Tolkien : la critique du film (2019)

Biopic | 1h51min
Note de la rédaction :
5/10
5
Tolkien, affiche du biopic

Note des spectateurs :

Tolkien est un biopic pas désagréable, mais serti d’un académisme suranné plus préoccupé par la propreté de ses images que par l’incarnation de l’auteur et de ses idées.

 Synopsis : TOLKIEN revient sur la jeunesse et les années d’apprentissage du célèbre auteur. Orphelin, il trouve l’amitié, l’amour et l’inspiration au sein d’un groupe de camarades de son école. Mais la Première Guerre Mondiale éclate et menace de détruire cette « communauté ». Ce sont toutes ces expériences qui vont inspirer Tolkien dans l’écriture de ses romans de la Terre du Milieu.

L’enfance et les premières amours d’un visionnaire

Critique : L’entreprise n’a rien de simple. Comment représenter Tolkien, ce créateur de mondes, amoureux des mots, visionnaire qui transforma à jamais le paysage de la littérature d’aventures ?

En racontant – pourquoi faire original ? – sa jeunesse, évidemment.

De son enfance avec son frère et sa mère malade, à Sarehole, en Angleterre, aussi verdoyant que la Comté, à l’industrielle Birmingham en orphelinat, noir charbonneux et rouge liquide, de celui des forges renvoyant aux machineries creusant la terre d’Isengard et à la Montagne du Destin, en passant par les tranchées et le No Man’s Land de la Première Guerre Mondiale comme décalque visuel des terres désolées du Mordor, Tolkien est assurément un petit voyage dans les inspirations d’un cerveau génial et parfois tourmenté.

 

Les germes d’Aragorn et Arwen à travers l’histoire personnelle de Tolkien

 

Mais ce qui meut le film, ce sont les relations qu’il noue au cours de sa jeunesse et qui marqueront sa vie entière.

Ses amis d’enfance et compagnons d’études à la King Edward’s School tout d’abord, avec lesquels il forme une société secrète, le Tea Club and Barrovian Society, du nom du salon de thé le Barrow’s, dans lequel ils se retrouvent souvent. Une « communauté » qui reste soudée à Oxford et pendant la Guerre, qui fait parcourir à Tolkien de long en large le No Man’s Land pour retrouver Geoffrey Smith avec qui il se sent encore plus lié, tels Sam et Frodon en plein Mordor.

Et puis Edith Ann Bratt, qu’il rencontre tout jeune à la pension qui l’héberge, avec lequel il se sent tout de suite étroitement lié d’un amour naissant qu’il leur semble impossible d’assouvir puisque le tuteur de Tolkien, père Francis Morgan, la juge responsable de ses piètres résultats en classe et fait tout pour l’éloigner d’elle. Belle et diaphane à ses yeux comme une elfe, c’est en germe l’histoire d’Aragorn et d’Arwen.

 

Nicholas Hoult dans Tolkien

Copyrights : Twentieth Century Fox /Searchlight Pictures

De l’ouvrage lisse et propret

 

Le film, propret dans sa mise en scène, nous indique bien les correspondances entre la vie de Tolkien et son œuvre. Des dessins de l’auteur figurent à l’écran pour évoquer les visions en gestation. Mais tout cela peine à nous sauver d’un ennui poli. Tout n’est qu’illustration et bavardages, et les quelques idées de mise en scène (un plan de coupe de la campagne verdoyante à la ville industrialisée, un bavardage sur les arbres qui entourent les protagonistes) sont trop survolées pour réussir à capter le cœur vibrant de la fantaisie de Tolkien : la fraternité et le courage, certes, mais aussi la nature et les bonheurs simples face à la modernisation à marche forcée.

 

Un biopic à Oscars trop télévisuel pour les statuettes

 

À peine sauvera-t-on la photographie de Lasse Frank, qui réussit quelques tableaux saisissants. Mais ceux-ci sont parfois gâchés par un sur lignage excessif des visions de Tolkien en plein champ de batailles, avec silhouette géante numérique qui esquisse un roi des ténèbres et chevaliers noirs dans des décors vides d’un autre âge.

Sur le rapport entre la fiction, la réalité et l’amour naissant, empêché puis retrouvé, on a vu bien mieux, notamment dans le Reviens-moi de Joe Wright, qui se préoccupait aussi de mise en scène.

Dans cette production Searchlight Pictures, tout semble tout droit sorti d’un téléfilm de luxe de la BBC, rien de franchement désagréable, donc, mais l’ensemble est bien trop formaté pour d’hypothétiques récompenses, et d’ailleurs le film ne fut nullement convoqué aux Oscars et n’est donc de ce fait pas sorti dans la période faste de fin d’année.

On se dit à la fin que J.R.R. Tolkien méritait mieux.

 

Critique : Franck Lalieux

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Tolkien, affiche du biopic
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