Macbeth : la critique du film (1972)

Drame, Tragédie | 2h20min
Note de la rédaction :
8,5/10
8,5
Macbeth, l'affiche du film de Roman Polanski (1971)

  • Réalisateur : Roman Polanski
  • Acteurs : Francesca Annis, Jon Finch, Martin Shaw, Terence Bayler
  • Date de sortie: 26 Mai 1972
  • Nationalité : Britannique, Américain
  • Titre original : The Tragedy of Macbeth
  • Titres alternatifs : Tragedia Makbeta (Pologne)
  • Année de production : 1971
  • Scénariste(s) : Kenneth Tynan, Roman Polanski d'après la pièce de Shakespeare
  • Directeur de la photographie : Gilbert Taylor
  • Compositeur : The Third Ear Band
  • Société(s) de production : Columbia Pictures, Playboy Productions, Caliban Films
  • Distributeur (1ère sortie) : Columbia
  • Distributeur (reprise) : -
  • Date de reprise : -
  • Éditeur(s) vidéo : Gaumont Columbia RCA Vidéo (VHS, 1986) / ESC Editions (DVD et blu-ray)
  • Date de sortie vidéo : 19 août 2020 (blu-ray)
  • Box-office France / Paris-périphérie : 165 185 entrées / 55 235 entrées
  • Box-office nord-américain : -
  • Budget : 3,1 M$
  • Rentabilité : -
  • Classification : Tous publics
  • Formats : 2.35 : 1 / Couleurs / Son : 3 Channel Stereo - Mono
  • Festivals et récompenses : Présenté hors compétition au Festival de Cannes 1972 / BAFTA 1973 : Prix des meilleurs costumes pour Anthony Mendleson et une nomination pour la meilleure musique
  • Illustrateur / Création graphique : -
  • Crédits : Columbia Pictures Industries Inc, Playboy Entertainment Group
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Macbeth est une adaptation de la tragédie de Shakespeare pleine de rage, de folie et de sang. Un grand Polanski à redécouvrir.

Synopsis : Macbeth, duc de Glamis, revient victorieux d’une bataille lorsque trois sorcières lui indiquent qu’il deviendra bientôt roi d’Ecosse à la place de Duncan. Avec l’aide de son épouse, le duc organise donc l’assassinat du souverain. Devenu roi d’Ecosse, Macbeth réclame de plus en plus de sang tandis que sa femme sombre peu à peu dans la folie…

Macbeth, une pièce sombre qui reflète l’état d’esprit de Polanski au début des années 70

Critique : Œuvre maudite qui sent le soufre et apporte le malheur avec elle, la tragédie de Shakespeare s’inspire d’événements réels se déroulant en Ecosse vers 1040. Le roi Macbeth Ier prit effectivement le pouvoir par la force et tomba sous les coups du fils de son prédécesseur après dix-sept ans d’un pouvoir autoritaire. A partir de ces événements historiques, Shakespeare inventa de nombreux éléments proprement démoniaques comme l’intervention des sorcières, réfléchissant ainsi sur la notion de destinée. D’une noirceur implacable, cette tragédie marqua les consciences au point qu’aujourd’hui encore, une superstition tenace veut qu’il faut éviter de prononcer le nom de Macbeth dans un théâtre afin de ne pas attirer le malheur sur soi.

Macbeth, la jaquette blu-ray

© 1971 renewed 1999 Columbia Pictures Industries Inc & Playboy Entertainment Group Inc. / © 2020 ESC Editions. Tous droits réservés.

Alors qu’il est devenu un réalisateur adoubé par Hollywood grâce aux succès rencontrés par Le bal des vampires (1967) et surtout Rosemary’Baby (1968), le cinéaste polonais Roman Polanski vit un véritable conte de fées, lui qui convole en justes noces avec l’actrice Sharon Tate. Elle attend un bébé. Tout bascule en cette tragique nuit du 9 août 1969 durant laquelle le fou Charles Manson pénètre dans sa propriété de Los Angeles et massacre la jeune femme enceinte, ainsi que trois de leurs amis et un visiteur de passage.

Macbeth, un film en forme de catharsis

Le traumatisme est tel que le cinéaste met sa carrière cinématographique entre parenthèses. Il déclare alors qu’aucun sujet ne lui semble avoir suffisamment d’importance pour qu’il lui consacre deux ans de sa vie. Dans Polanski par Polanski (Pierre-André Boutang, Chêne, 1986 p 123), Roman Polanski décrit ainsi cette sombre période :

Quand la police a mis la main sur Manson et sa bande, je me suis réfugié en Suisse, à ne rien pouvoir faire sauf du ski […] Tout à coup, j’ai pensé à Shakespeare, j’avais toujours eu envie de faire un film shakespearien, j’avais une vieille passion, le souvenir de ce Hamlet de Laurence Olivier (vu et revu dans ma jeunesse). C’était le genre de sujet qui pouvait me passionner, qui méritait de s’y consacrer, de « plonger » un an ou deux.

Il trouve en Macbeth des échos de sa propre souffrance. Polanski parvient à récolter un million de dollars pour pouvoir mettre en chantier ce projet qu’il veut le plus proche possible de la réalité historique du Moyen Age. Toutefois, son obsession du moindre détail, ainsi que de nombreux problèmes liés au mauvais temps entrainent de gros dépassements de budget, au point que les producteurs envisagent même d’évincer le cinéaste. Finalement, Polanski sauve sa tête grâce à la contribution financière de son ami Hugh Hefner, célèbre patron du magazine Playboy.

Une étonnante production Playboy

Si Hefner a permis à l’œuvre de voir le jour, la présence au générique du nom Playboy est sans doute pour beaucoup dans l’échec commercial du film aux Etats-Unis. Ne pas oublier que le nom de Polanski est déjà synonyme de controverse en ce début des années 70, puisque bon nombre d’Américains estiment que le terrible drame qui le touche est lié à son implication dans un film jugé par beaucoup comme démoniaque (à savoir Rosemary’s Baby). Il n’en fallait pas plus pour que l’opinion américaine se retourne contre le trublion venu de Pologne.

Pour en revenir à Macbeth, cette nouvelle version se démarque immédiatement de celle d’Orson Welles par un parti pris réaliste qui contraste fortement avec l’adaptation esthétisante de son prédécesseur. N’oubliant jamais de faire du cinéma, Polanski brise le carcan de l’adaptation théâtrale en faisant évoluer ses personnages dans des paysages désolés, magnifiés par une superbe photographie.

Du sang, du sang et encore du sang

Adaptation hantée et fiévreuse, son Macbeth est un grand moment de pure noirceur, un grand film malade, contaminé par la folie de ses protagonistes. Plongeant dans les tréfonds de l’âme, dans les marécages de la conscience, l’auteur s’attache à décrire une humanité en totale voie d’extinction, incapable qu’elle est de procréer ou de préserver la vie de ses enfants. Il ose représenter graphiquement l’extrême violence de la pièce lors de meurtres sanguinolents qu’on lui a beaucoup reprochés, d’autant que cela fait écho à son propre drame personnel. Pourtant, les tragédies shakespeariennes ne sont faites que de trahisons et de flots de sang, mais certains gardiens du temple ont crié au scandale face au traitement radical appliqué par le maître polonais.

Lui se justifie de la manière suivante (Polanski par Polanski, page 125) :

On ne peut éviter, dans un film, de montrer ce sang. Macbeth ne peut pas disparaître derrière une porte et revenir avec des mains tachées de sang… on est au cinéma, pas à la Comédie-Française ou à Stratford on Avon. Pour faire comprendre le choc, la folie dans laquelle sombrent Macbeth puis Lady Macbeth, les images du meurtre de Duncan devaient durer longtemps, devaient être horribles et sanglantes.

Une description historique soignée

On peut en tout cas lui être reconnaissant d’avoir montré un Moyen Age crédible : les lourdes armures entravent les gestes au point de les rendre disgracieux et le poids des épées rend toute attaque fastidieuse. Ici point de chorégraphie élégante qui rendrait les combats esthétiques, mais un réalisme de chaque instant. Sa description de la vie de château est également d’une belle précision jusque dans les gestes du quotidien, avérés par les sources médiévales.

Afin de souligner encore davantage cette ambiance de fin du monde, Roman Polanski a fait appel à une musique atonale du groupe expérimental The Third Ear Band qui était connu pour ses improvisations, avec une forte influence médiévale. On peut sans doute regretter que leur musique insidieuse ne soit pas davantage mise à contribution.

Des acteurs habités pour un film qui n’a pas connu le succès qu’il méritait

Enfin, signalons l’excellence de l’interprétation de la part de l’ensemble du casting. Jon Finch est tout à fait remarquable en Macbeth. Il en donne une version plus maladive et en fait un personnage miné par le remords et dont la folie le pousse à s’enfoncer toujours plus loin dans la violence aveugle. Francesca Annis est une Lady Macbeth d’abord retorse, puis également gagnée par la folie. Tous les autres acteurs s’imposent comme des choix judicieux malgré leur manque de notoriété sur grand écran.

Gros échec commercial à sa sortie aux Etats-Unis, Macbeth a été mieux accueilli en Angleterre. En France, le film passe par la case du Festival de Cannes en 1972, mais demeure hors compétition. Malgré un accueil plutôt favorable des critiques, le long-métrage sort dans une certaine indifférence à la fin du mois de mai 1972. Il a depuis acquis une excellente réputation auprès des cinéphiles et est généralement considéré comme une œuvre importante au sein de la riche filmographie d’un auteur décidément passionnant.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 24 mai 1972

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Macbeth, l'affiche du film de Roman Polanski (1971)

© 1971 renewed 1999 Columbia Pictures Industries Inc & Playboy Entertainment Group Inc. Tous droits réservés.

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