L’Homme invisible apparaît de Nobuo Adachi est une tentative plutôt réussie de s’emparer d’une figure classique du fantastique grâce à un scénario assez complexe et une réalisation intéressante fondée sur la caméra subjective. Une belle découverte.
Synopsis : Un voleur de bijoux apprend qu’un scientifique travaille sur une formule d’invisibilité qui l’aiderait dans ses méfaits.
Un Japon sous influence américaine
Critique : Après la Seconde Guerre mondiale, le Japon est occupé par les troupes américaines et doit petit à petit se reconstruire. Sur le plan du cinéma, les anciennes compagnies se restructurent et la firme Daiei prend le relais de l’ancienne Shinkô Kinema des années 30. Désormais influencés par les films américains qui déferlent sur les grands écrans japonais, le cinéma local doit s’adapter, tout en évitant d’évoquer des sujets trop politiques et donc potentiellement polémiques.

© 1949 Kadokawa Corporation / Roboto Films. Tous droits réservés.
Ainsi, Masaichi Nagata, le patron de la Daiei depuis 1947, insiste pour que des scénaristes adaptent L’Homme invisible d’H.G. Wells (1897), tout en s’inspirant également du film éponyme de la Universal tourné par James Whale en 1933. Finalement, il peut compter sur le scénariste Akimitsu Takagi pour livrer une histoire originale qui reprend uniquement les bases du roman d’origine en lui ajoutant une touche policière et des péripéties supplémentaires qui tiennent du whodunit. Il est aidé dans sa tâche par la nouvelle recrue de la compagnie Nobuo Adachi qui travaille non seulement sur le script, mais est également chargé de la réalisation. Celui-ci peut bénéficier aussi des compétences d’Eiji Tsuburaya, passé maître en matière d’effets spéciaux.
De l’emploi habile de la caméra subjective
Cette équipe livre donc avec L’Homme invisible apparaît (1949) un film fort divertissant qui va connaître un joli succès dans son pays d’origine. Il faut dire que le cinéaste Nobuo Adachi parvient non seulement à maîtriser l’art du camouflage des effets spéciaux, mais aussi celui de la caméra subjective afin de suggérer une présence invisible. En cela, sa mise en scène anticipe de quasiment un siècle celle proposée par Leigh Whannell dans son formidable Invisible Man (2020).

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Alors que les caméras des années 40 étaient particulièrement lourdes et peu maniables, Adachi offre une réalisation d’une incroyable fluidité, suggérant une présence invisible à l’écran par la seule grâce de ses mouvements d’appareil. Certes, les effets spéciaux d’Eiji Tsuburaya s’avèrent quelque peu en-deçà de ceux déployés par les Américains dès le début des années 30, mais cela n’empêche aucunement le spectateur de prendre plaisir aux mésaventures de cet homme invisible qui n’est pas seulement un être maléfique, mais aussi la victime d’une machination ourdie par une autre personne. Nous n’en dirons pas davantage afin de laisser la surprise aux spectateurs.
Un film intégralement inédit en France qui mérite l’attention des cinéphiles
Également influencé par l’esthétique du film noir, L’Homme invisible apparaît échafaude toute une intrigue policière relativement complexe et offrant quelques révélations surprise alors que l’on pense comprendre tous les tenants et aboutissants dès le début. Grâce à des interprètes de bonne tenue – et plutôt sobres dans leur jeu – le métrage parvient à distraire, y compris plus de 70 ans après sa confection.
Cette version nippone de l’homme invisible n’a pourtant pas eu les honneurs d’une sortie en salle en France, à une époque où le cinéma japonais n’était pas encore réellement découvert en Occident. Par la suite, aucun support physique n’a été proposé sur le marché, avant que l’éditeur britannique Arrow Video ne le propose en blu-ray en 2021. Aujourd’hui, la France se met à jour avec la sortie du film chez Roboto Films sur le même blu-ray que sa suite tardive L’Homme invisible contre la mouche humaine (Mitsuo Murayama, 1957).
Critique de Virgile Dumez
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Biographies +
Nobuo Adachi, Kanji Koshiba, Daijirō Natsukawa, Takiko Mizunoe, Chizuru Kitagawa
Mots clés
Cinéma japonais, L’homme invisible au cinéma, Les films de science-fiction horrifique, Roboto Films
