Feel good movie charmant, Rue Málaga est un véritable amour de film qui provoque rires et larmes grâce à une Carmen Maura au firmament de son talent. Un succès largement mérité.
Synopsis : Maria Angeles, une Espagnole de 79 ans, vit seule à Tanger, dans le nord du Maroc, où elle profite de sa ville et de son quotidien. Sa vie bascule lorsque sa fille Clara arrive de Madrid pour vendre l’appartement dans lequel elle a toujours vécu. Déterminée à rester dans cette ville qui l’a vue grandir, elle met tout en œuvre pour garder sa maison et récupérer les objets d’une vie. Contre toute attente, elle redécouvre en chemin l’amour et le désir.
Souvenirs de la mère tant aimée
Critique : Lorsqu’est sorti Le Bleu du caftan (2022), la réalisatrice Maryam Touzani, par ailleurs épouse du cinéaste Nabil Ayouch, a subi le choc de la disparition de sa mère. Elle a alors commencé à dialoguer avec elle dans sa tête, mais en Espagnol qui était la langue d’origine de sa famille maternelle. Dès lors, la scénariste a eu l’idée de prolonger ce dialogue en y intégrant également le souvenir de sa grand-mère d’origine andalouse qui habitait rue Málaga à Tanger. Dès lors, la fiction s’est peu à peu invitée dans ce dialogue à trois, tandis que Maryam Touzani a fondu les personnalités de sa mère et de sa grand-mère dans un seul et même personnage, à savoir Maria Angeles, interprétée par la grande Carmen Maura.

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A partir de là, Rue Málaga (2025) a permis à la réalisatrice de revenir sur les traces de son passé en filmant Tanger, sa ville de naissance. Il s’agit d’ailleurs d’un personnage à part entière tant la ville s’impose dans quasiment tous les plans du film, et ceci même si la rue représentée n’est pas la véritable rue Málaga qui ne convenait pas pour un tournage.
Histoire d’une renaissance
Maryam Touzani nous invite donc à suivre les traces de Maria Angeles, veuve depuis une vingtaine d’années, qui apprend par sa fille (excellente Marta Etura) qu’elle a vendu son appartement dans son dos et qu’elle doit abandonner tout ce qui fait son quotidien. Le film débute donc comme un drame psychologique intense qui voit l’affrontement entre une mère et sa fille. Après un bref moment de reddition où elle accepte de vivre dans un EHPAD, la vieille dame décide sur un coup de tête de réintégrer son vieil appartement pendant qu’il est en vente.
Dès lors, le long métrage prend une allure plus décontractée, puisque cette femme butée fait tout pour récupérer ses meubles et pour redonner vie à cet appartement dont elle a été chassée, alors qu’elle y collectionne tous les souvenirs d’une vie. Au cours de cette quête, elle va aussi se faire de nouveaux amis et, pourquoi pas, rencontrer l’amour pour revivre enfin après vingt ans de silence monacal – le fait qu’elle ne parle qu’à une nonne qui a fait vœu de silence en dit long.
Un petit air d’Almodóvar
Toujours aussi douée pour créer une ambiance feutrée pleine de non-dits et de sentiments cachés, Maryam Touzani confirme avec Rue Málaga les espoirs placés en elle après ses deux magnifiques Adam (2019) et Le Bleu du caftan (2022). Cela vient notamment d’un regard plein d’empathie envers ses personnages qu’elle ne juge jamais. Ensuite, elle sait manier avec une rare habileté les tons afin de nous faire tour à tour rire et pleurer. Elle utilise également à bon escient une belle ambiance musicale, avec notamment une chanson espagnole qui évoque la magnifique ballade de Luz Casal entendue dans Talons aiguilles (Pedro Almodóvar, 1991).

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Pour cela, elle est aidée par une actrice absolument sublime puisque Carmen Maura exprime toutes les émotions de son personnage avec une force incroyable. On oublie la comédienne pour ne plus voir que l’incarnation de son rôle. Face à elle, le réalisateur et comédien marocain Ahmed Boulane interprète avec une grande dignité ce vieil antiquaire bourru qui va petit à petit s’ouvrir à l’amour, un sentiment que les deux êtres n’ont plus éprouvé depuis de nombreuses années, voire décennies.
L’amour en Tanger
C’est d’ailleurs la naissance de cet amour du troisième âge qui donne au film des ailes et lui octroie une allure de feel good movie. Après l’amorce dramatique, le spectateur est heureux de pouvoir suivre des protagonistes aimés dans une forme de renaissance qui finira par toucher tout l’entourage de la vieille dame à la dignité toujours intacte. Et si finalement cette situation n’avait pas amené tout le monde vers une forme de sérénité retrouvée ? Cette dimension très positive du long métrage explique sans aucun doute son succès, largement mérité, auprès du public.
Ainsi, lors de sa présentation au Festival de Venise 2025, Rue Málaga a obtenu le Prix du public, tandis que le métrage était en lice pour représenter le Maroc aux Oscars 2026. Finalement, le film n’a pas été retenu dans la short list des Oscars, mais cela en dit long sur la réception positive de la comédie dramatique dans le monde.
Box-office français de Rue Málaga
D’ailleurs, Rue Málaga continue sa belle histoire d’amour avec le public français qui a répondu présent dans les 134 salles le programmant dès le 25 février 2026. Avec 63 555 entrées dès sa première semaine d’exploitation (en comptant de nombreuses avant-premières), le film a clairement surpris en s’insérant à la 12ème place du box-office national.
Son distributeur Ad Vitam a aussitôt compris qu’il tenait là un petit bijou et a accentué sa présence en salles, permettant au drame de ne perdre que 18 % de sa fréquentation et d’arriver à plus de 115 000 tickets vendus en deux semaines. Depuis, le métrage n’a pas perdu de son entrain grâce à l’injection de plus de 450 copies sur tout le territoire. Actuellement, Rue Málaga a déjà accueilli plus de 200 000 convives et devrait poursuivre ainsi pendant plusieurs semaines, faisant du film le plus gros succès de Maryam Touzani. Elle le mérite amplement.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 25 février 2026

Le Cercle Noir pour Fidelio © Les Films du Nouveau Monde. All Rights Reserved.
Biographies +
Maryam Touzani, Carmen Maura, Marta Etura, Ahmed Boulane
Mots clés
Cinéma marocain, Cinéma espagnol, La vieillesse au cinéma, Les relations mère-fille, Portrait de femme, Romance