Mélodrame lacrymal, Woman and Child de Saeed Roustayi dénonce la situation des femmes en Iran sans faire preuve de nuances, à grands coups de rebondissements peu crédibles. Seule la réalisation se distingue par son efficacité.
Synopsis : Mahnaz, une infirmière de 45 ans, élève seule ses enfants. Alors qu’elle s’apprête à épouser son petit ami Hamid, son fils Aliyar est renvoyé de l’école. Lorsqu’un un accident tragique vient tout bouleverser, Mahnaz se lance dans une quête de justice pour obtenir réparation…
Mahnaz et sa famille
Critique : Si l’on excepte l’excellent polar La Loi de Téhéran (2019), le cinéma de Saeed Roustayi (également orthographié Saeed Roustaee) se concentre régulièrement sur des personnages féminins, ce qui est lié à sa propre histoire familiale. Avec Woman and Child, il entend à nouveau dénoncer le patriarcat qui règne en maître en Iran et mettre en avant le combat de femmes en lutte contre un régime aux lois absurdes qui prennent toujours le parti des hommes.

© 2025 Goodfellas, Iris Film / Photographie : Amirhossein Shojaei & Saeed Roustaee. Tous droits réservés.
Pour cela, il développe une histoire qui démarre plutôt bien, même si les protagonistes principaux semblent dès le début assez antipathiques. Que ce soit le gamin qui fait sa crise d’adolescent et qui apparaît comme une véritable tête à claques ou sa mère qui le protège contre tous, faisant preuve d’un aveuglement assez consternant, les protagonistes sont loin d’être attachants et cela ne va guère s’améliorer en cours de route.
Famille, je vous hais!
En réalité, aucun des protagonistes ne parvient réellement à susciter l’empathie tant ils sont veules, traitres et intéressés. Certes, cela pourrait déboucher sur une œuvre rugueuse, cruelle et marquée du sceau de la misanthropie, tout en s’en prenant finalement à l’institution majeure qu’est la famille en Iran. Et c’est d’ailleurs globalement ce que semble vouloir dire le cinéaste.
Malheureusement, pour arriver à ses fins, Saeed Roustayi se sert du genre très casse-gueule du mélodrame. Ainsi, il use et abuse de rebondissements tire-larmes que l’on pourrait croire issus des télénovelas sud-américaines. Par exemple, on a du mal à comprendre les réactions outrées de certains personnages, et notamment de l’héroïne qui devient une sorte d’ange de la vengeance, avant de trouver une forme de réconciliation surréaliste lors d’une scène finale larmoyante très peu crédible.
Woman and Child, un mélo sans aucune subtilité
Le problème essentiel de Woman and Child vient de son terrible manque de nuances. Chaque personnage incarne un archétype sans qu’aucune psychologie vienne expliquer quoi que ce soit. On retrouve également une dichotomie trop simpliste entre des hommes qui sont tous des salopards et des femmes forcément victimes. Le seul aspect un peu plus fin vient du fait que même la sororité est marquée ici par la trahison. Cela n’empêche nullement le long métrage de tomber dans les excès du film larmoyant.

© 2025 Goodfellas, Iris Film / Photographie : Amirhossein Shojaei & Saeed Roustaee. Tous droits réservés.
Avec une durée excessive de plus de deux heures pour un propos que l’on saisit dès le début, Woman and Child n’en dit pas plus que tous les films iraniens de ces dernières années, sans faire preuve de la moindre subtilité (la fin très symbolique où le seul homme de la maison est sur la terrasse, tandis que les nombreuses femmes sont à l’intérieur est d’une lourdeur impardonnable pour un auteur).
Une belle réalisation qui tourne à vide
Finalement, la seule véritable qualité de Woman and Child vient de l’interprétation, globalement convaincante et d’une réalisation qui cherche à s’affranchir du réalisme à l’œuvre en imposant une forme plus travaillée. Toutefois, les effets qui étaient parfaitement à leur place dans un thriller comme La Loi de Téhéran semblent franchement déplacés dans le cadre d’un drame qui se voudrait réaliste. Tout ceci tourne donc à vide.
Sélectionné en compétition au Festival de Cannes 2025, Woman and Child n’a pas laissé un souvenir mémorable au jury et est reparti bredouille. Il a ensuite été diffusé tardivement dans les salles françaises grâce aux bons soins de Diaphana Distribution qui lui a trouvé 111 salles d’art et essai à partir du 25 février 2026. Cette semaine-là, le métrage devait subir la concurrence de Rue Málaga (Maryam Touzani), Le Son des souvenirs (Oliver Hermanus) et Justa (Teresa Villaverde) qui s’adressaient au même public de cinéphiles pointus.
Box-office français de Woman and Child
Malgré une actualité brûlante liée à l’Iran, Woman and Child n’a attiré que 17 230 femmes lors de sa semaine inaugurale. Une misère qui n’est guère relevée par la deuxième septaine où le bouche à oreille semble contrasté : on ne compte que 8 214 retardataires pour un total misérable de 25 444 entrées sur l’intégralité du territoire. L’hémorragie est telle que le long métrage disparaît des écrans au bout de cinq petites semaines d’exploitation pour un total de 33 280 cinéphiles, visiblement déçus.
Désormais, le long métrage fait l’objet d’une sortie en format DVD et même blu-ray, à partir du 7 juillet 2026.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 25 février 2026
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© 2025 Goodfellas, Iris Film / Affiche : Le Cercle Noir pour Fidelio. Tous droits réservés.
Biographies +
Saeed Roustayi, Fereshteh Sadre Orafaee, Payman Maadi, Parinaz Izadyar, Hassan Pourshirazi, Soha Niasti
Mots clés
Cinéma iranien, La condition des femmes dans le monde, Film féministe, Festival de Cannes 2025, en compétition, Les mères au cinéma
