Les Copains d’Eddie Coyle est un film méconnu de Peter Yates. Son échec aux USA le condamna au statut de direct-to-vidéo en France, 14 ans plus tard, et à une sortie en salle furtive en 1993, à l’occasion de ses 20 ans. Il s’agit pourtant d’une œuvre majeure pour le cinéaste et la star Robert Mitchum dans un personnage d’une grande solidité sociale et tragique.
Synopsis : Petit gangster sans envergure, Eddie Coyle vit de petites combines, de contrebande et de trafic d’armes. Afin d’échapper à la prison, il accepte de travailler comme indicateur pour le FBI
Critique : Les copains d’Eddie Coyle est une énigme. Film néo-noir de 1973, il placarde son action dans la petite criminalité de Boston, loin de la vague new-yorkaise qui déferlait à l’époque. L’iconographie héroïque du crime n’est pas son intention. Cette adaptation du best-seller à peine sorti de George V. Higgins se veut profondément humaine, sociale, à hauteur d’homme. Pour cela, le réalisateur Peter Yates, Ecossais au regard intéressé par cette dimension européenne du script, casse lui-même les mythes. Le réalisateur qui a connu la gloire avec Bullitt cinq ans auparavant, passe d’une star à l’autre à Hollywood, sans jamais se conformer totalement à la demande du public.
Peu Hollywoodien, son film automnal fait du dialogue le trait central d’une narration sans action, sans course-poursuite malgré la demande du public, au sein d’un nid de crabes où flics et voyous interagissent à différents niveaux autour du personnage d’Eddie Coyle. Ce quinqua, malhonnête malgré lui, sévit dans les petits coups pour permettre à son épouse et ses trois enfants de vivre décemment. Un petit dont l’âge l’appelle à la disparition et à la nécessité de caser son avenir, à la famille lambda jusqu’au portrait de sa femme, loin du sex-appeal imposé par Hollywood depuis des décennies… Il s’agit ici de s’immiscer dans la fabrique du crime en s’intéressant à ses petites mains, des messieurs-tout-le-monde qui n’ont pas la carrure des légendes.
En tenant par la gorge ce personnage d’Eddie Coyle jusqu’à sa funeste fin vite suggérée, Peter Yates parvient à captiver par la psychologie de ses acolytes, parant la gloire virile de Robert Mitchum de l’un de ses meilleurs rôles, celui d’un malfrat qui, pour préparer sa retraite, n’aurait sûrement pas dû pactiser avec les forces de l’ordre… Mitchum en homme brisé, à forte tendance alcoolique, dépassé par le fatum, est assimilé à une identité anti-glamour qui correspond parfaitement à la vision du cinéma de l’icone qui était perpétuellement en guerre avec Hollywood et ses rapaces.
Si les Français ont pu voir Les copains d’Eddie Coyle dans les années 80, c’est en VHS, sous le titre d’Adieu mon salaud, le vrai titre du film sur notre territoire car choisi par CIC, c’est-à-dire Paramount qui en était à l’origine.
Le polar lugubre finira par être exploité en salle, brièvement, en 1993, par Action Gitane, distributeur spécialisé dans les reprises au sein de son circuit. Eddie Coyle est ainsi proposé à l’Action Christine pendant 21 jours. En première semaine, le film y trouve 1 515 curieux. En 2e semaine, il passe à 966 entrées, puis finalement à 545 entrées. Un joli score pour l’œuvre oubliée d’un cinéaste qui ne trouvait plus sa place sur le grand écran depuis Délit d’innocence en 1989 et qui inspirait de l’indifférence aux cinéphiles malgré quelques œuvres de gloire (Bullitt, Les grands fonds, et dans le genre cinéma d’auteur L’habilleur).
Robert Mitchum disparaîtrait quatre ans plus tard, en 1997, à l’âge de 79 ans.
Les sorties de la semaine du 14 juillet 1993

Adieu ma salaud, jaquette VHS de Les copains d’Eddie Coyle (1987) © Paramount Pictures Corporation. Tous droits réservés.
Le test blu-ray de Les Copains d’Eddie Coyle
Les Copains d’Eddie Coyle revient enfin en France en vidéo, dans une édition signée Rimini, digne des qualités du projet malheureux de Peter Yates.
Packaging & Compléments : 4 / 5
Très beau digipack qui reprend l’esthétique cadrée de nombreux collectors de Rimini Editions, notamment celle de la fameuse collection Cauchemars qui permet d’habiller deux disques (combo DVD + Blu-ray).
La galette HD comprend davantage de suppléments, puisque, outre une conversation entre Jean-Baptiste Thoret et Samuel Blumenfeld présents sur les deux supports, la galette bleue dispose d’une interview du cinéaste Peter Yates avec un critique et historien du cinéma pour The British Film Institute. Cet entretien ou masterclass de 37 minutes est essentiel pour aller à la source de l’information, Peter Yates revenant avec délectation sur sa carrière, depuis ses débuts d’acteur. Un grand moment de cinéphilie, même si le son n’est pas percutant et que le document aurait bien eu besoin d’une restauration.
Commune aux deux disques, la conversation entre Jean-Baptiste Thoret et Samuel Blumenfeld est particulièrement pertinente. Elle revient sur la place spéciale du cinéaste européen dans le Hollywood des années 70, la réalité sociale du film qui a particulièrement touché Robert Mitchum. C’est passionnant.
Un livret de 43 pages sert de présentation complète du film par Christophe Chavdia, habitué de l’exercice puisque récemment il a rédigé des textes pour Bubbel Pop (Stay Hungry, Et maintenant on l’appelle El Magnifico).
L’image : 3.5 / 5
La luminosité automnale et les couleurs seventies sont parfaitement retranscrites par cette copie globalement bien définie. Le master est propre et ne souffre pas trop de saturation. Le rendu est équilibré, bien qu’un peu sombre par moments, en raison d’une photographie initiale voulue comme telle.
Le son : 3.5 / 5
La piste VF en 1.0 DTS-HD est claire, sans souffle et sans défaut rédhibitoire. La qualité du doublage est au rendez-vous. On lui préfèrera pourtant la piste originale pour les voix d’époque, plus authentiques. L’habillage sonore est certes limité par le Mono d’époque, mais en aucun cas problématique.

© 2025 Paramount Pictures. Tous droits réservés.
Biographies +
Peter Yates, Robert Mitchum, Peter Boyle, Steven Keats, Richard Jordan, Michael McCleery