Portrait intéressant du retour à la vie civile de trois soldats, Sentinelle sud brasse trop de thèmes à la fois, mais bénéficie d’une solide interprétation de l’ensemble du casting. Niels Schneider y est notamment excellent.
Synopsis : Aux lendemains d’une opération clandestine qui a décimé son unité, le soldat Christian Lafayette est de retour en France. Alors qu’il essaie de reprendre une vie normale, il est bientôt mêlé à un trafic d’opium pour sauver ses deux frères d’armes survivants. La mission dont ils sont les seuls à être revenus n’était peut-être pas celle qu’ils croyaient…
Sentinelle sud, un premier essai au sujet intéressant
Critique : Célébré dans de nombreux festivals pour son premier court-métrage Hautes herbes (2001), le cinéaste Mathieu Gérault a connu bien des vicissitudes. Son premier essai au format long intitulé Journal IV (2005) n’est jamais sorti en salles et un trou d’une quinzaine d’années s’immisce dans sa filmographie, avant qu’on le retrouve à la barre de Sentinelle sud (2021). De fait, ce drame sur fond de thriller peut être considéré comme son premier vrai long-métrage.
Le cinéaste prend comme point de départ le retour difficile à la vie civile d’un jeune engagé dans la guerre contre les talibans en Afghanistan. Une thématique souvent abordée par le cinéma américain, mais moins fréquemment en France. A ce point de départ qui entend suivre le parcours de quelques anciens militaires dans leur difficile réinsertion à la vie civile, le réalisateur ajoute une dimension plus commerciale en évoquant un trafic d’opium. Alors que le film semble surfer de manière un peu maladroite entre deux genres différents, à savoir le drame intimiste et le thriller, les deux éléments de l’intrigue finissent par se recouper dans une dénonciation des pratiques de certains militaires français qui n’ont pas hésité à profiter du trafic de drogue présent en Afghanistan pour négocier avec les talibans, et certains pour s’enrichir.
Qui trop embrasse, mal étreint
Malheureusement, Mathieu Gérault entend traiter bien des sujets dans ce premier long où il semble avoir voulu entremêler des thématiques différentes sans jamais les approfondir. Ainsi, il évoque aussi bien les ravages de la colonisation, les problèmes rencontrés par les fils d’immigrés pour s’intégrer en France que les manques de la psychiatrie française actuelle. Autant d’éléments qui enrichissent considérablement la projection, mais qui finissent par se télescoper les uns les autres, au risque de faire perdre au spectateur le véritable fil rouge narratif de l’œuvre.

© 2021 Agat Films & Cie – Auvergne Rhône-Alpes Cinéma / Photo : UFO Distribution. Tous droits réservés.
Malgré ce défaut assez récurrent dans les premières œuvres, Sentinelle sud n’en demeure pas moins un film intéressant à suivre par son regard attentif envers ses personnages principaux. Ravagés par leur vécu traumatique au cœur de la guerre, les trois protagonistes de retour en France sont soit traumatisés sur le plan psychologique – belle prestation de Thomas Daloz – soit handicapés sur le plan physique – toujours très bon Sofian Khammes. Mais celui qui semble le moins atteint – excellent Niels Schneider, toujours formidable lorsqu’il s’agit d’intérioriser les sentiments – n’est pas exempt de traumas, sans doute moins visibles, mais tout aussi handicapants pour reprendre une vie normale.
Niels Schneider, tout en intériorité ravagée
Le réalisateur chausse à quelques reprises les pas du thriller, mais le spectateur doit surtout considérer Sentinelle sud comme l’étude psychologique d’un soldat qui doit faire la paix avec lui-même. Pour cela, il devra trouver la vérité sur ce passé qui ne passe pas, afin de retrouver le goût de la vie. Pour faire ressentir ce parcours intérieur, Mathieu Gérault a eu l’excellente idée de confier la composition musicale aux frères russes Evgueni et Sacha Galperine, avec qui il a déjà travaillé au début des années 2000. Leur musique est à la fois discrète et indispensable pour soutenir les images de Laurent Brunet, leur octroyant une profondeur supplémentaire et une émotion à fleur de peau qui finit par toucher, d’autant que Niels Schneider irradie proprement l’écran de sa présence formidable.
Parfois inégal dans sa construction narrative, Sentinelle sud est donc un premier film attachant qui parvient à créer une ambiance à la fois tendue et en même temps intériorisée, à l’image des sentiments du personnage principal. Malheureusement, cette sortie UFO Distribution est arrivée en salles au pire moment pour l’exploitation, avec des scores ridicules pour le cinéma d’art et essai. Ainsi, lors de la séance parisienne de 14h du mercredi 27 avril 2022, le drame n’a attiré que 161 spectateurs dans 8 salles.
L’un des nombreux films français victimes de la sinistrose post Covid-19
La suite de son exploitation fut à l’avenant avec une première semaine française établie à 12 440 militaires égarés dans 107 cinémas et une sinistre 19e place. Le métrage perd plus de 50 % de ses entrées pour se situer à la 41e place en deuxième semaine, avec 5 668 retardataires. Sentinelle sud s’effondre en 3e semaine et perd 70% de sa fréquentation avec une 48e place à 1 697 spectateurs dans 106 salles (moyenne alarmante de 16). En conséquence, toutes les salles se débarrassent du mauvais pion en 4e semaine pour une chute considérable de 84%. Il ne lui reste plus que 9 écrans pour 274 spectateurs. C’est dans ce contexte que le film dépasse les 20 000 spectateurs.
Il s’agit clairement d’une injustice, uniquement réparable en VOD ou en DVD.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 27 avril 2022
Acheter le film en DVD
Voir le film en VOD

© 2021 Agat Films & Cie – Auvergne Rhône-Alpes Cinéma / Affiche : Marc Lafon. Tous droits réservés.
Biographies +
Mathieu Gérault, Niels Schneider, Saadia Bentaïeb, Denis Lavant, Sofian Khammes, India Hair, David Ayala, Thomas Daloz
Mots clés
Thrillers français, L’Afghanistan au cinéma, UFO Distribution