Hymne à la voiture et au libéralisme le plus sauvage, Course à la mort : l’ultime solution est un nanar terriblement ennuyeux et inintéressant. A fuir.
Synopsis : Dans un futur proche, alors que les véhicules personnels sont interdits, un ancien pilote de course prend la route de la Californie au volant de son bolide…
Une dystopie canadienne ambitieuse
Critique : Du milieu des années 70 à la fin des années 80, le gouvernement canadien a offert des facilités de trésorerie aux producteurs américains qui désiraient tourner des films sur leur territoire. Cela a ainsi permis de dynamiser l’industrie cinématographique locale et de faire émerger des talents locaux. Parmi eux, le réalisateur Martyn Burke ne fait pas nécessairement partie du haut du panier puisque le cinéaste venu du documentaire a jusque-là tourné des films plutôt oubliables comme The Clown Murders (1976) et Le jeu de la puissance (1978) avec Peter O’Toole.
Toutefois, le réalisateur est suffisamment confiant dans ses capacités pour se lancer dans le défi que représente The Last Chase (1981). A la fois producteur à travers sa société Argosy Films, scénariste et réalisateur, Martyn Burke parvient à obtenir un budget assez conséquent (près de 5 millions de dollars) pour réaliser son rêve de dystopie. Effectivement, l’histoire se situe dans un futur proche où le monde serait victime à la fois d’une pandémie et d’une pénurie d’essence. Dès lors, une autorité supérieure mal définie imposerait à la société la mise en commun de tous les biens, l’interdiction d’éléments polluants et donc des véhicules motorisés personnels.
Une intrigue peu cohérente et mal fichue
A partir de ce script pas plus idiot qu’un autre et largement inspiré des œuvres littéraires de George Orwell ou d’Aldous Huxley, Martyn Burke développe une histoire qui paraît intéressante dans sa première demi-heure, mais part totalement en vrille dès lors que le personnage principal incarné par Lee Majors décide de traverser les Etats-Unis à bord de sa vieille voiture de course reconstruite afin de… En fait, on ne sait pas trop bien pourquoi.
Alors que la présentation de la société futuriste bénéficie de décors plutôt corrects fondés essentiellement sur des matte paintings, la suite du film se déroule au cœur de la nature canadienne dans des paysages superbes, mais peu mis en valeur. Outre le manque de crédibilité de l’intrigue (on nous explique comment le fugitif peut se fournir en essence sans que cela soit cohérent), on se demande bien à quoi sert cet affrontement interminable entre le pilote de course et celui d’un avion de chasse incarné de manière assez pathétique par un Burgess Meredith visiblement dépassé.
Des plans sans intérêt et une absence totale de rythme
Terriblement ennuyeux à partir du moment où il devient un road movie, The Last Chase pâtit en outre d’une réalisation atone qui tient davantage du téléfilm que du grand cinéma. Inepte sur le plan visuel, le long-métrage est également complètement à côté de la plaque sur le plan idéologique. Fervent défenseur de la voiture, le film est un hymne aux véhicules motorisés et à la liberté qui les accompagne. Il se fait le pourfendeur d’une société collective totalitaire (suivez mon regard vers les Etats communistes) et développe tout un argumentaire propre à satisfaire les libéraux proches du président Reagan. Le film pourrait se résumer ainsi : laissez-nous libre de polluer sans entrave !
Pas besoin d’aller chercher si loin toutefois pour faire de ce métrage un nanar insipide qui n’a même pas pour lui de capital sympathie. Dans le rôle principal, Lee Majors est fidèle à lui-même, lui qui espérait enfin percer au cinéma avec ce titre. L’échec commercial rencontré par le produit fini l’a ramené aussitôt à la case télévision pour démarrer la série culte L’homme qui tombe à pic. Hormis le jeune Chris Makepeace qui est à l’aise, les autres acteurs semblent bien embarrassés par des rôles ineptes qui ne rendent pas hommage à leur talent. On a donc une pensée émue pour Burgess Meredith, totalement à l’ouest, ou encore Alexandra Stewart dont le personnage ne sert tout bonnement à rien.
Un bide international cinglant
Grosse déception au box-office, le long-métrage serait sorti dans quelques salles de province en France (source Encyclociné), sans que l’on puisse vraiment vérifier cette information. En tout cas, sa carrière semble bien avoir été surtout réalisée en VHS grâce à l’éditeur Vestron Vidéo qui a titré le film Course à mort : l’ultime solution, avec un superbe visuel de Melki. Depuis, le film est réapparu sur des plates-formes vidéo sous le titre La course à la mort, ou encore La course à la mort : l’ultime solution. Dans tous les cas, cela ne change guère le constat d’extrême médiocrité du produit.
Enfin, ne pas confondre ce long-métrage avec le très culte La course à la mort de l’an 2000 (1975) de Paul Bartel avec David Carradine et Sylvester Stallone. Les deux n’ont tout simplement aucun rapport.
Critique de Virgile Dumez
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© 1981 Argosy Films – Canadian Film Development Corporation (CFDC) / Affiche : Melki. Tous droits réservés.
