Schlock, le tueur à la banane…! : la critique du film et blu-ray (1976)

Comédie, Parodie, Film de monstre | 1h19min
Note de la rédaction :
7/10
7
Schlock, affiche de la reprise 1984

  • Réalisateur : John Landis
  • Acteurs : John Landis, Saul Kahan, Eliza Roberts (Eliza Garret)
  • Date de sortie: 10 Mar 1976
  • Nationalité : Américain
  • Titre original : Schlock
  • Scénariste : John Landis
  • Distributeur : Commodore Films Paris (1984)
  • Éditeur vidéo : VIP (VHS originelle) / Carlotta (Blu-ray, 2019)
  • Date de sortie blu-ray : 3 juillet 2019 (DVD & blu-ray, restauré 4K)
  • Box-office : Paris-Périphérie : 3 589 entrées (1976) / 4 688 entrées (1984)
Note des lecteurs

Un pastiche de King Kong par John Landis totalement hilarant. Schlock ouvrait, au début des années 70, des perspectives historiques à la parodie et, dans une magnifique version 4K, se redécouvre aujourd’hui comme une oeuvre de l’absurde signifiante, qui a influencé toute un pan de la comédie américaine, notamment celle des ZAZ (Zucker, Abrahams et Zucker).

Synopsis : Depuis trois semaines, la ville de Canyon Valley est le théâtre d’une série de meurtres sanglants. Surnommé le « tueur à la banane », le dangereux criminel est en réalité un gorille âgé de vingt millions d’années, le Schlockthropus. Pourchassé par la police, Schlock va découvrir l’amour en la personne de Mindy, une jeune aveugle qui le prend pour un chien…

Schlock, un film invendable

Critique : Pendant très longtemps visible sur des copies déplorables, reflétant les conditions de tournage de son budget de série ultra B(is), Schlock errait sur les plateformes de streaming, à partir de transferts médiocres (copie VHS de l’ère V.I.P, du nom de l’éditeur vidéo qui fut le premier à l’éditer en cassette en France…)…ce n’était pas beau à voir. De surcroît, rares ont été ceux qui ont saisi l’opportunité de le découvrir sur le grand écran, puisque sorti en catimini dans les années 70, puis exploité à nouveau en 1984, sans succès, ce film invendable, grotesque dans la forme, le fond et donc le marketing (audacieux ce titre, à bien des égards), a fait un four à chaque fois, devenant l’un de ces objets du 7e art – celui de la bricole -, valeureux, mais totalement méconnu des cinéphiles peu curieux.

Il s’agit pourtant du premier film de John Landis, jeune prodige américain, à la chute aussi fulgurante que l’ascension (voir ici)  qui, après quelques années en Europe, à jouer les seconds rôles dans des westerns spaghettis, plaçait toutes les économies fièrement amoncelées sur les plateaux, entre ses 18-21 ans, dans un long métrage hirsute, où il cumulait les casquettes. Metteur en scène, producteur, scénariste, il en était aussi l’acteur principal, puisque, derrière le costume et le maquillage franchement sidérant du gorille réalisé par le débutant Rick Baker (Le loup-garou de Londres, le clip de Michael Jackson Thriller, également réalisé par Landis), se cachait en fait le futur réalisateur des Blues Brothers. Le jeune homme de 21 ans dirige son équipe, fièrement grimé, déambule et gesticule devant la caméra, trucidant une armée de civiles, de flics, et une armée tout court. Car le Schlock, singe préhistorique de sortie en Californie, n’épargne personne, ni les enfants, ni les adolescents… Il n’est pas là pour rigoler, même si, il va bien nous faire marrer. Et pas qu’un peu.

Le regard de John Landis derrière le Schlock

SCHLOCK © 1973 GAZOTSKIE FILMS, INC. Tous droits réservés.

Né dans l’esprit azimuté de Landis d’un désir de parodier les films de monstre de son époque – il avoue dans les bonus du blu-ray avoir voulu tourner en ridicule L’abominable hommes des cavernes (Trog, en VO!), l’un des derniers films de Joan Crawford, réalisé par Freddie Francis, qu’il avait dégusté dans un double, voire triple programme, d’un cinéma de quartier, et qui l’avait sidéré de par sa nullité extrême. Entre Trog et Schlock, on n’est pas à une onomatopée près, et habité d’un humour ravageur, le réalisateur de Animal House (American College, en VF) allait faire ses essais en tant que réal et découvrir les joies du montage.

Tellement mauvais que cela en devient jouissif

Schlock n’est pas un bon film, mais pourtant, il est absolument jouissif dans son existence même. Avec son scénario assez débilitant, qui avance dans l’invraisemblance la plus totale, la parodie monstrueuse s’essaie au grand déboulonnage de ce qui fait un divertissement, de sa promotion (la bande-annonce) à la projection même du film, et à ses perspectives économiques (l’annonce d’une suite inévitable en toute fin). Et il en a (de la suite) dans les idées, le père Landis. En avance sur son temps, il délivre un spectacle qui préfigure les comédies des ZAZ (les deux franchises Y a-t-il -un pilot/un flic…) et du Saturday Night Live… Il déconstruit son métrage, le plonge dans des mises en abîmes formidables (la séquence où le singe tueur assiste avec le public d’un cinéma à un double-programme, incluant le Blob/Danger planétaire et autre nanars délirants…), insère des images d’archives de studio (les fameux stock-shots) qui n’ont rien à voir avec son film et pose déjà toutes les formules qui feront le succès des teen-movies à venir (la séquence du bal de fin d’année qui devient la scène d’un massacre, à la manière du Bal de l’horreur ou de Carrie).

Eliza Garrett, future belle-sœur de Julia Roberts.

Eliza Garrett, future belle-sœur de Julia Roberts. SCHLOCK © 1973 GAZOTSKIE FILMS, INC. Tous droits réservés.

John Landis, à peine 21 ans, distille un vent de folie, souffle le grotesque et l’absurde et de ce fait pousse la série B des années 50-60, vers la sortie. Les seventies s’installent donc dans le bordel généralisé et la contagion sera impressionnante. De sa génération, l’on verra naître les Joe Dante, Spielberg, Coppola, Brian de Palma et bien d’autres. Indirectement, l’on  remercie l’infamie Schlock de son existence. Plus que jamais, sa légitimité cinématographique est totale et l’on prend un plaisir total à redécouvrir sa satire médiatique d’une Amérique hypocrite qui en prend pour son grade. Le culte a donc un nom simiesque pour un résultat totalement désopilant.

Anecdotes : Sorti le 10 mars 1976, Schlock est programmé dans 4 salles à Paris intra-muros (l’UGC Marbeuf, la Clef, l’Action Christine et l’Action Lafayette). Il réalise 3 589 entrées en première et dernière semaine d’exploitation. Il connaît une reprise inespérée le 4 juillet 1984, fort du succès grandissant de l’auteur. Cette fois-ci, le film est distribué dans 8 salles à Paris et sur 10 écrans de périphérie. Le film passe totalement inaperçu, avec 4 688 entrées en première et dernière semaine sur les écrans.

Schlock, affiche de la reprise 1984

Illustration 1984 : Okley – SCHLOCK © 1973 GAZOTSKIE FILMS, INC. Tous droits réservés.

Le Blu-ray

Edition impeccable d’un film rare qui se retrouve ici exhumé dans une copie 4K parfaite !

Suppléments : 3.5/5

De bons suppléments viennent apporter leur contexte au film. Une longue interview contemporaine de John Landis avec des journalistes allemands démontre parfois un goût pour l’approximation et de l’exagération du cinéaste (deux ans de déjeuner avec Hitchcock, tous les jeudis, à l’époque de Schlock, M. Landis? Mais il ne décédait pas un peu, le vieux Britannique, en 1980?!!!), mais quelle richesse en anecdotes…

Outre ces 40 minutes instructives, Carlotta nous propose également un entretien de 8 min avec le chef op Bob Collins (aussi connu sous le nom de Robert Collins), un document ancien, le Monsieur étant décédé en 2008. Le directeur de la photo revient notamment sur ce tournage fou, avec un réalisateur grimé en gorille aux commandes.

On apprécie la présence des bandes-annonces des différentes époques qui montre l’évolution dans l’exploitation de Schlock en salle, jsuqu’à son titre, à géométrie variable (de la série B  au Z assumé).

Non parcouru, et très certainement précieux pour les cinéphiles, le commentaire audio de John Landis et Rick Baker s’annonce comme un must-have pour les téléspectateurs qui ont du temps pour fouiner dans les greniers du 7e art.

L'image propre de Schlock en blu-ray 4K chez Carlotta

SCHLOCK © 1973 GAZOTSKIE FILMS, INC. Tous droits réservés.

Image : 5 / 5

On ne plaisante pas avec la qualité de l’image. Le master restauré en 4K est impressionnant de beauté, de luminosité… Jamais on n’aurait pu imaginer nos vieilles copies du film accoucher de pareille précision. Ce n’est plus à un vieux Schlock délavé qu’on a affaire, mais bel et bien à un jeune singe pimpant, sur un fond luxuriant d’une Californie de western, chaude, au ciel infiniment bleu… C’est l’une des surprises de cette édition.

Son : 4 / 5

On n’a pas grand-chose à reprocher aux pistes sonores ; les pistes 1.0 ont largement été débarrassées des velléités du temps. Le doublage français est drôle comme il faut. Il s’agit de celui des années 80, comme le démontre la mention de Michael Jackson, totalement anachronique dans le contexte historique du film. Dialogues distincts, voix délicieusement à-propos qui de se détachent d’un ensemble sonore riche (les effets sonores sont toujours d’une grande importance dans la parodie). On se régale.

Critique : Frédéric Mignard

Affiche Schlock de John Landis

SCHLOCK © 1973 GAZOTSKIE FILMS, INC. Tous droits réservés.

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Schlock, affiche de la reprise 1984

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