L’Ombre de Staline : la critique du film (2020)

Biopic, Drame | 1h59min
Note de la rédaction :
7/10
7
L'ombre de Staline affiche du film

  • Réalisateur : Agnieszka Holland
  • Acteurs : Vanessa Kirby, James Norton, Peter Sarsgaard, Joseph Mawle
  • Date de sortie: 22 Juin 2020
  • Nationalité : Polonais, Britannique, Ukrainien
  • Titre original : Mr. Jones
  • Scénario : Andrea Chalupa
  • Distributeur : Condor Distribution
  • Éditeur vidéo : Condor
  • Date de sortie vidéo : A venir
  • Box-office France / Paris Périphérie : 84 880 entrées / 24 011 entrées (en 9 jours)
  • Classification : Tous publics
  • Récompenses : Festival de Berlin 2019 : Ours d'argent
  • Crédit photos : © Robert Palka / Film Produkcja. Tous droits réservés.
  • Crédit affiche : Affiche design : Les Aliens - © Film Produkcja - Parkhurst - Kindrob - Jones Boy Film - Krakow Festival Office - StudioProdukcyjne Orka - Kino Swiat - Silesia Film Institute In Katowice
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L’Ombre de Staline est un biopic percutant et intelligent, sans doute le meilleur long métrage de la réalisatrice polonaise Agnieszka Holland.

Synopsis : Pour un journaliste débutant, Gareth Jones ne manque pas de culot. Après avoir décroché une interview d’Hitler qui vient tout juste d’accéder au pouvoir, il débarque en 1933 à Moscou, afin d’interviewer Staline sur le fameux miracle soviétique. A son arrivée, il déchante : anesthésiés par la propagande, ses contacts occidentaux se dérobent, il se retrouve surveillé jour et nuit, et son principal intermédiaire disparaît. Une source le convainc alors de s’intéresser à l’Ukraine. Parvenant à fuir, il saute dans un train, en route vers une vérité inimaginable…

Dans l’horreur de l’Holodomor

Critique : Réalisatrice polonaise itinérante depuis les années 80, Agnieszka Holland n’a cessé de tourner et a remporté plusieurs prix. Pourtant elle n’a pas la réputation prestigieuse de ses compatriotes, tels Andrzej Wajda ou Pawel Pawlikowski. Comme eux, elle a abordé des « grands sujets » à travers des thématiques historiques dans une vision critique. Mais son style retenu et ses mises en scène parfois télévisuelles ont pu assimiler ses films à une certaine tendance de l’académisme international. En ce sens, L’Ombre de Staline paraît a priori se situer dans la veine de l’une de ses œuvres les plus célèbres, Le Complot (1988), qui abordait les persécutions communistes à l’encontre des prêtres proches de Solidarnosc : cadre historique avec approche documentaire dans un souci de reconstitution, dénonciation des méfaits du totalitarisme. Mais ici Agnieszka Holland fait preuve d’un véritable style et d’une exigence authentiquement cinématographique, qui transcende un matériau pour « dossiers de l’écran ».

Le scénario aborde un événement longtemps tabou dans la mémoire historique collective : l’Holodomor. En l’espace deux ans, de 1931 à 1933, 7 millions de Soviétiques, essentiellement des paysans ukrainiens, ont été exterminés par la faim. Staline fut l’instigateur de ce crime contre l’humanité, afin de briser la résistance opiniâtre à la collectivisation et de mettre un terme au nationalisme ukrainien. Le film montre avec habileté la désillusion de Gareth Jones (1905-1935), jeune et brillant journaliste, dont l’idéalisme et l’enthousiasme furent malmenés lorsqu’il découvrit sur place cette réalité, étouffée non seulement par les autorités soviétiques mais aussi par la presse occidentale accréditée à Moscou. La politique de l’autruche fut d’ailleurs celle des gouvernements britanniques et américains, lorsqu’ils en furent informés, les contraintes diplomatiques et la volonté de préserver la paix avec l’URSS l’emportant sur la nécessité de dénoncer les horreurs commises par un pays pourtant combattu sur le plan idéologique.

L’Ombre de Staline, un biopic soigné et intelligent

© Robert Palka / Film Produkcja. Tous droits réservés.

« Le sujet principal du film, c’est l’Holodomor, et le thème est la croisade de Gareth Jones pour raconter la véritable histoire de ce qui s’est passé. Il veut découvrir la vérité parce que c’est dans sa nature, ça va de pair avec son honnêteté, son éducation et son instinct », a déclaré la réalisatrice. La première qualité du métrage est le portrait réussi d’un personnage qui n’est pourtant pas présenté comme un héros mais plutôt un homme complexe, avec lui-même ses zones d’ombre (son insistance à se faire publier par le magnat de la presse William Randolph Hearst ne traduit-elle pas un certain arrivisme, au-delà de sa quête de reconnaissance ?). Le second intérêt du métrage est qu’il trouve de troublantes résonances avec l’actualité internationale, émaillée de « fake news » et de désinformations. Mais surtout, L’Ombre de Staline comblera le cinéphile, car il épouse intelligemment les codes du thriller et du film d’espionnage, voire du romanesque, l’ombre de Hitchcock ou Polanski planant sur un récit qui ne cesse de tenir en haleine tout en s’avérant visuellement ambitieux.

Et l’on saura reconnaissant à la cinéaste d’avoir filmé les horreurs sans les aseptiser, mais également en évitant le racolage et les excès mélodramatiques, préférant miser sur le pouvoir de suggestion des images et le hors-champ. Il faut aussi souligner les choix pertinents de casting. James Norton est parfait dans son interprétation d’un précurseur des lanceurs d’alerte. Et si l’excellente Vanessa Kirby est sous-utilisée, Peter Sarsgaard est étonnant dans le rôle de Walter Duranty, le journaliste opportuniste récompensé par le prix Pulitzer. Des seconds rôles chevronnés (Joseph Mawle en George Orwell, Kenneth Cranham en Lloyd George) complètent avec bonheur la distribution d’un film qui est sans doute le meilleur de son auteure.

Critique de Gérard Crespo

Sorties du 22 juin 2020 (réouverture des cinémas suite à la crise du Covid-19)

L'ombre de Staline affiche du film

Affiche design : Les Aliens – © Film Produkcja – Parkhurst – Kindrob – Jones Boy Film – Krakow Festival Office – StudioProdukcyjne Orka – Kino Swiat – Silesia Film Institute In Katowice

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L'ombre de Staline affiche du film

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