mad Movies, ou même l’édition DVD/Blu-ray qu’édite en France Rimini Éditions en 2026. La version originale d’1h30 min qui avait discrètement connu une sortie en salles aux États-Unis en 1986 est plus ramassée, compacte pour mieux maîtriser le rythme et donner de l’allant à un script ponctué de rebondissements. Elle précipite un peu vite certains événements qui ne sont pas forcément les meilleurs du film (l’intervention de l’armée en toute fin pour contrer l’envahissement de ce produit alimentaire intraterrestre qui fait de ses consommateurs des zombies, des carcasses vides d’humanité, bouffées par le magma crémeux tout à fait appétissant à l’écran).

Après un échec en salles aux États-Unis dû à une sortie restreinte à quelques localités, dont il est difficile d’extirper les faibles recettes, The Stuff connaîtra une sortie VHS dans le monde entier, dont la France. CBS Fox le propose en inédit vidéo sous le titre de Stuff, avant une réédition en DVD avec le magazine Mad Movies qui le rebaptise The Stuff (Yaourt attack). Le film a largement atteint un statut de film culte mérité, allant jusqu’à une diffusion de quelques-unes de ses images dans la série Netflix Stranger Things. Les éditeurs comme Anchor Bay et Arrow Video proposent à leur tour DVD, Blu-ray et désormais 4K Ultra HD pour satisfaire les fans car, comme la jaquette de l’édition Arrow Video le suggère : « Enough is never enough ! ».

La France – qui n’a jamais connu d’édition intéressante (celles de Mad Movies, puis d’Opening en 2009, étant pauvres) – est désormais en retard d’un support, puisqu’en 2026, c’est une édition combo DVD/Blu-ray que l’on découvre. Toutefois, pour la première fois, la satire crémeuse profite d’une vraie belle édition qui vaut le coup et qui permet parfaitement de faire l’impasse sur une éventuelle sortie 4K.

Frédéric Mignard

Edition Digipack de The Stuff chez Rimini Editions

Graphise : Kaemzo Artwork. © Rimini Editions. All Rights Reserved

Le test Blu-ray de The Stuff

Édition française très satisfaisante d’un Larry Cohen culte qui mérite sa place dans la DVDthèque des amateurs de films d’épouvante et de curiosités des années 80. The Stuff rejoint en 2026 Week-end de terreur, Le Cri des ténèbres, et Le tueur frappe 3 fois dans la collection Angoisses  de Rimini.

Packaging & Compléments : 4 / 5

Le visuel du film, révisé par le graphiste Koemzo, est tout simplement magnifique et a toute sa place au sein de la collection dont on apprécie la patte esthétique et les packagings digipack d’une grande cohérence. Du bel ouvrage.

Au niveau des bonus, le combo DVD + Blu-ray ne comprend pas la version director’s cut, qui demeure à cette heure exclusive à l’édition limitée d’Arrow Video. Ce n’est pas un drame : les bonus audiovisuels et le livret d’une vingtaine de pages de Marc Toullec n’ont rien à envier à la qualité éditoriale de l’édition Arrow.

Ainsi, la cinéphile Mylène Da Silva présente le film pendant 13 minutes, avec le ton léger qui est le sien. Un peu redondant toutefois par rapport au livret Du Blob au dessert, signé par Marc Toullec, qui est bien plus précis (l’édition Arrow Video comprenait elle aussi un livret cossu de 29 pages). Le gros morceau de l’édition est le documentaire Le Stuff, vous n’en avez jamais assez, de près de 52 minutes, où interviennent Larry Cohen, Paul Kurta, l’actrice Andrea Marcovicci, un critique et l’un des responsables des effets spéciaux mécaniques du film. Déjà présente sur différentes éditions vidéo étrangères, cette présentation complète du film, proposée en HD et parfaitement montée, est une illustration de ce que l’on attend d’un supplément intelligent et consistant. Et puis retrouver Larry Cohen vivant, c’est un bel hommage, puisque le monsieur est décédé d’un cancer en 2019, à l’âge de 82 ans.

L’image : 4.5 / 5

Le master dont dispose Rimini bénéficie d’une restauration aux petits oignons qui a conservé son léger grain argentique de l’époque. La copie est superbe. Les éclairages léchés bénéficient d’un contraste équilibré, avec une colorimétrie riche, volontairement mise en avant pour retrouver l’esprit pop des années 80 qui est au cœur de la satire du film.

On retrouve toutes les caractéristiques des bons masters contemporains : texture des visages et profondeur de champ de chaque plan. Le bain de jouvence est total et sans aucune anicroche.

Le son : 3.5 / 5

Tourné en mono, The Stuff dispose ici de deux pistes en DTS-HD Master Audio.

On aime retrouver la piste française originale d’époque dans des conditions impeccables. Les dialogues ne sont jamais étouffés et sont placés à la bonne hauteur dans l’environnement sonore diégétique.

Forcément, la version originale lui est supérieure, non dans la complexité sonore qui demeure identique, mais dans un meilleur travail vocal des ingénieurs du son.

Frédéric Mignard

La Collection Angoisse Rimini Editions

The Stuff en Blu-ray chez

© Rimini Editions. All Rights Reserved

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