Premier film, d’un assistant de Coline Serreau et Tonie Marshall, Un beau voyou est une comédie d’humeur lunaire, qui relève d’une tradition parisienne truculente. La trame policière n’est qu’un prétexte pour des compositions de personnages attachants dans leurs chimères.
Synopsis : Le commissaire Beffrois attend la retraite avec un enthousiasme mitigé quand un vol de tableau retient son attention. Est-ce l’élégance du procédé ? L’audace du délit ? La beauté de l’œuvre volée ? Beffrois se lance à la recherche d’un voleur atypique, véritable courant d’air, acrobate à ses heures.
Critique : Premier long métrage en guise d’hymne à la ville et à ses fantaisies verticales (l’on communique beaucoup d’un toit à l’autre ou d’un étage à l’autre), Un beau voyou, film sur un jeune filou de la cambriole, prend ses distances avec le cinéma policier traditionnel pour déployer une trame de l’intime sur Paris et sa proche banlieue.
A l’aube de sa retraite, l’humeur du flic, joué par l’excellent Charles Berling, est maussade, blasée, mais toujours brossée avec une pointe d’humour sarcastique. Cela rend son personnage de père -qui se voit déjà finir seul, avec une infirmière dans la chambre attenante de son appartement pour l’accompagner en cas de cancer… potentiel-, attachant. L’idée d’une dernière résolution avant son départ lui redonne une certaine vivacité. Il s’agit de se rappeler à la vie, quand celle-ci ne lui a pas forcément servi de tremplin vers du mieux.

© Claire Nicolles – Grands Espaces
Déphasé, le flic l’est, mais dans un contexte filmique qui l’est tout autant… Son enquête dans le vol de toiles, le fait passer de l’autre côté de la toile, chez une jeune artiste pétrie de désinvolture, jusque dans sa relation amoureuse avec un jeune homme mystérieux, dont l’existence est aussi énigmatique pour elle que pour ses propres parents qui ne savent rien de son quotidien, de ses activités… Un fantôme qui passe son temps à échapper aux autres en usurpant l’existence des autres, voleur d’identité et de richesses, plus par instinct existentiel que pour des raisons mafieuses ou financières. Swann Arlaud, révélation de Petit Paysan, au physique sans âge, est parfait pour dégager le sentiment d’impénétrabilité de son personnage de voleur romantique, toujours dans la fuite. Au gré de scènes qui s’apparentent à des peintures urbaines d’une capitale rohmérienne, l’on vient un moment à s’écarter du personnage de Berling, pour donner plus d’arrière-plan familial à ce bel inconnu… La famille, la relation aux parents, et notamment au père (y compris ceux qui ne le sont pas encore), tout cela forme une thématique récurrente qui sert de ciment à cette comédie lunaire qui réfléchit implicitement sur la place de chacun dans une société normée, où l’aboutissement, peu importe ses efforts pour fuir, oriente l’homme vers la conscience de son inéluctable solitude et, évidemment, de sa propre finitude. C’est rigoureux, mais léger, plus poétique que policier. Dans tous les cas, c’est un vrai bon premier film qui se recommande.
En 2023, avec A toute allure, le réalisateur Lucas Bernard ne réitèrera pas.
Les sorties de la semaine du 2 janvier 2019

© Claire Nicolles – Grands Espaces
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Lucas Bernard, Guillaume Bouchède, Charles Berling, Swann Arlaud, Alassane Diong, Jennifer Decker