Personne n’a entendu crier : critique du film et test blu-ray (1973)

Thriller, Giallo | 1h31min
Note de la rédaction :
6/10
6
Personne n'a entendu crier, jaquette flat

  • Réalisateur : Eloy de la Iglesia
  • Acteurs : Antonio Casas, Vicente Parra, Eloy de la Iglesia, Carmen Sevilla, Tony Isbert
  • Date de sortie: 23 Mar 1973
  • Année de production : 1973
  • Nationalité : Espagnol
  • Titre original : Nadie oyó gritar
  • Titres alternatifs : No One Heard the Scream (titre international) / Ninguém a Ouviu Gritar (Brésil)
  • Casting : Carmen Sevilla, Vicente Parra, María Asquerino, Antonio Casas, Goyo Lebrero, Felipe Solano, Ramón Lillo, Antonio del Real, Tony Isbert, Eloy de la Iglesia
  • Scénaristes : Antonio Fos, Gabriel Moreno Burgos, Eloy de la Iglesia
  • Monteur : Antonio Ramírez de Loaysa
  • Directeur de la photographie : Francisco Fraile
  • Compositeur : Fernando García Morcillo
  • Chef Maquilleur : Manolo Marín
  • Chef décorateur : Eduardo Torre de la Fuente
  • Directeur artistique :
  • Producteur : Óscar Guarido
  • Producteur exécutif : Óscar Guarido
  • Sociétés de production : P.I.C.A.S.A., Producciones Benito Perojo
  • Distributeur : Film inédit en salles en France. La date ci-dessus est celle de la sortie du film à Barcelone en Espagne.
  • Distributeur reprise :
  • Date de sortie reprise :
  • Editeur vidéo : Artus Films (DVD et blu-ray, 2026)
  • Date de sortie vidéo : 3 mars 2026
  • Formats : 1.85 : 1 / Couleurs / Son : Mono
  • Illustrateur/Création graphique : © Benjamin Mazure d'après l'affiche espagnole signée Montalban. Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © Artus Films, Mercury Films. Tous droits réservés / All rights reserved
Note des spectateurs :

Thriller à machination proche des gialli italiens, Personne n’a entendu crier intéresse surtout pour sa subversion du genre. Son intrigue, elle, n’apparaît pas forcément très crédible. Une curiosité à découvrir tout de même.

Synopsis : Elisa, une jolie escort girl de luxe vit seule dans son appartement d’un immeuble moderne, avec un couple comme seuls voisins. Un matin, elle voit par hasard le mari, Miguel, en train de traîner le corps de sa femme dans la cage d’ascenseur. L’assassin va alors l’obliger à l’aider pour faire disparaître le cadavre, la faisant ainsi passer du statut de témoin à celui de complice. Une relation trouble naît entre eux.

Un “giallo” à l’espagnole

Critique : Après avoir connu deux beaux succès en Espagne avec ses thrillers Le Plafond de verre (1971) et La Semaine d’un assassin (Cannibal Man) (1972) qui ont surtout connu des ventes satisfaisantes à l’étranger, Eloy de la Iglesia devient un réalisateur fort demandé en ce début des années 70, toujours marquées par le franquisme. Des producteurs lui proposent alors de s’emparer une nouvelle fois du genre qui semble si bien lui réussir à travers un scénario de Antonio Fos et Gabriel Moreno Burgos qu’il est également chargé de retravailler.

Avec Personne n’a entendu crier (1973), Eloy de la Iglesia se charge donc d’effectuer une commande, avec pour mission de retrouver la saveur des thrillers italiens à machination que l’on nomme aussi gialli. Ici, le long métrage n’est pas tant un giallo par la présence d’un assassin puisque le modus operandi n’est pas une arme blanche que par une esthétique baroque qui se retrouve notamment dans l’emploi de couleurs criardes et tranchées. Ainsi, toute la première partie se déroulant entre Londres et Madrid bénéficie d’un cadre urbain qui mêle à la fois esthétique psychédélique – avec notamment l’emploi d’une musique prog-rock typique de l’époque – et bariolée à la Mario Bava.

Un film de genre perverti de l’intérieur

Pourtant, comme souvent avec Eloy de la Iglesia, cinéaste de la subversion s’il en est, le genre du thriller est régulièrement malmené et perverti de l’intérieur par un cinéaste qui compose déjà une œuvre cohérente. Alors que le régime franquiste est toujours très présent, avec sa chape de plomb catholique, Personne n’a entendu crier ose ériger en héros un assassin notoire et une prostituée, même si le terme n’est jamais clairement employé. De plus, la fin – que nous ne dévoilerons pas – organise un twist totalement inattendu qui fait des victimes des bourreaux. Dès lors, plus personne n’est à sauver dans cette œuvre au cynisme assumé, et même proclamé par le personnage principal.

Personne n'a entendu crier, photo

© Artus Films, Mercury Films. Tous droits réservés.

Pour autant, le twist, typique des thrillers à machination transalpins, n’est pas forcément le plus crédible qui soit. Les auteurs ont donc privilégié le choc de la révélation à la crédibilité de l’intrigue. Finalement, le plus intéressant dans Personne n’a entendu crier vient du portrait en creux qui est fait de l’Espagne franquiste. Ainsi, Eloy de la Iglesia met en scène un pays replié sur lui-même où toutes les perversions sont à l’œuvre, pour peu que cela demeure secret.

Des comédiens utilisés à contre-emploi

Le cinéaste filme notamment le maquereau interprété par Tony Isbert comme il le fera par la suite avec ses jeunes héros du cinéma quinqui, en érotisant au maximum son corps de jeune adulte. Le réalisateur homosexuel ne cesse de faire tomber la chemise de ses héros masculins tandis qu’il reste très respectueux envers le corps de l’actrice Carmen Sevilla.

D’ailleurs, l’autre subversion vient de l’emploi de comédiens qui furent d’anciens jeunes premiers du cinéma franquiste des années 50. Ainsi, Carmen Sevilla, à plus de 40 ans, compose une prostituée de grande classe, tandis que Vicente Parra retrouve un rôle fébrile comme dans La Semaine d’un assassin (Cannibal Man), le précédent thriller dérangeant du cinéaste.

Personne n’a entendu crier, un inédit à découvrir chez Artus Films

Sans doute moins réussi que bon nombre de films de son auteur, Personne n’a entendu crier demeure un thriller correct, surtout porté par une ambiance perverse du meilleur effet. Cela n’a pas suffi pour que l’œuvre sorte au cinéma en France, comme la majorité des films du réalisateur, décidément méconnu dans notre contrée. Il est aujourd’hui grand temps de se rattraper grâce à ces éditions DVD / Blu-ray de chez Artus Films qui bénéficient en plus de belles restaurations.

Critique de Virgile Dumez

Acheter le film en DVD / blu-ray

Personne n'a entendu crier, jaquette 3D

© Artus Films, Mercury Films / Jaquette design : Benjamin Mazure, d’après une affiche espagnole de Montalban. Tous droits réservés.

Biographies +

Antonio Casas, Vicente Parra, Eloy de la Iglesia, Carmen Sevilla, Tony Isbert

Mots clés

Cinéma espagnol, Giallo, Les violences conjugales, La guerre des couples, La manipulation au cinéma

Le test blu-ray

Artus Films continue à défricher l’œuvre du cinéaste Eloy de la Iglesia pour notre plus grand plaisir, d’autant que d’autres titres majeurs sont annoncés prochainement. Test réalisé à partir du produit finalisé.

Packaging & Compléments : 3,5 / 5

Le film bénéficie d’une édition avec étui proposant une variante de l’affiche originale espagnole d’époque. A l’intérieur, le Digipack s’ouvre sur une autre variante de l’affiche ibérique, toujours signée Montalban, tandis qu’une photographie de Carmen Sevilla orne l’autre volet. Au centre, on retrouve les galettes en DVD et blu-ray.

En ce qui concerne les suppléments, on ne compte ici qu’une seule intervention de 26min de Marcos Uzal qui replace le film dans son contexte, puis évoque l’idée d’une trilogie informelle avec les deux thrillers précédents du réalisateur. Il revient aussi sur le caractère hitchcockien du film et démontre que le réalisateur emploie un ton cynique assez similaire à celui de Frenzy (Alfred Hitchcock, 1972) qui est directement cité dans le film par le biais d’une affiche de cinéma. Et effectivement, cette analyse tient plutôt bien la route et donne un autre aperçu sur le thriller. Nous n’avons donc pas insisté sur ce point dans notre critique, afin de laisser la primeur de son analyse à Marcos Uzal.

L’image du blu-ray : 4,5 / 5

Le long métrage a été restauré en 2K, ce qui se voit immédiatement à l’écran par une précision chirurgicale de l’image, un piqué très maîtrisé et une colorimétrie particulièrement chaleureuse. La photographie très solaire, qui contraste avec l’aspect sombre du film, est magnifiquement rendue, notamment dans la partie centrale située au bord d’un lac. Le rendu est donc tout à fait satisfaisant, au vu de la rareté du thriller en France.

Le son du blu-ray : 3,5 / 5

Le film est proposé en version originale sous-titrée mono, puisqu’aucun doublage français n’existe. Peu importe au vu du public de cinéphiles visé. Le mono est plutôt clair en ce qui concerne les voix des acteurs, ainsi que la musique, par ailleurs très présente, voire un peu envahissante parfois. Toutefois, on note un léger souffle lors des rares plans muets ou plus silencieux. La restauration du son a donc ses limites, sans que cela soit particulièrement gênant.

Test du blu-ray : Virgile Dumez

Personne n'a entendu crier, jaquette détails

© Artus Films, Mercury Films / Jaquette design : Benjamin Mazure, d’après une affiche espagnole de Montalban. Tous droits réservés.

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