Perdrix : la critique du film (2019)

Comédie, Comédie décalée | 1h39min
Note de la rédaction :
7.5/10
7.5
Perdrix - affiche du film de Erwan Le Duc

Note des lecteurs

Perdrix fait souffler un vent frais dans le paysage de la comédie française, avec ses personnages joliment lunaires, toujours à la lisière d’un burlesque à l’anglaise. Un premier film, certes, mais une vraie proposition de cinéma.

Synopsis : Pierre Perdrix vit des jours agités depuis l’irruption dans son existence de l’insaisissable Juliette Webb. Comme une tornade, elle va semer le désir et le désordre dans son univers et celui de sa famille, obligeant chacun à redéfinir ses frontières, et à se mettre enfin à vivre.

Critique : Présenté à la Quinzaine des réalisateurs, Perdrix relance notre appétence pour le cinéma français. Après le marasme estival affichant comédies populaires impersonnelles et paresseuses, on découvre la conviction du premier long métrage d’Erwan Le Duc avec délectation, en se disant que la rentrée et son bon cinéma est donc forcément pas trop loin. A raison.

Tous dans les Vosges

Immersion en territoire sous-exploité, le cinéaste, journaliste sportif pour le Monde, porte notre attention au cœur des Vosges, dans ses paysages vallonnés et forestiers qui coupent les protagonistes de la réalité et du cynisme de notre monde. Il en faut bien, Le Duc veut son microcosme décalé et il le sera. Tout un environnement que les Américains aiment travailler à merveille (Twin Peaks), mais qui a du mal à trouver un écho en France où l’on se terre beaucoup dans la réalité parisienne quand se déploient splendeurs étranges qui sied bien à un cinéma d’alternative.

Maud Wyler et Swann Arlaud dans Perdrix s'aiment

© DOMINO FILMS / STÉPHANIE BERMANN ET ALEXIS DULGUERIAN

Meet the Perdrix

L’alternative, ce sont bien évidemment des personnages. Tous fantasques, à leur façon. Échouée, sans bagnole, car volée par une bande de terroristes nudistes qui refusent tout ce qui va à l’encontre des valeurs qu’ils portent, le personnage de Juliette Webb tisse son excentricité entre tous les personnages incroyables de ce petit monde de retraités d’une France qui avance. Habituée des seconds rôles, l’actrice Maud Wyler explose, démontrant tempérament fort et une capacité généreuse à rehausser toutes les scènes où elle apparaît. Le film n’en a pourtant pas besoin, mais comme c’est aussi une romance, ce n’est pas un détail insignifiant. Cette tornade lâchée dans l’existence monotone, mais on ne peut plus lunaire, d’une famille d’autochtones à l’excentricité autre, est le magnet qui attire toutes les attentions et les convoitises. A la fois bénédiction et malédiction pour chacun, en tout cas, elle est l’inéluctable redéfinition, voire révolution de ces paisibles existences par l’humour, le caractère, bon ou mauvais, car le personnage joué par Maud Wyler, s’il est charismatique, est quand même capable de zones plus sombres.

Les gens qui l’accueillent, les Perdrix, c’est une sacrée famille. Ils foncent tête baissée dans les névroses qui les unissent, dans une peinture binaire de la famille (attirance / répulsion). A la fois, l’on se demande pourquoi ils doivent encore se supporter, de mère en fils, en petite-fille, et pourtant l’on comprend paradoxalement ce bien-être qui ressort des moments de poigne. Une famille de fantasmes dans un ailleurs pas si loin, rêveur et biscornu, qui démontre l’originalité et la singularité du cinéaste, également scénariste.

Pierre Perdrix, joué par Swann Arlaud de Petit Paysan, est un flic qui se donne à fond dans son patelin où il ne se passe rien, quitte à passer à côté de sa vie. Il a besoin de secousses sismiques pour remettre son esprit en place, alors que son frangin creuse tête baissée pour étudier les vers du jardin, une obsession sûrement pas comme une autre, surtout quand elle est jouée par Nicolas Maury, totalement à contre-emploi, en père de famille déprimo-dépassé par sa fille qui lui en veut, de l’absence de la mère… Toute son excentricité et sa sensibilité intervient à des degrés autres, alors qu’il s’est forgé une réputation dans un cinéma de l’étrange un peu glauque (les films de Yann Gonzalez), ou du farfelu et du décalé un peu gay (le réjouissant Let my people go, de Mikael Buch, qu’il portait en premier rôle, sur ses épaules). Dans Perdrix encore, Maury détonne, mais dans un personnage plus en retrait, mais qui n’en est pas moins fascinant, en tout cas, truculent.

La famille Perdrix

© DOMINO FILMS / STÉPHANIE BERMANN ET ALEXIS DULGUERIAN

L’OVNI Fanny Ardant

Quid de Fanny Ardant, voix langoureuse qui, du garage, délivre ses conseils radiophoniques aux locaux en mal d’amour? Cette mère étouffante ou trop libre, qui prodigue tant de conseils alors qu’elle n’arrive pas à surmonter, dans son rapport aux hommes qui passent, l’absence de celui qu’elle a aimé et qui est parti trop tôt, est l’une des pierres angulaires du récit… Ardant, à l’instar de Dombasle, joue énormément de sa propre philosophie qui l’a conduite à ne pas ressembler aux autres pour offrir une présence remarquable à cette comédie qui se refuse de tenir sur un ou deux personnages. Ardant est insolite ; par conséquent son naturel saugrenu, ou du moins absurde, sied forcément à cette belle famille azimutée qui n’attendait qu’une intrusion extérieure pour dérailler. Pour notre plus grand plaisir.

Franchement drôle dans son introspection du farfelu, Perdrix détonne dans le paysage français, se fait audace quand on connaît le peu d’intérêt que pareille approche suscite chez les Français, et pourtant, il ne faudrait pas se priver de cet humour fantasque. Beaucoup en aurait bien besoin pour affronter la fin des vacances et se vider la tête dans un ailleurs plein de bonnes intentions.

Pour cette proposition de cinéma, Erwan Le Duc s’impose comme l’une des découvertes de l’année 2019.

Critique : Frédéric Mignard

Les sorties de la semaine du 14 août 2019

Perdrix - affiche du film de Erwan Le Duc

© DOMINO FILMS / STÉPHANIE BERMANN ET ALEXIS DULGUERIAN

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Perdrix - affiche du film de Erwan Le Duc

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