Drame fantastique anxiogène, Par amour d’Élise Otzenberger s’impose comme une œuvre étrange et métaphorique portée par des acteurs formidables et une écriture fine. Une proposition de cinéma intéressante.
Synopsis : Sarah et Antoine sont au bord de la rupture, fragilisés par un quotidien surchargé, entre le travail et leurs deux enfants. Un jour, Simon, l’aîné, confie à sa mère entendre des voix. Si Antoine peine à prendre la mesure du problème, Sarah décide de soutenir son fils. Jusqu’où sera-t-elle prête à aller par amour ?
Par amour aborde le fantastique en laissant la voie à l’interprétation
Critique : Actrice de formation, Élise Otzenberger a déjà écrit et réalisé la comédie dramatique Lune de miel (2018) où elle mettait déjà en scène le comédien Arthur Igual qu’elle retrouve sur ce deuxième opus. Avec Par amour (2024), la cinéaste est partie de ses angoisses de mère, mais aussi de l’observation des jeux débordant d’imagination de ses propres enfants. Elle a donc écrit un premier jet qui a ensuite été mis au propre à l’aide de Maud Ameline.

© 2024 Mamma Roman, Solab Films / Tandem Films. Tous droits réservés.
Une fois la structure établie, les deux femmes ont fait appel à l’expertise du scénariste d’origine chilienne Mauricio Carrasco qui possédait une solide culture du cinéma fantastique. L’alchimie s’est ainsi faite pour permettre au scénario de tenir la route, tout en laissant de nombreux éléments volontairement dans le flou. Certes, Par amour est bien une histoire fantastique, mais qui n’impose aucune interprétation au spectateur qui doit se faire son propre avis, et ceci jusqu’à l’ultime séquence.
De la mer à la mère
Dès la première scène à la plage, la réalisatrice glisse brillamment du réalisme le plus pur vers une sorte d’inquiétante étrangeté. La disparition soudaine de Simon – l’ainé des deux frangins – relève du mystère, d’autant plus que son comportement devient de plus en plus étrange à mesure que le temps passe. De quoi sérieusement inquiéter ses parents qui sont justement débordés par le quotidien au point d’envisager une séparation.
Petit à petit, le long métrage enchaîne les scènes étranges, voire étonnantes, notamment lorsque la mère décide de suivre Simon dans son délire apparent. Dès lors, on se demande si ce n’est pas cette femme apparemment stable qui perd pied avec la réalité. En fait, la réalisatrice distille le doute dans quasiment toutes les scènes afin de déstabiliser le spectateur. Ainsi, les apôtres du cartésianisme risquent bien de ne pas trouver leur compte dans ce second film qui appartient bel et bien au genre du fantastique psychologique.
L’enfant comme médiateur du couple ?
En ne livrant aucun explication rationnelle, Élise Otzenberger laisse chacun décider de ce qui est réel et fantasmé. Dans tous les cas, son film est assurément une métaphore sur l’amour inconditionnel entre une mère et ses enfants, mais aussi sur la croyance en la force des liens familiaux, par-delà les crises du quotidien. En réalité, on peut voir le jeune Simon comme un médiateur qui va permettre de resouder une famille bien mal en point, ce qui éclate dans la dernière séquence.
Pourtant, les amateurs de fantastique et de science-fiction peuvent tout aussi bien voir le film comme une version cheap d’E.T. (Steven Spielberg, 1982) que la réalisatrice cite justement comme une influence majeure dans son parcours personnel. Après tout, la petite créature marine que récupère Simon peut très bien être considérée comme un extraterrestre (en réalité, il s’agit d’un oursin diadème) qu’il doit ramener dans son habitat naturel. Finalement, la structure de Par amour s’avère très proche de celle du film de Spielberg, mais avec une ambiance bien plus anxiogène et un rendu bien moins commercial.
Cécile de France au firmament
Par amour parvient à inquiéter le spectateur grâce à une réalisation plutôt efficace, une photographie chiadée et une excellente musique atmosphérique de Rob. Mais bien entendu, le métrage ne serait pas aussi bon sans l’implication sans faille de Cécile de France qui donne tout en mère de famille déstabilisée par ses propres enfants, qu’elle aime pourtant plus que tout. Lorsqu’elle semble basculer dans la folie, la comédienne est absolument parfaite.

© 2024 Mamma Roman, Solab Films / Tandem Films. Tous droits réservés.
Face à elle, Arthur Igual impose une forme de masculinité fragile qui lui sied bien. L’acteur joue le trouble avec beaucoup d’aisance. Enfin, les deux enfants sont incarnés avec crédibilité par deux véritables frères qui jouent ici pour la première fois devant une caméra. Darius Zarrabian – l’ainé – paraît véritablement possédé par une entité, tandis que le petit Navid Zarrabian incarne l’innocence et la prime jeunesse avec une insouciance contagieuse.
Loin de la production française habituelle, Par amour trace donc sa route singulière avec un certain talent, même si certaines scènes sont moins réussies que d’autres. On saluera en tout cas la prise de risque dans une production hexagonale généralement timorée.
Box-office de Par amour
Malheureusement pour toute l’équipe du film, dont les efforts se voient à l’écran, Par amour a été un cuisant échec au box-office. Distribué par Tandem Films à partir du 15 janvier 2025, le métrage a trouvé 155 sites pour l’accueillir, mais seulement 15 327 spectatrices pour sa première semaine. Il s’agit d’une sacrée contre-performance pour une œuvre portée par Cécile de France. Face aux salles désespérément vides, les exploitants l’ont quasiment retiré de l’affiche dès sa seconde semaine, au point de ne générer que 484 entrées supplémentaires. La messe est dite en seulement un mois de présence à l’affiche et un résultat catastrophique de 15 933 entrées.
Sans doute cela peut-il s’expliquer par un cœur de cible mal orienté. Avec un tel titre et une affiche entièrement centrée sur Cécile de France, le distributeur a tenté de vendre un drame familial réaliste qui plairait davantage à un public féminin relativement âgé, tandis que les amoureux de fantastique ne se sont pas déplacés. Au final, personne n’y a trouvé son compte. Désormais, le film est disponible en un unique DVD ou encore en VOD. Il mérite un coup d’œil, si vous appartenez plutôt à la deuxième catégorie.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 15 janvier 2025
Voir le film en VOD

Affiche Silenzio © Tandem Distribution. Tous droits réservés.
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Élise Otzenberger, Cécile de France, Antoine Chappey, Darius Zarrabian, Navid Zarrabian, Arthur Igual
Mots clés
Cinéma français, Cinéma fantastique français, Les relations mère-fils au cinéma, Les extraterrestres au cinéma, La plage au cinéma, La famille au cinéma