Comédie dramatique caustique, Sick of Myself flingue le narcissisme à l’œuvre dans nos sociétés ultra connectées et tutoie avec un certain bonheur le body horror. Intéressant.
Synopsis : Signe vit dans l’ombre de son petit ami Thomas, à qui tout réussit. En manque d’attention, elle décide de faire croire à son entourage qu’elle est atteinte d’une maladie rare. Mais le mensonge fonctionne un peu trop bien, et elle est vite prise à son propre piège.
Sick of Myself évoque le narcissisme 2.0
Critique : Pour son deuxième long métrage de fiction – après DRIB (2017), resté inédit en France – le réalisateur norvégien Kristoffer Borgli s’est inspiré de ses observations de la société norvégienne contemporaine pour livrer une parabole caustique et parfois virulente sur les dangers du narcissisme. Avec Sick of Myself (2022), il suit les mésaventures d’un couple de jeunes gens égocentriques qui vivent au quotidien une relation totalement toxique. Toutefois, point de dénonciation unilatérale chez le réalisateur qui s’en prend à l’ensemble de la société, masculine comme féminine.
Certes, le personnage interprété avec beaucoup de talent par Kristine Kujath Thorp se sent invisibilisé par son compagnon qui est un artiste contemporain à succès (incarné par Eirik Sæther, également plasticien connu mondialement), mais elle n’est pas désignée pour autant comme une victime par le cinéaste. En fait, cette jeune femme qui souffre d’un manque de reconnaissance est surtout une menteuse compulsive qui cherche la reconnaissance de son entourage par tous les moyens, y compris les plus douteux.
Prête à tout pour son quart d’heure de célébrité
Persuadée qu’elle n’existe que dans le regard des autres, elle entre en compétition avec son compagnon pour attirer l’attention. Dès lors, elle met en place une folle stratégie qui consiste en l’ingestion de médicaments dangereux afin de contracter des effets secondaires virulents. Le but est tout d’abord d’attirer la pitié de son entourage proche, mais cela prend une dimension encore plus préoccupante lorsque la mythomane cherche à acquérir son quart d’heure de célébrité, selon la fameuse expression d’Andy Warhol. A la recherche désespérée d’une existence partagée avec la foule, le personnage s’avère particulièrement pathétique, voire grotesque. Cela occasionne des scènes comiques, notamment lorsqu’elle cherche à provoquer la morsure d’un pauvre chien qui demeure flegmatique face à la folle furieuse.

© 2022 Oslo Pictures – Garage Film International – Film i Väst / Photo : Tandem Films. Tous droits réservés.
Pourtant, petit à petit, le long métrage prend d’autres atours moins sympathiques puisque les effets secondaires font basculer la comédie satirique vers le sous-genre du body horror. Physiquement mal en point, l’anti-héroïne voit son corps se rebeller contre le poison qu’elle s’inflige. Ainsi s’écroule son rêve de devenir mannequin pour le compte d’une célèbre marque qui entend favoriser l’inclusivité.
Du cinéma caustique qui provoque le malaise
Visiblement ulcéré par la société contemporaine, Kristoffer Borgli fustige à la fois les réseaux sociaux, mais aussi les nouvelles manières d’exploiter les pauvres gens sous couvert d’inclusivité. Surtout, il réserve ses flèches les plus mortelles à ces nouvelles générations qui ne vivent plus que par les réseaux et dont la vie sans intérêt s’invite partout, sur les plateformes sociales ou les plateaux télé.
Assez proche du cinéma développé par le réalisateur suédois Ruben Östlund (The Square en 2017 ou encore Sans filtre en 2022), Sick of Myself entend bousculer le spectateur par la satire et un ton caustique qui peuvent susciter le malaise. Impitoyable avec ses personnages, le cinéaste se fait finalement moraliste – et non moralisateur – lorsqu’il décrit avec jubilation la chute inexorable de ces êtres méprisables terriblement contemporains.
La carrière française de Sick of Myself
Présenté au Festival de Cannes en 2022 dans la section Un Certain Regard, Sick of Myself a également intégré la sélection de l’Etrange Festival en septembre 2022 où il a glané le Grand Prix Nouveau Genre. Ces différentes récompenses ont permis au film d’être proposé en salles fin mai 2023 par le distributeur Tandem Films. Proposé dans huit salles dans Paris intra-muros, Sick of Myself a plutôt bien démarré le mercredi 31 mai 2023 à 14h avec 256 entrées, soit une moyenne encourageante de 32 spectateurs par salle.
Sur la France entière, Sick of Myself a été proposé dans 79 salles et a attiré 14 638 curieux en première semaine. La chute est ensuite régulière d’une semaine à l’autre, avec environ 50 % de perte. Au bout d’un mois d’exploitation, le film est parvenu à doubler ses entrées initiales en tutoyant les 30 000 tickets, puis les dépassant. La comédie caustique a ensuite été éditée en DVD à partir du mois de janvier 2024, tandis que le film suivant du réalisateur sortait en salles (Dream Scenario, avec Nicolas Cage).
Critique de Virgile Dumez
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© 2022 Oslo Pictures – Garage Film International – Film i Väst / Affiche : William Laboury. Tous droits réservés.
Biographies +
Anders Danielsen Lie, Kristoffer Borgli, Kristine Kujath Thorp, Eirik Sæther
Mots clés
Festival de Cannes 2022 (Un Certain Regard), L’Etrange Festival 2022, Satire sociale, La maladie au cinéma, Les réseaux sociaux au cinéma