Adaptation très fidèle du comic book des années 60, Les 4 Fantastiques Premiers pas constitue plutôt une bonne surprise, même si rien de notablement nouveau n’est proposé au spectateur, hormis une esthétique rétrofuturiste séduisante.
Synopsis : Avec pour toile de fond un monde rétro-futuriste inspiré des années 1960, “ Les 4 Fantastiques : Premiers pas ” de Marvel Studios présente la première Famille Marvel : Reed Richards/M. Fantastique, Sue Storm/La Femme Invisible, Johnny Storm/La Torche Humaine et Ben Grimm/La Chose alors qu’ils affrontent leur plus grand défi.
La relance d’un groupe maudit au cinéma
Critique : Premier long métrage de la phase 6 du MCU (pour Marvel Cinematic Universe), Les 4 Fantastiques Premiers pas était initialement développé par le réalisateur Jon Watts, connu pour son travail sur la dernière trilogie Spider-Man, avant qu’il ne décide de passer à autre chose. Finalement, Matt Shakman, réalisateur de la série WandaVision et d’une palanquée d’autres séries depuis plus de vingt ans, a été choisi par le producteur Kevin Feige pour réaliser ce reboot qui devait enfin permettre d’assoir durablement le quatuor fantastique au grand écran.

© The Walt Disney Company. Tous droits réservés.
Effectivement, si Les 4 Fantastiques est un célèbre comic book dont la qualité a rarement décliné au cours de ses soixante années d’existence, porté par des auteurs aussi brillants que Jack Kirby, John Buscema, John Byrne et encré par l’inoubliable Joe Sinnott, le passage au cinéma a toujours été compliqué. Cela a débuté fort avec l’improbable nanar Les Quatre Fantastiques (Oley Sassone, 1994), tellement mauvais qu’il n’est jamais sorti sur les grands écrans (mais il est visible sur une célèbre plateforme de streaming en entier).
Repartir à zéro pour effacer les faux pas du passé
Plus officiellement, les deux films de Tim Story des années 2000 (Les 4 Fantastiques, puis Les 4 Fantastiques et le Surfeur d’argent) n’ont pas laissé un souvenir impérissable à cause d’un humour boiteux et d’une direction artistique à la peine. Enfin, le reboot éponyme de Josh Trank de 2015 bénéficiait d’une esthétique plus sombre, mais d’un montage catastrophique qui en a fait un vilain canard boiteux.
L’idée de Kevin Feige était donc de reprendre tout à zéro, mais en ne livrant plus une origin story comme les œuvres précédentes, estimant que tout le monde connaissait désormais cette histoire. Celle-ci est donc résumée au début de Les 4 Fantastiques : Premiers pas par le biais d’un reportage télévisé. En fait, l’originalité du long métrage vient de sa volonté de coller à l’esthétique du comics par une espèce de rétrofuturisme fondé sur la SF des années 60. Seulement, pour que cela puisse coller avec la fameuse continuité Marvel, il a fallu imaginer que cette intrigue se situe sur la Terre-828, un des fameux multivers qui permet à la firme de s’affranchir de toute idée de cohérence au sein de son propre univers.
Un hommage sincère aux comics naïfs des années 60
Pour être honnête, les affiches très kitsch, la bande-annonce et tout ce qui filtrait du film ne nous laissait guère d’espoir quant au contenu de ce nouvel essai d’adaptation. In fine, il faut reconnaître que Les 4 Fantastiques Premiers pas est sans aucun doute la meilleure version filmée des aventures du quatuor. Effectivement, en retournant aux fondamentaux du comic book, à savoir une certaine naïveté propre aux bandes dessinées des années 60, mais aussi à l’alchimie entre les quatre personnages, les auteurs sont parvenus à retranscrire au mieux la force de la bande dessinée.

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Jamais avare en clins d’œil, les auteurs vont jusqu’à reproduire des couvertures mythiques de la saga dessinée, rendant ainsi hommage à la puissance des dessins de Jack Kirby. En laissant tomber l’action pétaradante pendant la première moitié du film, ils parviennent aussi à rendre crédible cette famille de super-héros qui accueille un nouveau membre puisque Sue (Vanessa Kirby) et Reed Richards (Pedro Pascal) attendent un enfant, le futur petit Franklin. L’interaction entre tous les membres fonctionne très bien et cela se retrouve également dans la scène d’affrontement final où chacun vient mettre ses pouvoirs au service du groupe, et non en solitaire.
Une réelle efficacité, mais dans quel but ?
La fidélité est également de mise dans la représentation de l’antagoniste Galactus qui, lorsqu’il débarque sur Terre, occasionne des destructions impressionnantes dignes d’un film de kaiju eiga. Cette fois, on précise d’ailleurs que la population a eu le temps d’être évacuée dans les souterrains de la ville. Plutôt réussi grâce à une charte esthétique résolument kitsch, typique des années 60, Les 4 Fantastiques Premiers pas suppose tout de même de la part des spectateurs une large suspension d’incrédulité. Effectivement, la lutte de ces quatre êtres face à une puissance telle que celle de Galactus n’est jamais totalement crédible. On notera d’ailleurs que le seul vrai gros dérapage vient de la féminisation du Surfeur d’argent – personnage mythique de l’univers Marvel et de l’œuvre de John Buscema.
En fait, là où Les 4 Fantastiques Premiers pas perd de son intérêt vient de son extrême naïveté – même si elle est parfaitement assumée. Ainsi, son rêve d’une humanité entièrement unie autour d’un unique groupe de super-héros (qui plus est d’origine américaine) entre en collision avec la réalité de tous les jours. Certes, on nous objectera qu’il s’agit d’une Terre alternative, mais à l’heure où même les Américains se déchirent entre eux dans une bataille culturelle stérile, il est assez remarquable de noter le décalage entre ce qui est montré dans le film et la réalité. Visiblement, les Américains rêvent toujours d’un monde entièrement à leur image.
Une énième relance pour continuer à exploiter un filon dont on se moque de plus en plus
En tout état de cause, Les 4 Fantastiques Premiers pas est plutôt une réussite inattendue dans un genre dont on se contrefiche désormais pas mal. Son script à base d’invasion extra-terrestre menaçant le monde limite fortement son intérêt puisque cela constitue 90 % des intrigues développées depuis maintenant près d’un quart de siècle par la firme Marvel. Agréables à suivre, on aimerait tout de même que ces premiers pas soient les derniers et que le cinéma hollywoodien passe enfin à autre chose. On peut toujours rêver!
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 23 juillet 2025

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Biographies +
Matt Shakman, Pedro Pascal, Vanessa Kirby, Paul Walter Hauser, Ralph Ineson, Natasha Lyonne, Joseph Quinn, Julia Garner, Ebon Moss-Bachrach, Robert Downey Jr.
Mots clés
Cinéma américain, Univers Cinématographique Marvel, Film de super-héros, Les 4 Fantastiques au cinéma, Blockbuster, Les attaques extraterrestres au cinéma