Péplum mythologique dynamique, Persée l’invincible séduit par son rythme alerte et son ambiance fantastique du meilleur effet. Du cinéma de quartier efficace.
Synopsis : Avide de puissance et de conquête, le cruel Galinor lance ses troupes à l’assaut de la paisible ville de Cyripos. Amoureux de la belle Andromède, fille du roi de Cyripos, l’humble Persée est désigné par le destin pour repousser l’envahisseur hors des murs de la cité. Une mission à la mesure des plus grands héros de l’Olympe, d’Hercule à Ulysse. Tour à tour vainqueur d’un titanesque monstre marin et de Méduse, qui transforme ceux qui la regardent en statue de pierre, Persée affronte Galinor et sa garde rapprochée dans une ultime épreuve.
La mythologie pour les nuls
Critique : Les années 1962-1963 représentent le sommet du péplum italien en termes de quantité de produits déversés sur les écrans européens. La qualité, elle, va déclinante et de nombreux producteurs se livrent à des opérations juteuses en misant peu d’argent. À l’intérieur de cette production pléthorique et souvent très médiocre, quelques films parviennent à sortir du lot. C’est notamment le cas de Persée l’invincible (1963), injustement accusé d’être un infâme nanar, à cause des libertés qu’il prend avec la mythologie.
Effectivement, comme la plupart des films de cette époque, la légende de Persée est ici triturée de telle manière que l’on ne reconnaît plus rien de l’histoire originale. Les scénaristes ont utilisé les noms des personnages mythologiques, mais ont refondu l’intégralité du mythe pour en faire tout autre chose. Et de fait, on ne trouvera pas ici la moindre subtilité ou ambiguïté puisque Persée est un pur héros, la belle Andromède une oie blanche et les méchants sont particulièrement odieux. Ces archétypes permettent au spectateur de se repérer immédiatement au cœur d’une histoire classique de conquête du pouvoir et de blocage des voies d’accès maritimes pour empêcher la cité voisine de faire du commerce.
Une ambiance fantastique très plaisante
Toutefois, à l’intérieur de ce schéma traditionnel du péplum antique, le scénariste Mario Caiano et le réalisateur Alberto De Martino ont injecté des éléments fantastiques qui font toute la différence. Ainsi, dès le premier quart d’heure, Alberto De Martino grille ses cartouches en nous montrant ses deux attractions principales que sont un monstre marin géant et une méduse qui ressemble à un arbre vivant. Ces effets spéciaux ont été conçus par un certain Carlo Rambaldi qui était à ses débuts. Souvent moquées sur les forums actuels, ces deux créatures s’avèrent pourtant plutôt réussies au regard des effets de l’époque. Certes, le monstre marin ne possède qu’un unique mouvement du cou et paraît terriblement statique. Toutefois, le réalisateur parvient à le filmer de manière à faire illusion.
Mais le plus bel effet vient de la Méduse sous forme d’un arbre vivant. On aime vraiment beaucoup toutes les apparitions de cette bien étrange créature, d’autant qu’elles se situent dans une vallée angoissante où gisent les corps pétrifiés des guerriers vaincus. Le tout a été tourné près de Torre Normana, sur la côte campanienne, dans une vaste zone volcanique aux paysages étonnants.
Persée l’invincible compense ses faiblesses par un rythme soutenu
Une fois ces éléments fantastiques exposés dans le premier quart d’heure, Persée l’invincible parvient à maintenir un rythme soutenu et évite donc l’ennui généralement attaché au genre, surtout lorsque celui-ci se prend au sérieux. Ici, De Martino n’a d’autre but que divertir le public et multiplie donc les trahisons, rebondissements et autres mésaventures afin de renouveler les péripéties. Ainsi, le spectateur ne s’ennuie jamais durant la projection. Mieux, le film se révèle plutôt ambitieux lors de certains plans. Ainsi, la charge finale des cavaliers est emballée avec une belle efficacité, de même que le siège de la ville de Cyripos.
Au niveau des décors, l’œil exercé pourra apercevoir quelques finitions douteuses, mais l’ensemble bénéficie de nombreuses toiles peintes plutôt agréables à regarder. Enfin, le nombre des figurants est encore tout à fait appréciable, faisant du spectacle une petite réussite, malgré un budget que l’on imagine resserré. Finalement, Alberto De Martino fait du mieux qu’il peut avec les moyens du bord.
Richard Harrison fait un héros charismatique
En ce qui concerne les acteurs, Richard Harrison fait un Persée très honorable, lui qui avait encore la volonté de réussir une belle carrière. Il était assurément un acteur avec du potentiel, mais qui a gâché son talent en acceptant des rôles indignes, au point d’en devenir mauvais. Face à lui, on apprécie les antagonistes que sont Leo Anchóriz et Arturo Dominici qui se renvoient la balle avec jubilation. On est davantage réservé sur la prestation du mannequin Anna Ranalli dont ce fut d’ailleurs l’une des dernières apparitions à l’écran avant de devenir une épouse dévouée.
Mené avec entrain par l’ensemble d’une équipe motivée, Persée l’invincible est donc loin d’être mauvais, contrairement à ce que l’on peut parfois lire. Certes, le métrage doit être vu comme un film bis, mais n’a pas à rougir de certains de ses compatriotes, bien plus mauvais et surtout nettement plus ennuyeux. À noter d’ailleurs qu’il anticipe de plusieurs années Le choc des Titans (Davis, 1981) qui a remis au goût du jour le personnage de Persée.
Sorti avec un certain succès dans les salles françaises au mois de septembre 1963, Persée l’invincible a fini par cumuler 504 150 entrées, grâce à l’apport non négligeable de la province. Le film a d’ailleurs beaucoup fait pour la popularité naissante de Richard Harrison auprès du jeune public qui était clairement le cœur de cible de cette sympathique kitscherie à l’allure de grande bande dessinée.
Le archives CinéDweller :
Initialement prévu pour une sortie au 2 octobre 1963 dans les cinémas l’Amiral, la Cigale, le Concordia et Déjazet, Persée l’invincible sort le 18 septembre dans 3 de ces cinémas, avec 16 100 spectateurs. Face au Germinal d’Yves Allégret ou Maigret voit rouge de Gilles Grangier, tous deux propulsés sur les devants de la scène cette même semaine-là, Persée l’invincible réalise un score convenable. On notera également qu’il s’agissait de la seconde semaine d’exploitation pour Les oiseaux, d’un certain Alfred Hitchcock, au succès effrayant.
Critique de Virgile Dumez