Pastorale : la critique du film et le test blu-ray (1980)

Drame | 1h38min
Note de la rédaction :
9/10
9
Coffret Otar Iosseliani

  • Réalisateur : Otar Iosseliani
  • Acteurs : Otar Iosseliani, Marina Kartsivadze
  • Date de sortie: 03 Sep 1980
  • Année de production : 1975
  • Nationalité : Soviétique
  • Titre original : Pastorali
  • Titres alternatifs : Ein Sommer auf dem Dorf (Allemagne) / Pastoral (Suède, Portugal) / Pastorałka (Pologne) / Pasztorál (Hongrie)
  • Acteurs non professionnels : Nana Iosseliani, Tamar Gabarashvili, Mikhail Naneishvili, Nukri Davitashvili, Baia Matsaberidze, Rezo Charkhalashvili, Nestor Pipia, Qsenia Pipia, Vaxtang Eremashvili, Lia Jugeli, Pavle Kantaria, Leri Zardiashvili
  • Scénaristes : Otar Iosseliani, Revaz Inanishvili, Otar Mekhrishvili
  • Monteuse : Julietta Bezuashvili
  • Directeur de la photographie : Abessalom Maisuradze
  • Compositeur : Temur Bakuradze
  • Directeur artistique : Vakhtang Rurua
  • Producteur exécutif : Shota Laperadze
  • Société de production : Georgia-Film
  • Distributeur : Audiphone
  • Distributeur reprise :
  • Date de sortie reprise :
  • Editeur vidéo : Carlotta (blu-ray, en coffret uniquement, 2024)
  • Date de sortie vidéo : 3 décembre 2024
  • Budget :
  • Box-office Paris-Périphérie : 14 970 entrées (8 semaines d'exploitation)
  • Classification : Tous publics
  • Formats : 1.37 : 1 / Noir et Blanc / Son : Mono
  • Festivals : Festival de Berlin 1982 : Forum du Nouveau cinéma
  • Récompenses : Festival de Berlin 1982 - Forum du Nouveau cinéma : Prix FIPRESCI ; Prix de l'OCIC avec mention honorable
  • Illustrateur/Création graphique : © Otar Iosseliani (dessins jaquettes). Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © Grouzia Film, Kartouli Filmi. Tous droits réservés / All rights reserved
Note des spectateurs :

Premier véritable bijou d’Otar Iosseliani, Pastorale affirme un style singulier qui se joue des conventions narratives pour atteindre à l’universel. De la poésie sur pellicule.

Synopsis : Quatre musiciens arrivent de la ville pour se reposer dans un village perdu. Ils logent chez une famille où cohabitent trois générations. La jeune fille de la maison tombe amoureuse de l’un d’eux…

Un si joli petit village

Critique : Le cinéaste géorgien Otar Iosseliani a déjà deux longs métrages derrière lui lorsqu’il parvient à tourner Pastorale (1975), mais ils furent tous deux interdits de diffusion dans l’aire soviétique. La façon dont l’auteur présente le système communiste déplait fortement aux autorités et celles-ci voient d’un meilleur œil son nouveau projet consacré à décrire la vie de tous les jours dans un kolkhoze géorgien. Ces fermes collectives font la fierté des communistes et servent souvent d’exemple au modèle collectiviste tant vanté par le régime.

Projet relativement facile à monter au vu de son sujet, Pastorale va pourtant rencontrer à nouveau des problèmes car la vision proposée par Iosseliani s’éloigne encore des diktats esthétiques du réalisme socialiste. Pourtant, le long métrage s’attarde à décrire par le menu les gestes quotidiens des paysans qui vivent au cœur de ce kolkhoze. Le point de départ est l’arrivée d’un groupe de musiciens venus de la ville et qui s’installent dans une sorte de gite afin de répéter. L’occasion pour le cinéaste d’opposer les mœurs des citadins avec celles des petites gens du cru.

Gens de la ville et travailleurs des champs

En fait, malgré un accueil plutôt chaleureux de la part des habitants du petit village, aucun lien ne se tisse entre les urbains et les ruraux qui vivent à côté les uns des autres sans vraiment échanger. Seule une adolescente s’intéresse véritablement aux musiciens, avec sans doute le secret espoir de s’évader un jour de ce village perdu au milieu de nulle part, comme l’indique la route non goudronnée qui le dessert. Cette opposition se retrouve au cœur d’une séquence où un train traverse le village sans qu’aucun passager ne descende, tandis que paysans et passagers se dévisagent comme on le ferait avec les animaux au zoo.

Dès les premiers plans, Otar Iosseliani démontre qu’il a nettement progressé depuis ses deux œuvres précédentes car il parvient à faire entrer la vie à l’intérieur du cadre, sans que cela ne paraisse jamais mis en scène. Pourtant, les cadrages sont d’une précision chirurgicale et l’esthétique en noir et blanc sublime chaque plan de Pastorale, officiellement la première grande création du réalisateur. Adoptant pour la première fois un regard chaleureux et bienveillant sur chaque protagoniste et introduisant tout un bestiaire qui donne vie aux séquences (ici des chiens, chevaux, cochons, poussins, canards et j’en passe), Otar Iosseliani trouve enfin son style propre qui ne fera que s’affirmer avec le temps.

Chronique simple des jours qui passent

D’une audace folle, Pastorale ose même s’affranchir du moindre scénario puisqu’il s’agit d’une simple chronique de la vie collective au sein du Kolkhoze, au fur et à mesure que les jours passent. Aucun élément narratif ne viendra troubler l’écoulement paisible et ordinaire des jours et des nuits. Mais dès lors, le moindre petit incident prend des tournures dramatiques. Si le cinéaste présente initialement une communauté qui semble unie, la succession de saynètes qu’il nous propose de suivre vont venir affiner le tableau. Ainsi, les habitants se disputent beaucoup et tombent rarement d’accord.

Coffret Otar Iosseliani, coffret blu-ray détails

© Carlotta / Dessin : Otar Iosseliani. Tous droits réservés.

Petit à petit, les absurdités du système collectiviste apparaissent au grand jour. Ainsi, les petits paysans n’ont pas le droit de prendre la moindre initiative personnelle, mais lorsque le garde-chasse surprend les apparatchiks locaux en train de pratiquer la pêche à la dynamite, il s’écrase devant celui qui est son supérieur hiérarchique. Effectivement, la société égalitaire tant vantée par le régime a en réalité reconstitué la corruption, les passe-droits et autres privilèges, notamment pour les membres du Parti. La puissance du cinéma de Iosseliani est de ne jamais théoriser sa critique du régime, mais de se contenter de montrer une réalité vécue chaque jour par les kolkhoziens.

La musique et l’alcool comme unique trait d’union

Finalement, comme toujours chez le cinéaste, les seuls éléments qui permettent aux êtres humains de s’unir sont la musique et l’alcool. Ainsi, le seul échange entre citadins et ruraux intervient lorsque les paysans s’intéressent à la musique classique, tandis que les musiciens recueillent les chants traditionnels des fermiers géorgiens et les enregistrent afin de préserver cette mémoire nationale – assurément l’un des points qui a irrité le pouvoir en place, désireux de faire cesser le nationalisme des républiques socialistes sous sa domination. Enfin, l’alcool tient lieu de lien social entre tous les hommes du village, tandis que les femmes demeurent à la maison, dans un modèle patriarcal très classique à cette époque.

Grâce à une réalisation magnifique et attentive aux moindres surgissements inattendus devant la caméra, Pastorale atteint aisément le statut de film poétique et contemplatif qui peut être qualifié de petit bijou de sensibilité. Et malgré l’absence totale de ligne narrative, Pastorale n’est jamais ennuyeux et séduit le cinéphile par l’harmonie qui s’en dégage.

Une sortie compliquée

Resté pendant plus de quatre ans dans un placard, le métrage a fini par sortir en URSS en 1979 et a pu même être proposé à l’étranger, notamment en France où le distributeur Audiphone l’a proposé dans une salle, à Paris, à partir du 3 septembre 1980, au fameux Cosmos, spécialisé dans le cinéma soviétique. Le film y restera à l’affiche 8 semaines et achèvera sa carrière à 15 000 entrées.

Toutefois, deux ans plus tard, Pastorale a été sélectionné au prestigieux Festival de Berlin dans le cadre d’un Forum consacré au nouveau cinéma. Le métrage a ainsi décroché en 1982 le prix FIPRESCI et une mention honorable de la part de l’office catholique. Cette magnifique ode à la vie les mérite amplement et doit donc impérativement être redécouverte par les cinéphiles contemporains les plus pointus.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 3 septembre 1980

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Coffret Otar Iosseliani

© Carlotta / Dessin : Otar Iosseliani. Tous droits réservés.

Biographies +

Otar Iosseliani, Marina Kartsivadze

Mots clés

Cinéma soviétiqueCinéma géorgien, Le monde paysan au cinéma, Cinéma contemplatif, Festival de Berlin 1982

Le test du coffret Otar Iosseliani

Magnifique initiative que de publier l’intégralité de l’œuvre du maître géorgien, y compris ses courts et documentaires, le tout en blu-ray. Test réalisé à partir du produit définitif.

Packaging & suppléments : 5 / 5

Les différents blu-ray (9 au total) qui contiennent tout de même 21 films (courts, longs et documentaires) sont inclus dans un boitier au design sobre, mais cohérent, ornés à chaque fois de dessins d’Otar Iosseliani. Le tout est agrémenté d’un copieux livre de 216 pages qui laissent s’exprimer pleinement un cinéaste capable de théoriser à l’infini son cinéma. Le bouquin, d’une richesse impressionnante propose de revenir sur chaque film à l’aide de son réalisateur, puis offre la retranscription d’un séminaire donné au cinéma Lumière de Bologne en 1997. Le cinéaste y explicite sa méthode et livre aussi une théorie complète – et complexe – du cinéma.

Les suppléments vidéo sont quant à eux répartis sur les différentes galettes en fonction des œuvres. Ainsi, les films les plus récents bénéficient de bonus plus fournis avec des making of et autres interventions du cinéaste. L’ensemble est tout simplement dantesque et indispensable pour les amoureux du septième art.

L’image de Pastorale : 5 / 5

Bénéficiant d’une restauration optimale, Pastorale est proposée dans une copie resplendissante qui fait honneur au magnifique travail du directeur de la photographie Abessalom Maisuradze. Les plans sont tous plus beaux les uns que les autres, avec des contrastes appuyés et un noir et blanc grandiose. La définition est également à couper au rasoir et ne faiblit jamais, même lors des plans plus sombres. Du très beau travail de restauration.

Le son de Pastorale : 4 / 5

Là encore, la restauration du son est de très bonne tenue, avec un mono très propre qui fait s’entrechoquer les voix des différents protagonistes dans un brouhaha volontaire et recherché par un cinéaste qui vénère le cinéma muet ou simplement musical. Peu de dialogues donc dans cet ensemble en version originale sous-titrée qui tient ses promesses, dans les limites de son format sonore d’origine.

Test blu-ray : Virgile Dumez

Intégrale Otar Iosseliani, coffret blu-ray

© Carlotta / Dessin : Otar Iosseliani. Tous droits réservés.

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