Us – la critique du film (2019)

Epouvante-Horreur | 1h56mn
Note de la rédaction :
6/10
6

Note des spectateurs :

Sur le mode du conte de fées cauchemardesque, Jordan Peele évoque dans Us les inégalités sociales aux Etats-Unis avec force. Son script sacrifie malheureusement son propos au nom de l’efficacité immédiate, au risque de s’y noyer.

Synopsis : De retour dans sa maison d’enfance, à Santa Cruz sur la côte Californienne, Adelaïde Wilson a décidé de passer des vacances de rêves avec son mari Gabe et leurs deux enfants : Zora et Jason. Un traumatisme aussi mystérieux qu’irrésolu refait surface suite à une série d’étranges coïncidences qui déclenchent la paranoïa de cette mère de famille de plus en plus persuadée qu’un terrible malheur va s’abattre sur ceux qu’elle aime. Après une journée tendue à la plage avec leurs amis les Tyler, les Wilson rentrent enfin à la maison où ils découvrent quatre personnes se tenant la main dans leur allée. Ils vont alors affronter le plus terrifiant et inattendu des adversaires : leurs propres doubles.

Critique : L’auteur de l’étonnant Get Out nous revient avec un nouveau concept original qui commence tout d’abord par intriguer une fois de plus, avant de nous trimbaler au sein d’une histoire pour le moins audacieuse, mais qui ne tient debout que sur le plan métaphorique. Ainsi, le cinéaste décrit ici une société américaine opulente, mais qui ne s’inquiète jamais des dommages collatéraux d’un tel mode de vie. A l’ère de Trump, il choisit de décrire une société afro-américaine qui a réussi à s’extraire des ghettos pour vivre dans l’aisance des beaux quartiers. Le rêve américain semble donc à portée de main pour n’importe quel individu, peu importe ses origines. Toutefois, le réalisateur introduit assez rapidement un grain de sable en la présence de doubles maléfiques qui viennent troubler une petite famille dans leur maison de rêve.

Copyright Universal Pictures. Tous droits réservés.

Dès lors, le réalisateur nous invite à une lutte des classes entre les privilégiés et les déclassés. Ce qui est intéressant ici, c’est que la population afro-américaine n’est pas considérée à part et qu’elle participe aussi grandement à un système inégalitaire générant de la frustration, de la rancune et donc de la violence. Lorsque cette dernière s’abat sur les personnages, elle est plutôt crue et globalement imprévisible. C’est d’ailleurs l’aspect inattendu du script qui constitue la principale qualité du film, ainsi qu’une réalisation plus maîtrisée et luxueuse que sur le précédent opus par la grâce d’un budget nettement supérieur.

Conçu comme un conte de fées maléfique – on y trouve notamment le lapin blanc cher à Lewis Carroll, ainsi que l’idée de traversée du miroir – Us débute comme une œuvre réaliste avant de plonger tête baissée dans un univers fantastique dont la logique interne nous échappe parfois. Il faut donc nécessairement abandonner son cartésianisme pour pouvoir goûter ses charmes vénéneux. L’ensemble est soutenu par une réalisation bien plus aboutie que sur le métrage précédent, même si tout ceci ressemble encore furieusement à la charte esthétique des productions Blumhouse.

Construit comme les scripts conceptuels de M. Night Shyamalan qui restent logiques, mais en prenant appui sur un point de départ absurde, Jordan Peele ne résiste pas non plus au twist de fin qui redéfinit ce que l’on a vu précédemment de manière assez intelligente, même si cela apparaît tout de même comme un gimmick de scénariste. Certes, ce twist explique certaines incohérences entrevues en cours de projection et permet de faire sens, mais il n’est qu’à moitié convaincant. Pour faire passer la pilule d’un script quelque peu bricolé, le spectateur peut compter sur l’interprétation saisissante de Lupita Nyong’o, toujours aussi impressionnante depuis sa prestation dans 12 Years a Slave. Plus maîtrisé sur le plan formel et plus ambitieux que Get Out, Us n’en demeure pas moins une œuvre inférieure même si elle a tout de même le mérite de bousculer le spectateur durant deux heures, avec un indéniable savoir-faire.

Avec 170M$ au box-office américain, le film a été un triomphe.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties cinéma de la semaine du 20 mars 2019

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