Film catastrophe à portée politique, Magma de Cyprien Vial dresse un état des lieux alarmant des territoires d’outre-mer, sans approfondir ses thématiques pourtant intéressantes.
Synopsis : Katia Reiter dirige l’Observatoire Volcanologique de Guadeloupe depuis une dizaine d’années. Elle forme un duo de choc avec Aimé, jeune Guadeloupéen auquel elle transmet sa passion du métier. Alors qu’elle se prépare pour une nouvelle mission à l’autre bout du monde, la menace d’une éruption majeure de la Soufrière se profile. L’ile est aux abois et Katia va devoir assurer la sécurité de la population…
L’être humain face à une situation critique
Critique : De retour après plusieurs années d’absence pour cause d’échecs financiers de ses deux premières réalisations (Bébé Tigre et Embrasse-moi !), le réalisateur Cyprien Vial a visionné durant l’époque du confinement un documentaire de Werner Herzog intitulé La Soufrière (1977) qui racontait la dernière éruption connue de ce volcan guadeloupéen en 1976. La vue des rues désertées par la population évacuée lui a immédiatement fait penser à la situation du confinement liée à la pandémie de Covid-19 et a donc déclenché l’écriture de Magma.

© 2024 Darius Films, Dharamsala / Diaphana Distribution. Tous droits réservés.
L’idée était d’imaginer une nouvelle éruption potentielle du volcan à l’époque contemporaine et surtout les réactions des scientifiques, des autorités et des populations locales soumises aux décisions venues de la métropole. En réalité, comme souvent avec les cinéastes français, le but n’était pas de tourner un simple film de genre avec éruption impressionnante à la clé – les 4 millions d’euros de budget ne le permettaient pas de toute façon – mais plutôt de faire de cet événement une métaphore politique.
Quand des tensions apparaissent entre la population et ses dirigeants
Ainsi, le cinéaste s’attache à décrire avec précision la mission des scientifiques, ici des vulcanologues, qui doivent prévenir les risques liés à un phénomène naturel. Comme le montre bien le début de Magma, le personnage interprété par Marina Foïs est plutôt prudent dans ses diagnostics et elle est loin d’être alarmiste quant à une éventuelle éruption. Pourtant, malgré ses réserves, les pouvoirs publics, incarnés ici par Mathieu Demy en préfet aux ordres de Paris, décident de mettre en place le principe de précaution et de demander l’évacuation d’une grande partie de la population guadeloupéenne, sans se soucier des conséquences sociales induites par une telle situation.
Anticipée de manière excessive, la décision d’évacuer la population se heurte au bout de quelques semaines à la vindicte populaire dans ce territoire d’outre-mer où les ordres venus de la métropole sont généralement mal acceptés. Dès lors, Magma se transforme non plus en film catastrophe lié au volcan, mais en un constat alarmant des tensions existantes sur ce territoire qui se sent abandonné par la métropole et qui peut être tenté par des volontés d’indépendance, comme on peut le voir à l’aide des graffitis ornant les murs des villages.
Comme une survivance d’un colonialisme anachronique
En fait, les Guadeloupéens d’origine créole sont toujours en lutte contre les békés, à savoir les Européens installés sur l’île et qui ont généralement le pouvoir décisionnaire. Ce sentiment de survivance du colonialisme entraine un regain de tension qui explose à chaque grande crise. Cyprien Vial décrit donc ce sentiment d’injustice et d’inégalité avec un certain sens de la tension et une esthétique très travaillée.

© 2024 Darius Films, Dharamsala / Diaphana Distribution. Tous droits réservés.
Pour autant, malgré des thématiques fortes, l’auteur a sans doute voulu être trop concis et son long métrage paraît assez déséquilibré. Par moments, il semble vouloir véritablement embrasser le genre du film catastrophe, mais il n’en a clairement pas les moyens, tandis que certains constats socio-politiques demeurent trop superficiellement abordés. De même, le cinéaste ne parvient pas à donner véritablement chair à ses personnages et ceci malgré l’interprétation juste du duo formé par Marina Foïs et Théo Christine. Leur background n’est qu’effleuré et leurs motivations demeurent parfois floues, même si la passion de leur métier explique beaucoup de choses.
Magma, un film esthétique mais globalement frustrant
Finalement, ce qui reste le plus marquant dans Magma vient de la qualité esthétique du long métrage qui souhaite clairement se démarquer du téléfilm par une image très travaillée que l’on doit à Jacques Girault. De même, on peut souligner la qualité de la partition musicale de Léonie Pernet. Enfin, il convient également de saluer l’excellent travail de l’équipe de casting qui a recruté des comédiens non professionnels directement sur place. Ceux-ci apportent une certaine véracité au projet qui s’avère donc intéressant dans ses intentions, mais quelque peu maladroit dans son exécution finale.
Distribué en avant-première aux Antilles et en Guyane, Magma a ensuite posé ses valises dans l’Hexagone à partir du 19 mars 2025, sous l’égide de Pyramide Distribution. Le film catastrophe a été notamment proposé dans 111 salles pour un résultat plutôt maigre de 28 444 vulcanologues et une vingtième place hebdomadaire. Les salles ont donc été désespérément vides et le film, pourtant soutenu par son distributeur, a fini sa carrière à la mi-juin avec seulement 45 012 entrées sur tout le territoire. Autant dire bien peu de choses, à tel point que Pyramide Vidéo n’a sorti le film qu’en version DVD au mois de juillet 2025.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 19 mars 2025
Acheter le film en DVD
Voir le film en VOD

© 2024 Darius Films, Dharamsala / Affiche : Fidelio. Tous droits réservés.
Biographies +
Cyprien Vial, Marina Foïs, Théo Christine, Mathieu Demy
Mots clés
Cinéma français, Les catastrophes naturelles au cinéma, Les îles au cinéma, Le colonialisme au cinéma, Festival d’Angoulême 2024